Aux origines de Coulommes

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Une pierre taillée datant du néolithique a été trouvée par M. Paul Bailly à proximité du ru du Mesnil qui constitue la limite entre Coulommes et la commune voisine de Boutigny.


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Outil néolithique découvert par M. Paul Bailly en bordure du ru du Mesnil qui forme la limite entre Coulommes et Boutigny.

 

Plusieurs structures ont été détectées par photographie aérienne sur le territoire de la commune aux lieux-dits Le Champ de Couilly, La Bretagne, Les Noues et Les Rossignols : structures quadrangulaire et rectangulaires et fossés rectilignes 1. En 1854, à l'occasion de travaux de voirie à l'est du village, «une longue allée dallée ou Kistven paraissant indiquer des sépultures celtiques», a été découverte 2

 

Au même endroit, à l'occasion de ces mêmes travaux de voirie, un cimetière gallo-romain a été mis à jour en bordure du Chemin Paré (Th. Lhuillier).


PEUNTINGER couleurs zoom    

Extrait de la Table de Peutinger figurant les étapes de Calagum (Chailly en Brie) et Fixtuinum (Meaux).

 

Le Chemin Paré, traverse la commune suivant une orientation Nord-Est/Sud-Ouest. Il s'agit très probablement de l'un des itinéraires de l'ancienne via Agrippa, reliant Troyes à Senlis par Meaux. Dans le village, cette voie est aujourd'hui occupée par la Grande Rue. Jean Mesqui fait remarquer que le profil de cette voie, entre Chailly-en-Brie et Meaux, n'est pas conforme aux caractéristiques habituelles des voies romaines 3. Il pourrait donc s'agir d'un tracé antérieur à la conquête, intégré au réseau des voies romaines. Le nom de la commune est vraisemblablement dérivé du latin columna, en raison de la présence, à cet endroit, d'une colonne milliaire (aujourd'hui disparue).


les Meldes

 

Ce territoire faisait très certainement partie de la civitas des Meldes, dont le chef-lieu se trouvait à Meaux. Selon certaines sources, la cité des Meldes faisait partie de la Gaule belgique. Selon d'autres sources, elle faisait partie de Gaule celtique. A ce jour, le débat ne semble pas tranché. Après la conquête romaine, ce territoire relèvera de la IV° Lyonnaise.

 

Au Moyen-Age, Coulommes fait partie du comté de Meaux. Après la réunion des comtés de Meaux et de Troyes, la localité relève du comté de Champagne et de Brie. C'est à cette époque qu'apparaît pour la première fois le nom de la localité: une charte, signée du comte Henri le Libéral en 1156, mentionne Hildric de Colums  4


Comté de Champagne et de Brie

 

Peu de temps après, le localité est citée dans le Livre des Vassaux du comté de Champagne (titre original Feoda Campanie, vers 1172), «Manasses de Colummes, ligius de duobus feodis et custodiam. Fortis domus de Colunmes, et redditus de Cortier et vineam de Sancto Petro de qua templarii tenent medietatem, quam acquisierunt tempore hujus comitis» 5

 

Une version en vieux français de cette mention donne: «Manesier de Colummes, liges de II fiez et garde. La forz meson de Colummes et le repeire de Corriger et la vigne de Saint Pierre de laquelle li Templier tienent la moitié qu'il acquistrent au tans de ce conte» 6. D'évidence, une partie de cette traduction est fantaisiste: «redditus de Cortier» est traduit en «le repeire du Corriger». Or "redittus" doit se traduire par "revenu". Quant à Cortier, Longnon, dans sa table des noms propres, le situe à Vaucourtois. Il s'agit très certainement d'une forme du nom "Courtier", patronyme que l'on retrouve par ailleurs à Vaucourtois et qui a laissé une trace dans la toponymie actuelle de cette commune. Pour "redditus de Cortier", on peut donc proposer "le revenu de Courtier" puisqu'un fief pouvait consister en une terre, mais aussi simplement en un revenu éventuellement prélevé sur une production agricole. La vigne de Saint-Pierre, dont la moitié est tenue en fief par les Templiers, a aussi laissé une trace dans la toponymie: il existe encore aujourd'hui un "chemin de Saint-Pierre" à Coulommes.

 

Manesier ou Manasses de Colummes est donc vassal lige (ligius) du comte de Champagne. Il est soumis à son égard à un engagement plus étroit qu'un vassal ordinaire. Il lui doit conseil et soutien, en particulier en cas de conflit. En l'occurrence, il lui doit aussi la garde (custodiam) sans précision de durée ou de lieu. On peut en déduire qu'il s'agit de la garde permanente de ce secteur du comté, à partir de la maison forte de Coulommes. La mention précise qu'il est vassal pour deux fiefs (duobus feodis), et cite trois éléments susceptibles d'être donnés en fief: la maison forte de Coulommes, le "revenu de Courtier" et la vigne de Saint-Pierre. Le premier comprend nécessairement la maison forte, mais le "revenu de Courtier" fait-il aussi partie de ce premier fief ou bien compose-t-il le second avec la vigne de Saint-Pierre?  

 

Pourquoi une maison forte est-elle établie en ce lieu de Colunmes? Sans aucun doute parce qu'il s'agit d'un point stratégique pour le comté de Champagne. Puissant et riche grâce aux foires de Provins, Lagny, Troyes, et Bar-sur-Aube, le comte de Champagne est en conflit avec le roi, son suzerain, à propos de la frontière entre le comté et le domaine royal. Tous deux prétendent avoir droit de haute justice sur une portion de territoire formant "marche séparante" entre les deux domaines. Pour le roi, la limite est justement constituée par le Chemin Paré, ancienne voie romaine entre Sens et Meaux, alors que le comte la situe plus à l'Ouest. Afin de se prémunir d'une incursion des troupes royales, le comte établit dans ce secteur une série de maisons fortes qu'il donne en fief à de fidèles vassaux. Le même Livre des vassaux du comté de Champagne mentionne d'autres maisons fortes dans notre secteur: «Domum suam fortem Magni (maison forte de Magny le Hongre), Domus fortis de Cortevrout (maison forte de Coutevroult), Domus fortis de Sancto Yohanne (maison forte de Saint Jean lès Deux Jumeaux), Domus fortis de Montguillon (maison forte de Montguillon à St Germain), De duabus domibus fortibus apud Viliers et apud Viviers  ( maisons  fortes  près de  Villiers sur Morin et  près du Vivier à Coutevroult)» 7.


carte maisons fortes Brie

 

La maison forte de Coulommes est donc établie à l'intersection du Chemin Paré et d'une autre voie importante au Moyen Age, un Chemin de Saint-Fiacre. Celui-ci traverse la localité suivant une orientation Nord-Sud. Aujourd'hui, dans l'agglomération, il emprunte la rue de Fontenelle, longe la place de l'église et se poursuit par la rue de Courcelles. Plus loin, vers le Nord, il conduit au prieuré de Saint-Fiacre, lieu d'un important pèlerinage remontant au Haut-Moyen-Age. Vers le Sud, ce chemin vient de l'ancien domaine royal, et aujourd'hui encore, on peut suivre sa trace jusqu'à Voinsles, c'est-à-dire sur près de 30 kilomètres 8. La maison forte de Coulommes contrôle donc deux voies de communication importantes. On peut supposer qu'elle existait déjà en 1156. 


Chemin de Saint Fiacre

 

Il est probable que la présence de cette maison forte à favorisé le développement du village, si ce n'est sa création. Si on se fie au style des chapiteaux de ses colonnes (à décor végétal dit "flore gothique")9, l'édification de l'église Saint-Laurent paraît remonter au début du 13° siècle. C'est donc que la population du village était déjà assez conséquente à cette époque. La fondation d'une maladrerie pourrait aussi remonter au début du 13° siècle10.

 

Ce seigneur Manasses de Coulommes est de nouveau cité, sous le nom de "Manasses de Colombis", dans la charte communale que le comte de Champagne accorde à la ville de Meaux en 1179. Il est l'un des cinq arbitres de Meaux pouvant être appelés à juger de litiges relatifs aux usages dans la forêt du Mans 11. A une date indéterminée, il donne une part dans le moulin de Quintejoie (à Couilly) aux templiers de Chevru. Ceux-ci échangeront cette part contre des redevances avec Pierre de Cornillon en 1210 12

 

C'est en cette fin du 12° siècle que commence vraiment l'histoire de Coulommes.


1. Ouvrage collectif. Carte archéologique de la Gaule. La Seine-et-Marne 77/1. 2008
2. Th. Lhuillier. Monographie communale de Coulommes. Almanach historique de Seine-et-Marne. Meaux. 1887.
3. Jean Mesqui. Les routes dans la Brie et la Champagne occidentale: histoire et techniques. Revue générale des routes et des aérodromes. Paris 1980.
4. Th. Lhuillier. Ibidem.
5. Auguste Longnon. Documents relatifs au Comté de Champagne et de Brie, 1172-1361. Tome premier. Les fiefs. Paris, Imprimerie Nationale. 1901. Mention 1133, page 44.
6. Auguste Longnon. Livre des vassaux du comté de Champagne et de Brie, 1172-1222. Paris, Durand & Pedone-Lauriel. 1869. Mention 911, page 61.
7. Auguste Longnon, Livre des vassaux, op. cit.
8. Sabine Gervais, René Blaise. Crécy-en-Brie et la Vallée du Morin. 1955-1990.
9. Jacques Piédeloup. L'église Saint-Laurent de Coulommes. Bulletin Coulommes et autres lieux voisins. Juillet 2002.
10. Th. Lhuillier. Monographie communale de Coulommes. 
11. Georges Gassies. Les chartes de la ville de Meaux. Bulletin SLHB. Meaux. 1900
12. Th. Lhuillier. Monographie communale de Coulommes.

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