Vignes, vins et vignerons entre Marne et Morins

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Vient de paraître une étude sur la culture de la vigne, des origines à nos jours, dans un secteur se situant en gros entre la vallée de la Marne et celles des deux Morins.

Pour accéder à cet article, veuillez cliquer sur ce lien:

Vignes, vins et vignerons entre Marne et Morins

 

 

 

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Nouvelle version d'Over Blog

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Les personnes qui avaient eu l'occasion de visiter ce blog avant son basculement (imposé) dans la nouvelle version d'Over Blog, auront remarqué qu'il n'a plus le même aspect.

Over Blog a imposé à ses blogueurs une nouvelle version de son mode d'administration.

Entre autres changements, le nombre de liens vers d'autres sites et blogs est maintenant autoritairement limité à 10 par Over Blog. Cela a notamment fait disparaître des liens vers d'autres blogs, toujours indépendamment de ma volonté. J'en suis désolé pour les blogueurs concernés.

D'autre part, on n'a plus accès directement aux albums de photos.

Les interlignes et les espaces entre paragraphes ne sont plus maîtrisables (même en les reprenant un à un, ils restent trop grands).

Le choix des polices de caractères est très limité, en particulier pour les titres d'articles.

Etc.

Pour couronner le tout, le manuel destiné aux utilisateurs est frustre et ne répond pas à toutes les questions.

Evidemment, ces bouleversements sont totalement indépendants de ma volonté. Je les ai signalés aux administrateurs d'Over Blog, et j'attends que des réponses et des solutions me soient données. Cette nouvelle version d'Over Blog paraît extrêmement compliquée à administrer par les blogueurs et demande des compétences en informatique que je n'ai pas et que je ne compte pas tenter d'acquérir. Le mécontentement des blogueurs dont le blog a basculé dans cette nouvelle version, est quasiment unanime.

J'ai demandé aux administrateurs d'Over Blog de nous donner la possibilité de revenir à l'ancienne version. J'ignore s'ils le feront, et, s'ils le font, dans quel délai. En attendant, je vais mettre ce blog en sommeil. 

Si vous voulez me contacter, si vous voulez des précisions sur le contenu des articles de ce blog, vous pouvez m'adresser un mail à cette adresse:

didier.lebegue@wanadoo.fr

 

Merci de votre compréhension

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Le Haut Fossé.

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Le Haut Fossé.

Le Haut Fossé est un toponyme qui figure sur le plan d’Intendance de la paroisse de Coulommes levé en 1784. Ce lieu-dit se trouve au Nord-Est de la paroisse, en bordure du chemin de Meaux à Coulommiers, presque en face du Vieux Chemin de Jouarre, sur la paroisse de Vaucourtois.  

Le Haut Fossé a

Plan d'Intendance de Coulommes (1784). Archives départementales de Seine-et-Marne.

Le fait qu’il figure parmi la vingtaine de toponymes mentionnés sur le plan d'Intendance laisse penser qu’à l’époque de la levée de ce plan, ce lieu-dit avait localement une certaine importance, ou du moins, que son nom était d'usage courant. Mais contrairement à d’autres toponymes figurant sur le plan d’Intendance, celui-ci a disparu et n’apparaît sur aucun autre plan détaillé. Sur le plan des propriétés Boula de Quincy (1754), ce lieu-dit, sans nom, est encadré par "Les Epartemailles" au Nord et les "Terres de la Justice" au Sud. Sur le cadastre dit "napoléonien" (1824-1850) il est appelé "les Justices de Coulommes". Sur les plans de la grande ferme de Coulommes levés respectivement en 1845-46 et en 1895 (archives privées Courboin), il ne porte pas de nom mais il est "encadré" par "Les Eparmailles" au Nord et "La Justice" au Sud. 

Sous une apparente banalité, le sens de ce toponyme interpelle. En eux-mêmes, ses deux termes "haut" et "fossé" sont tout à fait banals, mais leur association peut surprendre. En effet, dans sa définition usuelle de "Fosse creusée en long pour délimiter des parcelles de terrain, pour faciliter l'écoulement des eaux ou pour servir de défense", le fossé est une concavité, une structure en creux par rapport au terrain qu'il jouxte. Pour évoquer ses dimensions, on lui associerait donc naturellement des adjectifs tels que "creux" ou "profond". 

Par contre, en matière de topographie, le qualificatif "haut" s'applique plutôt à un relief, à une forme convexe qui dépasse du terrain environnant.  

Les deux termes paraissent donc antinomiques.

A moins que …

Dans son ouvrage "Usages et règlements locaux en vigueur dans le département du Finistère"1, Jean-Marie Limon écrit:

«Par l'expression fossés, on entend chez nous les clôtures en terre, ou dont les parements seuls sont en pierre. […] Le mot douve indique vulgairement le creux pratiqué au pied du fossé: dans le Léon, on donne aussi à ce creux le nom de fosse. C'est, en un mot, l'endroit d'où l'on extrait les terres pour l'édification du fossé, ou pour le réparer. […] On le voit déjà, notre usage attribue au mot fossé un sens diamétralement opposé au sens légal; car nous donnons le nom de douve à cette partie de la clôture que le Code Civil nomme fossé; et nous appelons fossé ce que le législateur nomme la levée ou rejet de la terre.» 

Ce juriste nous donne là du mot fossé une définition différente de celle que nous connaissons en Brie, et qui, pourtant, peut s'appliquer à notre lieu-dit. Plus loin, il ajoute: «Dans l'arrondissement de Brest, tout fossé doit avoir 1 mètre 66 centimètres de hauteur […] à Châteaulin, la hauteur va jusqu'à 2 mètres.» Voilà, à proprement parler, ce qu'on peut appeler un «haut fossé ». 

talus

Un haut fossé. Photo Communauté de communes de Mauron en Brocéliande (tous droits réservés)

Est-ce cette particularité finistérienne qui se retrouve dans notre toponyme seine-et-marnais? Et dans ce cas, pourquoi et comment un usage propre à ce lointain département breton a-t-il pu s'appliquer à un lieu-dit briard? Evidemment, je l'ignore. Toutefois, j'observe que Coulommes compte un autre toponyme que l'on n'explique pas davantage: La Bretagne.  

Ce mot "fossé" s'applique avec le même sens de "levée de terre" en Normandie, comme on peut le vérifier sur le blog un carnet sur mon chemin (cliquer sur ce lien)

1. Jean-Marie Limon. Usages et règlements en vigueur dans le département du Finistère. Lion imprimeur, Quimper, 1852. Pages 104 et s.

Publié dans Toponymie

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Lavoirs.

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Dans nos localités rurales, sous l’Ancien Régime, les mentions d’équipements à usage collectif sont très fréquentes : moulins, fours et pressoirs banaux, indispensables à la vie des habitants, leur permettaient de moudre leur grain, de cuire leur pain et de presser leur vendange. Il est frappant de remarquer que, dans le même temps, on ne relève pas de mention de lavoirs. Si la plupart des cahiers de doléances du tiers état en 1789 réclament la suppression des banalités de moulin, de four et de pressoir, aucun n’évoque une éventuelle banalité de lavoir.

Les seigneurs locaux, détenteurs à la fois du pouvoir et des moyens économiques d’établir ces équipements à l’usage des populations de leur domaine, semblent n’avoir pas jugé utile de leur procurer un moyen de laver commodément vêtements et linge de maison. La rentabilité d’un moulin, d’un four ou d’un pressoir banal était assurée par l’obligation qui s’imposait au peuple de l’utiliser contre redevance et par la nécessité vitale de se nourrir et de presser sa récolte pour la vendre. Et quand bien même un seigneur aurait bâti un lavoir banal, il lui aurait été impossible d’empêcher les lavandières d’aller rincer leur linge dans quelque cours d’eau ou mare libres d’accès et d’utilisation. La lessive était donc affaire strictement privée, et l’on s’en arrangeait tant bien que mal en se passant des aménagements complexes que le pouvoir seigneurial aurait pu procurer. 

Par ailleurs, les inventaires après décès de cette époque ne mentionnent pratiquement jamais d’objets explicitement dédiés à la lessive. Tout au plus certains inventaires signalent-ils un ou deux objets pouvant avoir plusieurs fonctions, dont celle de la lessive, tels des cuviers. Enfin, pas plus les règlements de succession que les actes de transactions immobilières ne signalent d’installations pouvant faire fonction de lavoir.

Il est donc permis de supposer que, dans les campagnes, les femmes rinçaient leur lessive à des emplacements sommairement aménagés au bord d’une rivière, d’un ruisseau ou d’une mare. Il existait aussi des lavoirs privés. Seuls les villes et les bourgs de quelque importance, étaient dotés de lavoirs publics relevant des autorités communales.
 a lavandière 1800

Le 19° siècle voit progressivement émerger un courant hygiéniste le plus souvent tourné vers le monde ouvrier et le milieu urbain. Toutefois, dans le 5ème tome de l’Encyclopédie Méthodique (dite Encyclopédie Panckoucke) consacré à l’agriculture et publié en 1813, Louis-Augustin-Guillaume Bosc consacre un article au lavoir dans le monde rural  : 

Encyclopédie méthodique 001bEncyclopédie méthodique 002b

Après la révolution de 1848 et l’institution de la IIème République, Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République. Convaincu de la nécessité de lutter contre le paupérisme (il écrit «Extinction du paupérisme» en 1844) et admirateur de l’Angleterre, le prince-président établit en novembre 1849 une commission chargée d’ « étudier les moyens de doter notre pays d’établissements de bains et lavoirs pouvant rivaliser avec ceux que possède la Grande-Bretagne » . Le 6 février 1851, est promulguée une «loi relative à la création d’établissements modèles de bains et lavoirs publics» , portant ouverture d’un crédit extraordinaire de 600.000 francs pour encourager les communes qui en feront la demande (article 1 de la loi). Par une circulaire du 26 février 1851, le ministre de l’Agriculture et du Commerce ordonne aux préfets «de donner à la loi nouvelle la plus grande publicité possible» et précise ses modalités d’application : chaque commune ne pourra obtenir une subvention que pour un établissement et chaque subvention ne pourra dépasser 20.000 francs (article 2) ; la subvention ne pourra couvrir qu’un tiers de la dépense totale, les communes devant financer elles-mêmes les 2 autres tiers .  

Bains et lavoirs publics

en cliquant sur l'image ci-dessus, vous pouvez accéder à l'intégralité de ce document sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

En Seine-et-Marne, la nouvelle loi ne rencontre pas le succès attendu. En août 1851, dans son rapport au Conseil Général du département, le préfet :

«Malgré la publicité donnée à la loi du 3 février 1851, je n’ai encore reçu qu’une seule demande de la part des municipalités qui seraient disposées à réclamer une subvention pour la création d’établissements-modèles de bains et lavoirs publics gratuits ou à prix réduitsLa situation financière de nos communes explique leur silence au sujet d’une amélioration dont vous apprécierez la haute utilité.» .

Malheureusement, le préfet ne précise pas quelle commune lui a adressé la seule demande de subvention du département. Les comptes-rendus des délibérations du Conseil Général des années suivantes ne mentionnent aucune subvention accordée ou refusée pour cet objet au titre de cette loi, et on peut supposer que ni cette première demande ni d’éventuelles suivantes n’ont abouti. 

Il faut attendre l’institution de la IIIème République et les années 1873-1874 pour trouver dans les rapports et délibérations du Conseil Général les premières mentions de subventions accordées à des communes pour la construction d’un lavoir. Encore sont-elles accordées sur le produit des amendes de police et non au titre de cette loi de février 1851: Saint-Martin-en-Bière (arrondissement de Melun) 150 francs pour un lavoir en 1873 ; Chevru (arrondissement de Coulommiers), 400 francs pour la construction d’un lavoir couvert et Treuzy (arrondissement de Fontainebleau), 200 francs pour la construction d’un lavoir et d’un abreuvoir en 1874 .

Toutefois, selon la même source, des communes du département se sont équipées de lavoirs avant 1873. En 1876, une subvention de 300 francs est accordée à Lizines (arrondissement de Provins), pour des travaux au lavoir et à l’abreuvoir. La même année, une subvention de 400 francs est accordée à Rouilly (arrondissement de Povins) pour la reconstruction d’un lavoir public, et une autre de 800 francs est accordée à Pommeuse (arrondissement de Coulommiers) pour la reconstruction de la toiture des lavoirs communaux . La nature des travaux ainsi financés indique que ces équipements existaient sans doute depuis plusieurs années pour nécessiter des réparations. Au cours des années suivantes, les subventions se multiplient, tant pour la construction de lavoirs que pour des travaux: 

- 1877 : construction à Sourdun, Courpalay, Maisoncelles en Brie, Foujou, Serris, Saint-Augustin, Saints, restauration à Fresnes, rétablissement à Reuil, travaux à Boisdon ;

- 1878 : construction à Guignes, Nanteau-sur-Essone, Bussy-Saint-Martin, Mormant, Saint-Germain-sous-Doue, Lourps, couverture et pavage à Lesches ;

- 1879 : construction à Branles, reconstruction à Bernay, Meilleray ;

- etc.

Si, progressivement, des communes du département s’équipent ou améliorent le confort des lavandières, la situation reste longtemps contrastée d’une localité à l’autre selon le dynamisme des édiles, les moyens des municipalités, les ressources en eau, la dispersion des hameaux et des écarts et la pression des populations. Pour une municipalité, outre les moyens financiers, la première question à prendre en compte est l'approvisionnement en eau du lavoir. Les communes traversées par une rivière (la Marne, le Grand et le Petit Morin, l'Aubetin …), un ruisseau ou un ru pérenne, et celles disposant d'une source ou d'une fontaine suffisamment abondantes et proches du village, n'ont pas, de ce point de vue, de problème particulier.  Les communes pauvres en eau courante, comme celles du plateau briard, doivent mettre en œuvre des solutions complexes et souvent coûteuses. La-Houssaye, Marles, Crèvecœur, Châtres choisissent d'alimenter leurs lavoirs avec des "moulins" (des éoliennes). Les communes comptant des  hameaux nombreux ou éloignés du bourg doivent multiplier les équipements. En 1903, les délibérations du Conseil Général mentionnent la construction de 4 lavoirs à Bassevelle et la couverture des 3 lavoirs publics de Sainte-Aulde.

Toutefois, l'absence d'équipement ou le caractère sommaire de certains aménagements ne sont pas toujours dus à la mauvaise volonté ou la pingrerie d’une municipalité. C'est parfois par choix que des femmes se rendent au bord d'un ru ou d'une mare plutôt qu'au lavoir municipal, ou choisissent un lavoir aux équipements rudimentaires plutôt qu'un autre, parfaitement équipé. Ainsi, à Coulommes, certaines lavandières préfèrent aller au lavoir de la Grande Arche, dépourvu de couverture et éloigné du village, plutôt qu'à ceux de Fontenelle ou de la Pissotte, plus proches et abrités des intempéries, parce que l'eau, à la Grande Arche, est plus douce que dans les deux autres lavoirs.

Les cartes postales anciennes nous montrent quelques uns de ces lavoirs à l’époque de leur fonctionnement. Celles qui suivent concernent principalement des communes du nord du département. Elles sont plus ou moins classées par ordre croissant de sophistication des équipements.

 

Lavoirs improvisés au bord d'un ru.

Bellot

Bellot

Nanteuil lès Meaux

Nanteuil-lès-Meaux

Lavoirs improvisés au bord d'une mare.

Saint Cyr sur Morin

 Saint-Cyr-sur-Morin

Villevaudé a

 Villevaudé

Lavoirs improvisés au bord d'une rivière.

Isles des Villenoy

 Isles-lès-Villenoy

Lizy sur Ourcq

 Lizy-sur-Ourcq

Mary sur Marne a

 Mary-sur-Marne

Montevrain a

 Montévrain

Saacy

 Saacy-sur-Marne

Saint Jean c

 Saint-Jean-lès-Deux-Jumeaux

Villenoy-copie-1

 Villenoy

Lavoir improvisé au bord d'un canal.

Villenoy a

 Villenoy

Lavoirs simples sans abri.

Guérard Montbrieux

Guérard

Maisoncelles (1)

Maisoncelles-en-Brie

Quincy a

 Quincy-Ségy

Quincy

 Quincy

Saint Cyr b

 Saint-Cyr-sur-Morin

Signets b

 Signets

Voulangis c

 Voulangis

Lavoirs dotés d'un abri simple.

Villiers sur Morin c

Villiers-sur-Morin

Crécy c

 Crécy-en-Brie

Esbly b

 Esbly

Guérard a

 Guérard

Neufmoutiers en Brie

 Neufmoutiers

Congis

 Congis-sur-Thérouanne

Saint Cyr a

 Saint-Cyr-sur-Morin

Couilly

 Couilly-Pont-aux-Dames

Lavoirs ouverts avec toit à deux pentes.

Coulommiers a

Coulommiers

Sainte aulde a

 Sainte-Aulde

Varreddes

 Varreddes

Coupvray e

 Coupvray

Lavoirs ouverts avec toit à plusieurs pentes.

Coupvray c

Coupvray

Coutevroult b

 Coutevroult (?)

Saint Germain Misère b

 Villiers-sur-Morin (?)

 Saint Germain Misère a

 Saint-Germain-sur-Morin (?)

Les 3 cartes posatles qui précèdent représentent le même lavoir localisé dans 3 communes différentes.

Sucy

 Sucy-sous-Yèbles

Lavoirs fermés à impluvium.

Chalifert b

 Chalifert

Chessy

 Chessy

La Celle sur Morin

 La-Celle-sur-Morin

Lesches b

 Lesches

Monthyon a

 Monthyon

Mouroux b

 Coulommiers

Autres lavoirs clos.

Charny

 Charny

Lumigny

 Lumigny

Villemareuil

 Villemareuil

Lavoirs à éolienne.

Châtres

 Châtres

Crèvecœur b

 Crèvecœur-en-Brie

La Houssaye

 La-Houssaye-en-Brie

Marles

 Marles-en-Brie

Pézarches

 Pézarches

Lavoirs sophistiqués.

Bouleurs-aa.jpg

 Bouleurs

Bouleurs c

 Bouleurs

Ozouer le Voulgis

 Ozouer-le-Voulgis

Bateaux-lavoirs.

Condé a

 Condé-Sainte-Libiaire

Coulommiers c

 Coulommiers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crécy-en-Brie

Guérard b-copie-1

 Guérard

Isles les Villenoy a

 Isles-lès-Villenoy

la Ferté sous Jouarre b

 La-Ferté-sous-Jouarre

Mareuil lès Meaux

 Mareuil-lès-Meaux

Mary a

 Mary-sur-Marne

Meaux f

 Meaux

Montry b

 Montry

 

 

Publié dans Edifices - monuments

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Le ru du Mesnil.

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Le ru du Mesnil est un ruisseau très discret. On le remarque à peine dans le paysage. Tapi au fond d'un lit très encaissé, bordé d'arbres quand il court au milieu des champs, il musarde volontiers à l'abri des bois et des taillis, et il ne croise routes et chemins qu'en de rares endroits. 

Coulommes 002b

Le ru du Mesnil près de la Petite Arche à Coulommes.

En outre, il n'a jamais fait l'objet d'une étude topographique ou historique approfondie. Il est seulement évoqué en 1907 par Alexandre Bazin dans une étude sur le Grand Morin.

Présentation générale.

Le ru du Mesnil prend sa source à La Haute-Maison à une altitude de 160 mètres et se jette dans le Grand Morin à Couilly-Pont-aux-Dames, à une altitude de 45 mètres.

Sur son parcours, il traverse ou borde les communes de La-Haute-Maison, Vaucourtois, Coulommes, Boutigny, Quincy-Voisins, Bouleurs et Couilly-Pont-aux-Dames.

Géoportail

Source: Géoportail.  

Dans ses "Etudes sur la rivière et la vallée du Grand Morin", Alexandre Bazin1 attribue au ru du Mesnil une longueur de 7.365 mètres, et au ru de Champigny une longueur de 4.327 mètres. Il considère que c'est ce dernier qui se jette dans le Grand Morin au niveau de Couilly-Pont-aux-Dames. En fait, le ru de Champigny n'a pas de source propre: il n'est que le prolongement du ru du Mesnil à partir du moulin de Champigny sur le territoire de la commune de Couilly-Pont-aux-Dames.

Si l'on considère exactes les longueurs indiquées par A. Bazin, on peut donc légitimement affirmer que le ru du Mesnil est un affluent du Grand Morin, d'une longueur totale de 11.692 mètres, dont la dernière partie, d'une longueur de 4.327 mètres, porte le nom de ru de Champigny

Son débit dépend principalement de la plus ou moins grande abondance de pluie. Jadis, il lui arrivait d'être à sec une partie de l'année2.

Ses affluents.

Il reçoit les eaux du ru Chalet sur la commune de Coulommes. C'est ce nom, sous la forme rus Challé, qui a été donné au ru du Mesnil sur la carte des propriétés Boula de Quincy de 1754 (mairie de Quincy-Voisins). Sur sa carte du bassin du Grand Morin, A. Bazin figure à tort le ru Chalet sur la rive droite du ru du Mesnil.

Le ru de Vignot, sur la commune de Bouleurs, est aussi un affluent du ru du Mesnil. Il est lui-même alimenté par le ru Bouton sur la commune de Coulommes.

Par ailleurs, le ru du Mesnil reçoit les eaux de quelques sources et fontaines de moindre importance: à Vaucourtois, la source qui alimente la mare de la ferme de Lihou, la fontaine Saint-Quirin et la source qui alimente le lavoir communal, à Coulommes, la fontaine du lavoir des Eparmailles, les fontaines Saint-Pierre et de la Pissotte, à Boutigny, la fontaine de Saint-Loup, etc.

Il reçoit aussi les eaux de drainage, les eaux de ruissellement de l'autoroute A4, ainsi que les eaux provenant des stations d'épuration de Vaucourtois, de Coulommes et de Bouleurs. Ces dernières lui évitent d'être à sec à certaines périodes de l'année. 

 Bouleurs station d'épuration 017b

Station d'épuration de Bouleurs. Roselière sur filtre d'assainissement.

Plusieurs noms, un même cours d'eau.

Ce ru, que nous appelons du Mesnil, est nommé autrement sur certains plans et cartes, à différentes époques et selon les lieux. Il est probable que, par le passé, les noms retenus par les arpenteurs et les cartographes leur ont le plus souvent été indiqués par les habitants du cru. Ils ont été repris depuis, et aujourd'hui encore, des noms différents lui sont encore attribués par des organismes officiels et services de l'Etat: ainsi, c'est le ru du Mesnil pour le "Syndicat d'alimentation en eau potable de Crécy la Chapelle et de ses environs" et les services de la Préfecture de Seine-et-Marne3, mais pour les services du cadastre, c'est le ru de Coulommes, le ru de Ségy ou le ru de la Rouette, selon la commune considérée4

 plan d'intendance Ségy

Archives départementales de Seine-et-Marne.

Il n'a donc pas véritablement un nom officiel fixé par une quelconque autorité, mais un nom, ou plutôt des noms d'usage. C'est particulièrement vrai pour les cartes et plans anciens, auxquels, semble-t-il, les administrations actuelles se réfèrent encore.

 Plan Quincy

Propriété de la mairie de Quincy-Voisins.

Au 18° siècle,  sur le plan d'Intendance de Coulommes (1784), il est appelé ru de Magny5. Sur celui de Boutigny (1785), c'est le ru de Coulomme et sur celui de Ségy (1785), c'est ... le ru de Ségy6. Ces trois Plans d'Intendance, ainsi que celui de Vaucourtois, ont pourtant tous été dressés par Claude Charles Scoquart, géographe et arpenteur royal au bailliage de Meaux. Il paraît donc probable que celui-ci a pris en compte l'usage local et mentionné les noms que les habitants de chaque paroisse lui ont indiqués. 

 plan d'intendance Coulommes

A.D. Seine-et-Marne.

L'arpenteur qui a dressé le plan des propriétés de la famille Boula de Quincy (1754), l'a appelé Rus Challé en le confondant avec son affluent qu'on appelle aujourd'hui ru Chalet.

 plan d'intendance Boutigny

A.D. Seine-et-Marne

.A Bouleurs, le plan d'Intendance n'a pas été conservé, mais sur un plan moderne du cadastre, là où ce ru constitue la limite avec Quincy-Voisins, on l'appelle le ru de la Rouette, du nom d'un lieu-dit et d'un ancien moulin qui existait à cet endroit. 

 ru de la Rouettegravure001b

Cadastre. Tableau d'assemblage, révision 1938, mise à jour 1952.

A Couilly-Pont-aux-Dames, c'est le ru de Champigny aussi bien sur les cartes et plans anciens que sur le cadastre moderne.

ru de Champigny et Abreuvoir 

Retenons qu'aujourd'hui, sur la plus grande partie de son parcours, pour la plupart des administrations locales ou nationales et pour la plupart des habitants, c'est le ru du Mesnil. Pour les autres dénominations qui subsistent (ru de la Rouette et ru de Champigny), nous verrons plus loin à quoi elles se réfèrent.

Origine du nom.

En ancien français, le maisnil, mesnil ou menil, a le double sens de "habitation, demeure" et de "métairie".

A Vaucourtois, au 18° siècle comme aujourd'hui, en bordure du ru, un lieu-dit est appelé"le Mesnil "7.

En outre, on peut noter que la plus ancienne mention connue de Magny-Saint-Loup, hameau de Boutigny, est Maisnilum Sancti Lupi (cartulaire des templiers de Provins, 1208) dont le sens fait clairement référence au maisnil ou mesnil. Ce "Mesnil Saint Loup" pourrait désigner la ferme des Templiers du lieu. C'est ultérieurement que le nom de ce hameau évoluera en Moigni (1225), Maigniacum (1277), Magnyacum (1309) et Magny l'Hôpital (1328)8.

Le Mesnil 

Plan d'intendance de Vaucourtois. A.D. de Seine-et-Marne.

Le ru du Mesnil tire donc certainement son nom de l'un ou l'autre de ces deux toponymes, à moins que le Mesnil de Vaucourtois n'ait été une dépendance du Maisnilum Sancti Lupi des Templiers.

Le ru du Mesnil: plus qu'un cours d'eau, une frontière.

Si modeste, si discret soit-il, notre ru n'en est pas moins une limite, une frontière entre des communes qui le bordent. Il marque la limite entre Coulommes et Boutigny, et entre Bouleurs et Quincy-Voisins.

Jadis, il a aussi servi de limite à la Capitainerie Royale des Chasses de Montceaux. Une déclaration du roi du 24 janvier 1718 précise: «… les deux lieues d'étendue de la Capitainerie de Montceaux … s'étendent, ayent lieu & comprennent les terrains, Villes et Villages qui ensuivent; sçavoir, la Capitainerie de Montceaux à gauche de la rivière de Marne, à commencer au-dessous du village de Mareuil, en montant le long du chemin qui conduit aux bastiments de la grange Dumont, lesquels bastiments seront dans la Capitainerie, & dela jusqu'au grand chemin de Meaux à Crécy, lequel grand chemin servira ensuite de limites jusqu'au carrefour appellé les quatre chemins & au Ru de Segy, lequel servira de limites jusqu'au grand chemin de Meaux à Coulommiers, passant par les villages de Sancy & Maisoncelle … »9.

En descendant le ru du Mesnil.

Voici donc, tracé à grands traits, le portait de notre ruisseau. Nous allons maintenant descendre son cours depuis sa source jusqu'à son confluent avec le Grand Morin. 

Il s'agit à la fois d'un voyage dans l'espace et d'un voyage dans le temps qui nous feront découvrir les aménagements et les utilisations que ceux qui nous ont précédés avaient imaginés pour ce modeste cours d'eau.

A la recherche des sources du (ru du Mes)nil.

Dans son étude sur le Grand Morin, Alexandre Bazin indique sans autre précision que le ru du Mesnil, prend sa source à Vaucourtois. Qu'en est-il exactement?

IGN explorationA l'instar de David Livingstone et Henry Morton Stanley, partis à la recherche des sources du Nil, tentons de retrouver celles de notre ru.

Les plans et cartes qui le représentent situent parfois la source du ru du Mesnil en des lieux différents. Cela dépend sans doute si leurs auteurs se sont ou non rendus sur le terrain. 

La carte actuelle au 1/25.000 de l'Institut Géographique National, situe cette source à une centaine de mètres au Sud-Ouest du hameau de Lihou10

IGN

Carte I.G.N. au 1/25.000. 

Sur le Plan d'Intendance de Vaucourtois (1785)11, il paraît prendre sa source 100 mètres plus à l'Est, au Sud du hameau de Lihou. 

 plan d'intendance Vaucourtois source

Plan d'intendance de Vaucourtois. A.D. Seine-et-Marne.

Sur le plan dessiné par l'instituteur Cyrille Bertrand dans sa monographie communale de Vaucourtois (1888)12a, le ru vient de plus loin encore vers le Sud-Est: Cyrille Bertrand le représente à partir du chemin qui marque la limite entre les communes de La Haute-Maison et de Vaucourtois, lui fait longer une partie du Chemin de Saint-Fiacre avant de gagner les abords de Lihou. Ce faisant, il situe cette source au même endroit que le service hydraulique des Ponts et Chaussées qui dresse un plan parcellaire des abords du ru en 1856, pour en préparer le curage12b.

 La source monographie communale Vaucourtois

Monographie communale de Vaucourtois. A.D. Seine-et-Marne.

Mais sur la carte d'état-major (vers 1870)13a, le ru prend sa source sur la commune de la Haute-Maison, au lieu-dit "Garene de la Cointe".

carte d'état major

Carte d'état major. Source Géoportail I.G.N.

En effet, vérification faire sur le terrain, il prend bel et bien sa source à La Haute Maison. Un étang qui ne figure pas sur cette carte d'état-major, a été créé au lieu-dit La Cointre, certainement alimenté par le ruissellement naturel des eaux de pluie et sans doute aussi maintenant par des drainages. Des photos aériennes (ci-dessous, Google Earth, mai 2004) révèlent, dans une parcelle comprise entre cet étang et le chemin de Saint-Fiacre, la trace de l'ancien lit du ru, aujourd'hui canalisé dans des buses souterraines. Quand l'étang est plein, un exutoire en déverse le trop-plein d'abord dans un fossé qui le borde, puis dans les buses souterraines qui prolongent celui-ci. Toute cette partie, jusqu'à Lihou, n'est donc alimentée que de manière intermittente. C'est sans doute pour cette raison que certains géographes ont situé sa source plus en aval, au niveau de la source pérenne qui alimente la mare de la ferme de Lihou. 

 Google Earth mai 2004

Fond: photo Google Earth, mai 2004.

On ne peut éviter de mentionner la carte dite de Cassini (milieu du 18° siècle). Sur cette carte, le ru du Mesnil se prolonge vers le Sud-Est et semble provenir, ou alimenter une série d'étangs (à partir de celui de "Redement", puis "St Denis", "Mon Bruslee" jusqu'au grand étang de Saint-Denis à Pierrelevée). Cette carte de Cassini comporte en elle-même une incohérence: elle figure bien les levées de terre de ces étangs telles qu'elles existaient alors, et atteste bien que leur trop-plein s'évacue dans l'étang en aval dans une direction générale Sud-Est, et cette même carte montre également que le ru du Mesnil coule dans l'autre direction vers le Grand Morin. Comme si un cours d'eau pouvait s'écouler dans deux directions différentes.

 Cassini 01

Carte de Cassini. Milieu du 18° siècle.

Pour formuler la chose aussi exactement que possible, l'étang de La Cointre à La Haute-Maison est donc le point d'alimentation non permanent du ru du Mesnil le plus éloigné de son confluent avec le Grand Morin.

Le curage du ru du Mesnil. 1856.  

Avant d'aller plus loin, il est nécessaire de mentionner un dossier des Archives Départementales de Seine-et-Marne, concernant le "curage à neuf" des rus du Mesnil et de Champigny, qui constitue une source exceptionnelle de renseignements pour la présente étude13b.

En 1852, M. Dajot, ingénieur en chef du département de Seine-et-Marne, définit dans une note adressée au Conseil Général, les buts et les moyens du Service Hydraulique des Ponts et Chaussées, doté l'année précédente d'une autonomie fonctionnelle. Ce service est notamment chargé de préparer et de mettre en œuvre le curage des cours d'eau du département. Outre la nécessité de procéder à l'assainissement de ces cours d'eau, l'intérêt de ce projet est lié à la promotion de la technique du drainage en vue de l'assèchement des terres cultivables. Le coût des opérations de curage doit être supporté, au moins en partie, par les propriétaires riverains du ru13c. En 1856, il est donc procédé à l'établissement d'un plan parcellaire détaillé, d'un profil en long et de la représentation des ouvrages d'art (ponts et ponceaux) sur toute la longueur des rus du Mesnil et de Champigny. Ce sont les documents les plus précis et les plus détaillés qui existent sur ce cours d'eau. Ils sont une source de renseignements extrêmement précieux du point de vue topographique et foncier. 

En 1856, l'établissement de ce plan parcellaire et de ce profil en long n'est qu'un travail préparatoire au curage proprement dit. Celui-ci a sans doute été réalisé en 1857 et 1858: le dossier conservé aux Archives Départementales mentionne un procès-verbal de réception des travaux daté des 27 et 28 décembre 1858.

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Extrait du plan parcellaire de 1856. Service hydraulique. Curage du ru du Mesnil. A.D. de Seine-et-Marne. Chaque parcelle bordant le ru est représentée, avec le nom de son propriétaire.

Lihou.

S'il n'est plus aujourd'hui qu'un écart de Vaucourtois, au Moyen Age, Lihou fut le siège de la paroisse, dont Vaucourtois n'était alors que succursale14. Situé au croisement de plusieurs chemins de pèlerinage, ce village s'était vraisemblablement développé autour de l'Hôtel-Dieu qui accueillait là pèlerins et voyageurs. Première "localité" sur le parcours de notre ru, on ignore malheureusement l'importance de la population qui y vivait à cette époque. On peut toutefois supposer que son approvisionnement en eau pour les besoins alimentaires et domestiques provenait du puits Saint-Claude, tout proche, de la source qui alimente la mare de l'actuelle ferme de Lihou et de notre ru (abreuvoir, rouissage du chanvre, lessive, etc.)

Les étangs de Vaucourtois.

Entre Lihou et Vaucourtois, se trouve, aujourd'hui encore, un étang artificiel de près de 2,8 hectares, alimenté par le ru du Mesnil. Situé dans une propriété privée, il est formé par une levée de terre qui barre le lit du ru. Il est représenté sur le plan dressé en 1888 par l'instituteur Simon pour sa monographie communale.

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Monographie communale de Vaucourtois. A.D. Seine-et-Marne.

Cet étang date sans doute du Moyen Age. En effet, dès cette époque, des propriétaires terriens, le plus souvent des institutions religieuses, établissent des étangs comme celui-ci dans la région (en particulier à Pierrelevée et La-Haute-Maison). Loués à des exploitants qui y élèvent du poisson, ils sont vidés tous les trois ans et la pêche en est vendue sur les marchés des villes. Un "estang de dessus le grant estang, dit de Vaucourtois", appartenant à l'évêque de Meaux, est mentionné dans le "Compte du temporel de l'évêché de Meaux" pour les années 1425-142615. Il est à noter que ces années-là, il n'a produit aucun revenu «pour ce qu'il n'y a point de poissons, à l'occasion de la guerre». Les ravages de la Guerre de Cent ans ont dépeuplé et ruiné la région.

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Paul Parfouru. Compte du temporel de l'évêché de Meaux, 1425-1426. Page 38

Un autre étang, aujourd'hui disparu, existait à Vaucourtois, plus en amont sur le ru du Mesnil. Un plan de la ferme de l'ancien Hôtel Dieu de Lihou (1784) mentionne un «Pré cy devant en Etang de la Seigneurie de Vaucourtois »16

plan de la ferme de l'Hôtel Dieu b

Plan de la ferme de l'Hôtel Dieu de Lihou. Fin 18° siècle.

Bibliothèque diocésaine Guillaume Briçonnet Meaux.

Ces deux étangs sont figurés sur la carte de l'évêché de Meaux publiée en 1698 par Hubert Jaillot. Ils sont mentionnés dans le bail de la ferme de Vaucourtois qu'Elisabeth de Lorraine, princesse d'Epinoy et dame de Villemareuil, consent en septembre 1733 à Pierre Fourault et Anne Rossignol: «… estangs estant présentement en prez et pastures … auront lesdits preneurs la liberté de laisser en pré, ou remettre en estang les deux étangs …»17

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Deux étangs à Vaucourtois. Carte de l'évêché de Meaux. Hubert Jaillot 1698.

En 1733, ils sont donc tous deux en prés et pâtures. C'est, qu'en effet, les étangs ne sont pas destinés à rester en eau en permanence ou définitivement. Leur sol, humide et enrichi par les dépôts d'alluvions, est particulièrement propice à l'établissement de prés et de pâturages, et peuvent être remis en eau si le fermier le veut ou si le propriétaire l'exige.

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Sur le plan d'intendance de Vaucourtois (1785)18, les deux étangs sont seulement représentés par les levées de terre qui barrent le lit du ru. Il ne sont donc pas non plus en eau lors de l'établissement de ce plan. (nota: le plan d'Intendance de Vaucourtois a été dessiné en 1785 avec le Nord en bas de la feuille, et le Sud en haut, contrairement à l'usage moderne. Il est donc retourné ci-dessous, pour que le cours du ru apparaisse dans le même sens sur toutes les images qui le représentent. Le ru s'écoule donc de la droite vers la gauche). Sur ce plan d'intendance, on peut remarquer que le chemin qui va de Vaucourtois à Villemareuil n'emprunte pas la levée de terre du premier étang. Comment traverse-t-on alors le ru, à gué, sur un pont?

 levées de terre

Plan d'intendance de Vaucourtois. A.D. de Seine-et-Marne

D'après un plan établi en 1856 à l'occasion du curage du ru, l'étang qui existe aujourd'hui est également à sec à cette date.

 le grand Etang

Histoire et géographie élémentaires du canton de Crécy-en-Brie. Georges Husson. 1891.

La fontaine Saint-Quirin.

Aujourd'hui, un peu en amont de l'étang de Vaucourtois, se trouve la fontaine Saint-Quirin. Une canalisation y conduit l'eau d'une source de la plaine, qui se déverse ensuite dans le ru. Un pèlerinage, avéré jusqu'en 1863, s'y déroulait chaque 1er dimanche de mai. On faisait boire cette eau aux enfants pour les préserver des coliques et des convulsions19.

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La fontaine Saint-Quirin.

En aval de l'étang, notre ru reçoit les eaux de la station d'épuration de Vaucourtois, puis il court dans le fond du vallon. Il commence à marquer plus ou moins la limite entre les territoires de Boutigny (lieux-dits L'Hôpital et Les vignes de Belou) et de Vaucourtois (lieu-dit Le Mesnil).

 Lihou Vaucourtois 007b

Les deux bornes marquent l'emplacement du ponceau sous lequel le ru franchit la route de Vaucourtois à Lihou. En arrière-plan, la fontaine Saint-Quirin.

La Grande Arche.

Le ru arrive alors à la route départementale 228 qui l'enjambe au moyen d'un pont à une arche. Celle-ci a donné son nom au lieu-dit La Grande Arche (parfois appelée l'arche de Belou).

 La-Grande-Arche-b.JPG

Curage du ru du Mesnil 1856. A.D. de Seine-et-Marne.

De quand date la construction d'un pont à cet endroit? Jusqu'ici, il n'a pas été possible de le déterminer précisément. Toutefois, lorsqu'en 1834-1835, les membres de la Société d'agriculture, sciences et arts de Meaux examinent différentes possibilités pour l'établissement d'une route entre Meaux et Coulommiers, il est rappelé, à propos de "l'arche de Belou", que «les déblais, les remblais et la construction de cette arche, en bonnes pierres, sont les derniers travaux exécutés lors des assemblées provinciales.»20. Les délibérations du bureau intermédiaire du département de Meaux, sous l'assemblée provinciale de l'Ile de France, où se décida cette construction, se tinrent entre le 13 février 1788 et le 9 août 179021

Avant ces travaux, le chemin de Meaux à Coulommiers était déjà très fréquenté et il est plus que probable qu'un pont, peut-être moins élaboré, enjambait le ru du Mesnil. Ainsi, Toussaints du Plessis rapporte que «le 30 suivant (octobre 1591: NDR), Verdelot Lieutenant de la Compagnie de Rentigny (ligueurs: NDR), aiant pris avec lui une quinzaine de Cavaliers pour prêter main forte à quelques Voituriers qui conduisoient des vins à Meaux, fut attaqué vers les Epermailles par la garnison de Crecy (tenant pour le roi: NDR)…»22. Les Epermailles ou Eparmailles sont un lieu-dit situé sur la rive gauche du ru du Mesnil, le long de la route de Meaux à Coulommiers. On imagine mal que des charretiers transportant des pièces de vin aient pu emprunter ce chemin en l'absence d'un pont pour franchir notre ru.

 Les Eparmailles

La "fontaine des Parmailles" et la Grande Arche. Plan d'intendance de Coulommes. 1784.

A.D. de Seine-et-Marne.

Il est aussi probable que, depuis la fin du 18° siècle, "l'arche de Belou" ou "la Grande Arche", a été entretenue, réparée, améliorée.

Aux Eparmailles, sur la commune de Coulommes, au bord de la route de Meaux à Coulommiers, se trouve une fontaine dont les eaux se jettent dans le ru. Au 19° siècle, on y construit un lavoir. Bien qu'éloigné du village et dépourvu de couverture, il a la faveur des lavandières en raison de la douceur de son eau23.

Environ 400 mètres plus en aval, le ru Chalet se jette dans le ru du Mesnil.

La Petite Arche.

La poursuite de notre descente du ru du Mesnil nous amène à un autre pont, moins important que "la Grande Arche": "la Petite Arche". Depuis la départementale 228 jusqu'à cet endroit, le ruisseau marque aujourd'hui strictement la limite entre Coulommes et Boutigny. Ça n'a pas toujours été le cas: selon les plans d'intendance de Boutigny et de Coulommes, quelques terres de la rive droite du ru dépendaient alors de la paroisse de Coulommes.

La Petite Arche 1856 c

Curage du ru du Mesnil. 1856. A.D. de Seine-et-Marne.

La Petite Arche sert au passage d'un chemin moins important que la route de Meaux à Coulommiers. Jadis, avant que l'autoroute A4 ne lui barre irrémédiablement le passage, ce chemin conduisait de Coulommes à Magny-Saint-Loup. Il était notamment fréquenté, chaque 1er septembre, par les fidèles se rendant à Magny au pèlerinage de Saint-Leu où l'on invoquait le saint pour préserver les enfants de la peur et du mal caduc (l'épilepsie)24. Ce chemin était aussi emprunté par les pèlerins se rendant au prieuré de Saint-Fiacre25.

 plan d'intendance 1784

Avant la construction de la "Petite Arche", le chemin passe le ru à gué entre Coulommes et Magny-Saint-Loup. Plan d'intendance de Coulommes. 1784. A.D. de Seine-et-Marne.

Comme la Grande Arche, on ignore quand, précisément, cet ouvrage a été bâti. Selon le plan d'Intendance de Coulommes, il n'y avait pas encore de pont à cet endroit en 1784, mais il apparaît sur le plan de la grande ferme de Coulommes levé en 1845-184626.

 plan de la ferme 1845 1846

Plan de la ferme Oudot. 1845-46. Archives de la famille Courboin.

L'étang de Coulommes.

Le plan des propriétés Boula de Quincy (1754) mentionne un lieu-dit "L'Etang" juste en aval du chemin de Coulommes à Magny-Saint-Loup. Les plans des terres de la grande ferme de Coulommes de 1845-46 et de 1895 mentionnent "la Fontaine de l'Etang".

1754 plan de Quincy

Plan des propriétés de la famille Boula de Quincy. 1754. Mairie de Quincy-Voisins.

Contrairement à celui de Vaucourtois, l'étang de Coulommes a disparu. Il ne semble mentionné dans aucune archive. On n'a donc connaissance de son existence que par la toponymie. De quand date-t-il? A qui a-t-il appartenu? Quand a-t-il disparu? Autant de questions aujourd'hui sans réponse. On peut seulement supposer qu'il servait lui aussi à élever du poisson. 

 1895 plan de la ferme de M. Champion

Plan de la ferme Champion. 1895. Archives de la famille Courboin.

Si on examine attentivement le plan d'intendance de Coulommes (1784), il apparaît que l'arpenteur, auteur de ce plan, a remarqué une particularité topographique à cet endroit. En effet, là où le chemin de Coulommes à Magny coupe le ru du Mesnil, il a dessiné une ombre le long du chemin, qui, d'évidence, représente un relief qui barre le lit du cours d'eau.

1845 1846 plan des propriérés Oudot

Plan de la ferme Oudot. 1845-46. Archives de la famille Courboin.

Sur le terrain, cette levée de terre apparaît encore aujourd'hui. Elle est très arasée par les labours qui se sont succédés ici pendant plusieurs siècles, mais elle est encore très nette.

Plan d'intendance Etang de Coulommes

Le "fantôme" de la levée de terre de l'étang de Coulommes, est représenté par une ombre à droite du chemin. Plan d'intendance de Coulommes. 1784. A.D. de Seine-et-Marne.

Enfin, sur certaines photos satellitaires, des différences de couleur ou de densité de la végétation marquent la différence de nature ou d'épaisseur du sol.

C'est au niveau de cet ancien étang que les eaux de la fontaine de la Pissotte rejoignent le ru du Mesnil par une conduite souterraine. Aujourd'hui, les eaux de la station d'épuration de Coulommes se déversent dans le ru à la hauteur de l'ancienne levée de terre de l'étang.

Plus loin, le ru passe maintenant sous l'autoroute A4, avant de recevoir, sur sa rive droite, l'eau du ru de la fontaine de Saint-Loup à Magny. Aujourd'hui canalisé dans des conduites souterraines sur la presque totalité de son parcours, cet ancien ru est représenté sur le plan d'Intendance de Boutigny. 

 La fontaine de Saint Loup

Plan d'intendance de Boutigny. 1785. A.D. de Seine-et-Marne.

Le plan d'Intendance de Coulommes mentionne un lieu-dit "le Gravier" dans l'angle formé par le Chemin Paré et le ru.

Le Gravier a

Plan d'intendance de Coulommes. 1784. A.D. de Seine-et-Marne.

Le sens qui paraît aujourd'hui évident est celui d'endroit plein de petites pierres. Or, dans le patois de Brie champenoise, pour désigner les petits cailloux, on disait gravois, tandis que gravier désignait un gué, un passage à gué27.

 

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Charles-Alexandre Piétrement. Le patois briard du canton d'Esternay. 1888.

Quand on passait le ru à gué.

Le Chemin Paré aurait-il passé le ru du Mesnil à gué? 

Voie antique probablement intégrée au réseau dit d'Agrippa à l'époque gallo-romaine, le Chemin Paré a toujours été une voie de communication importante au niveau local comme au niveau régional. En 1834-1835, il est considéré comme une option possible dans le projet d'établissement d'une route entre Meaux et Coulommiers, évoqué plus haut dans le chapitre consacré à la Grande Arche28. En 1852, il est classé "chemin de grande communication n° 85 de Quincy à La Chapelle-sur-Crécy"29.

Cependant, ceux qui l'empruntent doivent toujours passer le ru du Mesnil à gué, comme en témoigne le plan parcellaire levé en 1856 à l'occasion du curage du ruisseau. 

 curage de 1856

Le chemin de Coulommes à Ségy passe le ru à gué. Curage du ru du Mesnil et du ru de Champgny. 1856. A.D. de Seine-et-Marne.

Il faudra attendre 1866 pour trouver, dans les rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne, une première mention de construction d'un pont de 2m60 sur le "ru de Ségy" (budget 3.000 francs)30. Il faut croire que les travaux ne sont alors pas réalisés, parce que l'on retrouve la même mention dans les rapports de 1872, 1873 et 1874. C'est sans doute la conséquence de la guerre de 1870 et des impositions exceptionnelles qu'elle entraîne. Enfin, en 1875, il est encore question de la «rectification des côtes de Ségy avec construction d'un pont sur le ru de Ségy» pour un total de plus de 14.000 francs31. C'est la dernière fois que la construction de ce pont est mentionnée et on peut supposer qu'après cette date, il est enfin achevé.

 Gué de Ségy

Gué à Ségy. Curage du ru du Mesnil et du ru de Champgny. 1856. A.D. de Seine-et-Marne.

Le Chemin Paré n'est pas le seul qui passe alors le ru du Mesnil à gué. Le plan levé à l'occasion du curage du ru en 1856 nous montre que, plus en aval, à Ségy et à Bouleurs, le ruisseau est traversé de cette façon par plusieurs chemins.

 Gués de Bouleurs

Gués à Bouleurs. Curage du ru du Mesnil et du ru de Champgny. 1856. A.D. de Seine-et-Marne.

De nos jours, le ru du Mesnil passe de nouveau sous l'autoroute de l'Est pour un parcours d'environ 1 km sur le territoire de Bouleurs, où il reçoit les eaux du ru Vignot. Sur la carte du curage du ru de 1856, on peut voir que le ru Vignot se jette dans celui du Mesnil entre deux chemins conduisant de Bouleurs à Quincy et qui empruntent à l'époque des passages à gué, chemins aujourd'hui disparus.

Le ru du Mesnil passe ensuite une troisième fois sous l'autoroute, et prend alors localement le nom de "ru de La Rouette".

La Rouette.

Stein et Hubert on relevé d'autres formes de ce nom: "le moulin de Larouette" (1600), "Larrouette" (1841) et "La Nouette" (1834)32. On trouve aussi "moulin de Larnette"33 et "moulin de La Noelle"34

 Moulin de la Rouette b

Moulin de la Rouette. 1851. A.D. de Seine-et-Marne.

Georges Husson, dans un ouvrage paru en 1893, indique que le moulin de La Rouette avait dépendu du chapitre de Meaux35. Mais dans une publication de 1909, c'est au moulin de Champigny, dont il sera traité plus loin, qu'il attribue ce fait36. Quoi qu'il en soit, au 19° siècle, un moulin dont on ignore l'origine exacte, fonctionne encore à cet endroit. En 1851, le propriétaire, Jean-François David, meunier, demande l'autorisation de prendre de l'eau dans le ru pour alimenter son moulin37. Il faut noter que, si cette partie du ru du Mesnil est appelée localement "ru de La Rouette", l'ingénieur du Service Hydraulique chargé d'étudier la demande l'appelle "ru de Champigny". 

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La Rouette en hiver. Georges Husson. Promenade dans la vallée du Grand Morin. 1893.

Le moulin de Jean-François David se trouve alors «sur le cours d'un filet d'eau issu de plusieurs sources voisines», apparemment insuffisant pour l'alimenter régulièrement. Le meunier souhaite donc créer un réservoir et une dérivation sur le ru du Mesnil. Il a déjà reçu l'accord des propriétaires des parcelles bordées par le ru, et celui du maire de Bouleurs, M. Troublé. 

 La Rouette en été

La Rouette en été. Georges Husson. Promenade dans la vallée du Grand Morin. 1893.

L'ingénieur chargé d'étudier la demande de Jean-François David visite les lieux et établit, entre autres choses, deux plans des lieux depuis l'amont de La Rouette jusqu'à l'aval de Champigny (lieu-dit dont il sera traité plus loin). On y remarque, en particulier, qu'en aval de la Rouette, un chenal principal alimente l'étang de retenue du moulin de Champigny, et que le ru lui-même sert de bras de décharge pour évacuer le trop plein lorsque l'étang est rempli38.

 chenal et décharge du moulin de Champigny

A la Rouette. Chenal d'alimentation (en haut) et ru servant de bras de décharge (en bas) pour le moulin de Champigny. 1852. A.D. de Seine-et-Marne.

L'ingénieur émet un avis favorable à la demande du meunier sous réserve d'aménagements plus importants que ceux envisagés par celui-ci. Malheureusement, le dossier concernant cette affaire, et conservé aux Archives Départementales, ne comporte pas d'indications sur la réalisation, ou non, de ces travaux. 

 Moulin de la Rouette a

Moulin de la Rouette. 1851. A.D. de Seine-et-Marne.

Jean-François David réside à la Rouette avec sa famille. Et, s'il se déclare bien meunier lors des recensements de 1851 et 1856, il se déclare marchand de mousse à celui de 1861, fleuriste à celui de 1866, boulanger en 1872 et de nouveau fleuriste en 187639. Lors du recensement de 1881, personne ne réside plus au hameau de la Rouette qui n'est même pas évoqué sur le recensement40. Lorsque Georges Husson visite les lieux au début des années 1890, «… de la roue ancienne, il ne reste plus que l'essieu vermoulu; et du moulin quelques pierres polies par les eaux et verdies par la mousse.»41

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Moulin de la Rouette. 1851. A.D. de Seine-et-Marne.

En septembre 2012, dans les friches qui couvrent ce secteur, on ne retrouve pas même un tas de pierres.

Au début de 1944, une dizaine de réfractaires au Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) se cache dans le bois de La Rouette. Ils organisent des sabotages à Chalifert, à Condé … Ils sont aidés par le propriétaire de la ferme de Charny, M. Claikens. Le 19 août 1944, trois d'entre eux, René Latour, Jean Szczur et Giworate Bogosawlievick, sont capturés par des allemands cantonnés à Montpichet et interrogés. Ils sont aussitôt fusillés dans le ru de Ségy42.

 ferme de Charny

Souvenir du maquis de la Rouette à l'entrée de la ferme de Charny.

C'est dans ce secteur que, dans les années 1970-1980, fut établi un élevage de truites couplé à une activité de pêche destinée aux amateurs. Cette "pêche à la truite", bien que disparue aujourd'hui, reste bien connue des habitants des environs.

Nous voilà aux confins des territoires de Bouleurs, Quincy-Voisins et Couilly-Pont-aux-Dames et notre ru arrive bientôt au lieu-dit Champigny, dont il prend localement le nom. 

bords du Mesnil pont et moulin de Champigny   Champigny.

Dans son étude sur la vallée du Morin et de ses affluents, Alexandre Bazin assimile le moulin de la Rouette et le moulin de Champigny. Or, il a bien existé deux moulins parfaitement distincts, le premier à Bouleurs, dont il vient d'être question, le second à Couilly-Pont-aux-Dames, dont il est question maintenant.

La plus ancienne mention avérée de Champigny figure en l'an 1005 sous la forme Campiniaco dans un document des archives de l'Eglise de Meaux cité par Toussaints du Plessis43. Celui-ci lui attribue une plus haute antiquité en l'assimilant à Pipimisium, résidence d'Agnéric, comte de Meaux et père de saint Faron et de sainte Fare, où il aurait reçu la visite de saint Colomban44. L'identification de Pipimisium a longtemps fait débat et reste controversée45

 Cassini 02

Carte de Cassini. Milieu du 18° siècle.

Au plan cartographique, Champigny figure sur la carte de Cassini (milieu du 18° siècle) et sur l'Atlas de Trudaine, établi entre 1745 et 178046

 Atlas de Trudaine Champigny

Champigni (cerclé, le moulin). Atlas de Trudaine. Deuxième moitié du 18° siècle.

Au 13° siècle, à Champigny, il y a un hameau composé de quelques maisons et d'un moulin à farine appartenant au chapitre de Meaux47. Les hommes et hôtes de Champigny relèvent du seigneur de Crécy à qui ils doivent la garde du château et la participation aux travaux et réparations des fortifications48. Au 17° siècle, les manants et habitants de Champigny lui doivent aussi un avenage (redevance en avoine) d'une mine par feu49. Ils font rouir leur chanvre dans le ru jusqu'à ce que, en 1624, l'abbesse du Pont-aux-Dames, dont le ru traverse les terres, le leur fasse interdire50.

 abbaye de Pont aux Dames Trudaine

Abbaye de Pont-aux-Dames. Atlas de Trudaine. Deuxième moitié du 18° siècle.

En 1401, le droit du chapitre de Meaux de faire venir l'eau à son moulin est confirmé, après qu'un particulier ait détourné l'eau du ru51. En 1582, le chapitre loue le moulin et ses dépendances par bail emphytéotique à Louis de Meaux, seigneur de Charny. Ce bail passe ensuite à Charles de Meaux, puis à sa fille Marie, et enfin au mari de celle-ci, Henry de Briquemaule. En 1681, celui-ci et Marie de Meaux vendent à Thierry Sévin, seigneur de Quincy, leur terre et seigneurie de Charny, ainsi que leur droit à bail sur le moulin de Champigny. Au décès de Thierry Sévin, le bail échoit à son neveu et légataire, Charles Sévin52. Le moulin est exploité par des meuniers qui le prennent à loyer (en 1669 à Giles Corvel; en 1728 à Noël Ducharme; en 1755 à Louis Pinart; en 1777 à Pasques Perrot; en 1790 à Jean-Pierre Colet)53.

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Champigny. Georges Husson. Promenade dans la vallée du Grand Morin. 1893.

Pendant le Révolution, propriété d'un établissement religieux, le moulin est vendu comme bien national en l'an IV, à Jean-Baptiste Ducellier. Il change plusieurs fois de propriétaire au cours du 19° siècle. 

On l'a vu plus haut, en 1851, un ingénieur du Service hydraulique étudie un projet du propriétaire du moulin de la Rouette. A cette occasion, il dessine des cartes de l'ensemble des rus de la Rouette et de Champigny. Sur l'une d'elles, le moulin de Champigny est représenté, avec son étang alimenté par un chenal, ainsi que le ru lui-même qui le longe au Sud. On distingue aussi la conduite en bois (chenal) qui amène les eaux de l'étang jusqu'à la roue (laquelle se trouve à l'intérieur du moulin) et le canal qui évacue l'eau vers l'aval.

 Moulin de Champigny 1851 01

Moulin de Champigny. Travaux sur le moulin de la Rouette. 1851. A.D. de Seine-et-Marne.

A l'occasion du curage du ru en 1856, un profil en long du ru de Champigny est dressé par le service hydraulique des Ponts et Chaussées54. Il représente en particulier le détail de l'équipement hydraulique du moulin: les vannes du barrage de l'étang (vanne "de décharge" destinée à évacuer le trop-plein de l'étang, et vanne "mouloire" qui commande l'écoulement de l'eau vers la roue), le chenal en bois et la roue verticale, d'un diamètre de 4,30 mètres.

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Curage du ru de Champigny. 1856. A.D. de Seine-et-Marne.

Après être passé de main en main au cours du 19° siècle, le moulin de Champigny est acheté en 1908 par Abel Frénée, négociant en bestiaux à Couilly55

Lorsque Georges Husson publie son ouvrage en 1909, le moulin est à l'abandon: « quelques pierres, polies par les eaux qui s'échappent d'un étang voisin, montrent encore, près d'une vanne, l'emplacement où était la roue »56. Le vieux moulin, aux meules de pierre actionnées par un ru aux eaux capricieuses, a été détrôné par les moulins implantés sur un Grand Morin aux eaux régulières et équipés de cylindres plus performants. 

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Le Moulin de Champigny. Georges Husson. 1909.

Aujourd'hui, il reste le barrage qui forme un étang où s'abreuvent des chevaux, et un pan de mur envahi de ronces.

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Au milieu du taillis, un pan de mur est resté debout.

Notre ru arrive maintenant au hameau de Pont-aux-Dames (anciennement appelé Rus) où l'actuelle route nationale n° 34 l'enjambe par un pont (une arche). Au Sud de cette route se trouvait l'enclos de l'abbaye cistercienne de Pont-aux-Dames qui a donné son nom au lieu. Par une charte de février 1239, Hugues de Châtillon, seigneur de Crécy et fondateur de l'abbaye, donne à celle-ci la propriété du ru de Champigny jusqu'au Morin57

Rendus à ce point de notre parcours, pour la clarté du propos, nous ne descendrons plus le cours géographique de notre ru, mais le cours historique des événements qui l'ont marqué au cours du 19° siècle. Ceci nous conduira à aller et venir entre

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