Démographie de Coulommes

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On ne dispose d'aucun chiffre sur la population de Coulommes avant 1599. Cependant, dès le 12° siècle, la localité doit être relativement peuplée, du moins pour l'époque. En effet, vers 1172, un vassal du comte de Champagne et de Brie est en possession d'un fief en ce lieu1  (voir l'article "Aux origines de Coulommes" dans la catégorie "Histoire"). Ce vassal a la garde d'une maison forte destinée  à contrôler deux voies de circulation importantes qui se croisent à cet endroit: le Chemin Paré, qui relie Troyes à Meaux, et un chemin qui, venant du Sud et du domaine royal, conduit au prieuré de Saint-Fiacre. Outre les hommes composant la "garnison" de cette maison forte, des serfs, des "hommes de corps" cultivent sans doute les terres dépendant de ce fief. Vers 1228, à Coulommes, une maladrerieabrite des malades et les religieux qui les soignent (voir l'article correspondant). Au total, la population du lieu doit donc être assez nombreuse pour qu'on juge nécessaire d'édifier l'église Saint-Laurent dont certains éléments architecturaux remontent au début du 13° siècle3

 

Plus tard, la population locale subit, comme toute la région, les vicissitudes de l'histoire. La Guerre de Cent Ans, en particulier, ravage et dépeuple les campagnes briardes. Les Guerres de Religion, et spécialement la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, provoquent l'exode d'un nombre considérable de protestants. Les disettes et les épidémies déciment périodiquement la population. 


démographie sous l'ancien régime

 

Le premier chiffre connu, en 1599, ne nous indique que le nombre de "feux" de la paroisse: 524. Ce nombre de feux intéressait l'autorité fiscale de l'époque pour lever des impôts. Aujourd'hui, on parle de foyers fiscaux (feux, foyers, la terminologie actuelle n'a pas beaucoup évolué en cinq siècles). Non seulement on ignore le nombre d'individus qui, à l'époque, composaient chaque feu, mais le nombre de feux pour chaque paroisse fiscale ne correspondait pas au nombre de ménages réels qui y résidaient. Seules les personnes taillables (imposables) étaient prises en compte, et les domestiques, les pauvres, les ouvriers agricoles et les nobles en étaient exclus. D'autre part, sous la pression des seigneurs locaux, des propriétaires de terres et de la communauté d'habitants, le nombre de feux d'une paroisse fiscale était parfois négocié et ajusté en fonction de la fécondité du terroir et de la prospérité de ses habitants.


On pourrait examiner les "aveux et dénombrements" par lesquels un vassal énumérait les terres et droits qu'il tenait de son suzerain. Ces documents mentionnaient parfois les personnes sur lesquelles s'étendait son pouvoir (serfs, tenanciers, etc.). Mais ces précisions "démographiques" n'étaient pas systématiques. De plus, un vassal n'établissait une tel "aveu et dénombrement" qu'au moment où il prenait possession de son fief et rendait "foi et hommage" à son suzerain, et seulement pour ce qui composait celui-ci, ce qui en excluait tout ce qui pouvait dépendre d'éventuels autres fiefs sur la même paroisse.

 

Selon un dénombrement de population de 1709, Coulommes compte alors 67 feux5. Pour la même date, Marie Le Mée-Orsetti et René Le Mée en indiquent 754.

 

En 1724, le Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne mentionne: «COULOMNE, dans la Brie, Diocèse de Meaux,  Parlement et Intendance de Paris, Election de Meaux, a 700 habitants»6. Il paraît évident qu'il s'agit d'une erreur: le même Dictionnaire donne par exemple 478 habitants pour Bouleurs, 477 pour Boutigny et 808 pour Crécy7. Or ces trois paroisses ont toujours été plus peuplées que Coulommes. D'ailleurs, en 1725, selon Marie Le Mée-Orsetti et René Le Mée, la paroisse ne comptait que 76 feux8, ce qui confirme l'irréalisme du chiffre de 700 habitants. 


quatre paroisse sous l'ancien régime

 

D'autres sources existent, émanant d'institutions comme le grenier à sel ou l'Eglise. Pour 1725 et 1726, on connaît le nombre des "gabellants", c'est-à-dire ceux qui payent la gabelle (impôt sur le sel): respectivement 236 et 2309. Coulommes dépend du grenier à sel de Meaux. En Ile de France, province de grande gabelle, les gabellants sont les habitants de plus de 8 ans, tenus d'acheter annuellement un peu plus de 5 litres de sel (un minot pour 14 personnes)10. En 1771, on connaît le nombre de "communiants" à Coulommes: 25011. Mais, que recouvre exactement ce terme? Emanant du clergé catholique, il désigne les paroissiens ayant communié pendant la semaine de Pâques. Il exclut donc les enfants en dessous d'un certain âge, les fidèles pas assez assidus et les protestants qui, sans doute, persistent à refuser de communier des mains du prêtre catholique.

 

On le voit donc, les rares chiffres disponibles sous l'ancien régime non seulement ne portent quasiment jamais sur la totalité de la population, mais il arrive qu'ils se contredisent. 

 

On est mieux renseigné après la Révolution, et en particulier à partir de la période napoléonienne, où l'on entreprend des recensements systématiques. S'ils sont moins détaillés qu'aujourd'hui pour ce qui touche la situation familiale ou professionnelle, du moins sont-ils exacts au plan strictement numérique. Les guerres empêchent la réalisation de ces recensements. Celui de 1871 est repoussé à 1872. Celui de 1916 n'est pas entrepris, ainsi que celui de 1941.


démographie contemporaine

 

La population de Coulommes est relativement stable pendant la première moitié du 19° siècle. Elle culmine en 1826 avec 481 habitants et commence à diminuer sensiblement en 1861. Cet déclin continue lentement mais sûrement pendant un siècle.

 

Plusieurs causes concourent à ce déclin. L'une, entraînant paradoxalement une baisse de la natalité, est l'amélioration des conditions de vie. Démographes et sociologues s'accordent à penser que l'enrichissement personnel et l'amélioration du confort matériel entraînent une diminution des naissances. Les mutations agricoles survenues au cours du 19° siècle concourent également à ce déclin démographique. A Coulommes, la plupart des habitants vit de petite culture, et les partages successoraux successifs entraînent un morcellement et une dispersion de la propriété foncière. L'exploitation des terres en est rendue difficile et de moins en moins rentable. Le phénomène est accentué par les catastrophes sanitaires et la concurrence qui affectent la viticulture locale au cours de ce siècle (oïdium, phylloxera, mildiou, vins du Midi). 


recensement 1836

Première page du recensement de Coulommes en 1836.

(Archives départementales de Seine-et-Marne).

 

Parallèlement, des entreprises industrielles et commerciales s'établissent dans les villes de la région, et recrutent de la main d'œuvre: filatures à Magny-Saint-Loup et Villiers-sur-Morin, usine oxhydrique de Beauval et filature à Meaux, bonneterie Verdier et imprimerie Plon à Nanteuil, l'Union Commerciale et sucrerie à Villenoy, imprimerie Brodard et sucrerie à Coulommiers, etc. De meilleurs salaires et des durées quotidiennes et hebdomadaires de travail régulières attirent ceux que l'agriculture a du mal à faire vivre. Des petits cultivateurs et des vignerons, découragés, vendent ou louent leurs terres et offrent leurs bras à ces entreprises. 


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A Nanteuil-lès-Meaux, une entreprise pourvoyeuse d'emplois,

l'imprimerie Plon.

 

Cet exode rural se poursuit au 20° siècle avec la modernisation de l'agriculture (amélioration des rendements grâce aux engrais et aux traitements, concentration des exploitations, remembrement, mécanisation) qui réduit le nombre d'exploitations et les besoins de main-d'œuvre. Dans beaucoup de familles d'agriculteurs, les enfants ne veulent plus travailler sur l'exploitation (trop dur, pas assez de loisirs, pas assez rentable...), et ils partent travailler en ville ("... ils seront flics ou fonctionnaires..." comme chante Jean Ferrat) à l'instar de nombreux ouvriers agricoles. Et quand le père prend sa retraite, les terres sont reprises par un autre exploitant. Le creux de la vague se situe en 1962, date à laquelle le chiffre de la population est descendu à 191, c'est à dire 40% de celui de 1826.


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Début du 20° siècle. Un partie de la population de Coulommes

sur la Grande Rue, devant la maréchalerie Lepage.

 

Coulommes, à ce rythme, aurait pu finir comme d'autres villages de la région, qui ont périclité au cours des siècles (Ségy, qui a été une paroisse et n'est plus qu'un hameau de Quincy), et, pour certains, ont disparu (Lihou, qui a aussi été un siège de paroisse, Saint-Martin-lès-Voulangis, Saint-Saturnin près de Chauconin). A notre époque, les symptômes qui précèdent le coma puis la mort des villages sont bien connus: exode des jeunes, vieillissement de la population, fermeture des commerces (épicerie, boulangerie, café...), disparition des artisans, suppression ou réduction des services publics (Poste, transports, fermeture de classes...), maisons à l'abandon ou transformées en résidences secondaires, difficultés à financer les équipements publics, etc. 


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Toujours au début du 20° siècle, des habitants de Coulommes

à l'entrée du village, sur l'actuelle avenue des Marronniers.

 

L'hémorragie s'est arrêtée, et la population s'est remise à croître à partir de 1968. En 1999, Coulommes comptait 394 habitants, c'est à dire 33 de plus qu'au recensement de 1990. Ce chiffre de 33 habitants supplémentaires résulte de la combinaison de 39 naissances, 21 décès et 15 arrivées de personnes extérieures à la commune. Entre 1999 et 2007, l'augmentation de 16 habitants résulte de la combinaison de 52 naissances, 11 décès et 25 départs de la commune. Ces chiffres, arrivées et départs, sont ce que l'INSEE appelle un "solde migratoire apparent". Il est apparent parce que, entre les recensements de 1990 et 1999, il n'est sans doute pas seulement arrivé 33 habitants. Il a pu en arriver 50 et en partir 17. De même, entre 1999 et 2007, il n'est sans doute pas seulement parti 25 personnes. Il a pu en arriver 15 et en partir 40. Le solde migratoire apparent ne représente que la différence entre le total des arrivées et le total des départs. Au total, l'emménagement dans la commune de personnes venues de l'extérieur a évidemment compté pour beaucoup dans le doublement de la population entre 1962 et 2007.  Coulommes sur le site de l'INSEE.


évolution entre deux recensements

 

A partir de 1968, la démocratisation de l'automobile a certainement contribué au renouveau démographique de Coulommes, en permettant à des populations urbaines de venir (ou de revenir) habiter à la campagne tout en continuant à travailler en ville. Les prix du foncier et de l'immobilier et la recherche d'une certaine qualité de vie ont aussi été des facteurs déterminants.

 

Le rêve serait que ce renouveau se renforce d'une revitalisation économique par la création d'emplois sur place, et la mise en place de services facilitant la vie quotidienne de ses habitants. 

 

1. Auguste Longnon. Documents relatifs au Comté de Champagne et de Brie, 1172-1361. Tome premier. Les fiefs. Paris, Imprimerie Nationale. 1901. Mention 1133, page 44.

2. Théophile Lhuillier. Monographie de Coulommes dans Almanach historique de Seine-et-Marne. 1887. page 119.

3. Jacques Piédeloup. L'église Saint-Laurent de Coulommes. Bulletin Coulommes et autres lieux voisins. Juillet 2002.

4. Marie Le Mée-Orsetti & René Le Mée. Paroisses et communes de France. Editions du CNRS. 1988.

5. Nouveau dénombrement par généralités, élections, paroisses et feux. Cité dans Mémoires des Intendants sur l'état des généralités. Paris. Imprimerie nationale. 1881. Appendice, page 436.

6. Claude-Marin Saugrain. Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne, etc. Paris. 1724. colonne 933.

7. Claude-Marin Saugrain. Ibidem. colonnes 483, 509 et 970.

8. Marie Le Mée-Orsetti & René Le Mée. Op. cit.

9. Marie Le Mée-Orsetti & René Le Mée. Op. cit.

10. Marcel Marion. Dictionnaire des institutions de la France. 17°-18° siècles. Picard. Paris. page 247.

11. Essais historiques, statistiques sur le département de Seine-et-Marne. Canton de Crécy. Michelin. 1829.

Publié dans Gens d'ici

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serrurier paris 15/02/2015 21:03

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