La maladrerie de Coulommes

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Vers 1228, il y avait une maladrerie à Coulommes (ou léproserie, les deux termes sont équivalents). A cette époque, et depuis les XIème et XIIème siècles, de nombreuses  léproseries  sont  fondées dans le royaume de France et dans le comté de Champagne et de Brie. On peut en compter 28 dans l'ancien diocèse de Meaux, pourtant le moins vaste de la province ecclésiastique de Sens. Il faut distinguer les léproseries des hôtels-Dieu qui étaient destinés à assister de façon temporaire voyageurs et pèlerins malades ou dans le besoin. Longtemps, on a pensé que la fondation des léproseries avait suivi le retour d'Orient des croisés qui en avaient ramené la lèpre. Aujourd'hui, on sait que ce fléau sévissait dans nos contrées bien avant les croisades, et que la fondation de ces nombreuses maladreries relevait en fait d'un élan de charité.

Archidiaconé de France Archidiaconé de Brie
Meaux (Saint Lazare) Crécy en Brie
Villenoy (Venise) Couilly Pont aux Dames

Annet

Coulommes
Iverny La Celle sur Morin (Courtery)
Mitry Rozay
Saint-Mesmes (La Sablonière) Chailly en Brie

Trilbardou

La Ferté sous Jouarre
Dammartin en Goele Jouarre (ru de Verou)
Saint-Soupplets Sammeron
Nanteuil le Haudouin Boutigny (Le Bordel)
Chevreville Rebais

Oissery-Saint Pathus

 
Assy en Multien  
Le Plessis Placy (Beauval)  
Coulombs en Valois  
Lizy sur Ourcq  
May en Multien  

Maladreries dans l'ancien diocèse de Meaux.

 

Contrairement aux hôtels-Dieu (d'origine religieuse) qui étaient des lieux de passage (il en a existé un à Lihou, aujourd'hui hameau de Vaucourtois), les maladreries étaient des lieux de vie, où les malades séjournaient généralement jusqu'à leur décès. Comme leur nom l'indique, elles avaient été créées à l'origine pour héberger des personnes atteintes de la lèpre, affection très peu contagieuse mais particulièrement invalidante qui rendait les malades incapables de se procurer leur subsistance. La lèpre ayant peu à peu régressé et pratiquement disparu, ces établissements accueillirent aussi des personnes atteintes d'autres maladies chroniques. C'est ce qui explique que le terme maladrerie se soit progressivement substitué à celui de léproserie.

 

On sait très peu de choses sur l'établissement de Coulommes, et on ne peut que supposer qu'il fonctionnait comme d'autres, mieux connus, tel celui de Meaux par exemple. On remarque notamment qu'il se trouvait sur une voie de communication importante, le Chemin Paré. Si les soins aux malades y étaient assurés par des religieux, les maladreries ont, le plus souvent, été fondées et administrées par des laïcs, appelés maîtres ou gouverneurs. Pour subvenir aux besoins des malades et du personnel, elles disposaient des revenus de biens fonciers, provenant des donations des familles des "résidents". Dans les premiers temps, les lépreux, considérés comme dangereux, y étaient mis "hors du siècle" et considérés comme civilement morts après accomplissement de cérémonies funèbres. Ils étaient totalement soumis au maître qui pouvait leur infliger sanctions et punitions. Progressivement, leur régime s'adoucit, et ils purent même circuler librement parmi leurs contemporains, agitant crécelles et cliquettes (pour demander l'aumône et non pas pour éloigner les passants comme le veut la légende).


cliquette

Des malades agitent leurs cliquettes pour demander l'aumône.

 

Pour la maladrerie de Coulommes, on ne connaît pas de nom attesté d'administrateur ou de donateur. On peut seulement relever que, dans les années 1450-1500, des rapports existent entre Coulommes, l'hôtel-Dieu de Meaux, et la famille de Lernes (ou de Larnes) de Vaucourtois:

- 1453: l'hôtel-Dieu de Meaux détient un tiers de la Grande Dîme de Coulommes et en rend foi et hommage à Pierrot de Lernes, seigneur de Vaucourtois;

- 1477: les de Lernes, déjà seigneurs de Vaucourtois, deviennent seigneurs de Coulommes. Ponce de Lernes est nommé gouverneur de la léproserie Saint Lazare de Meaux par Louis XI;

- 1486: un conflit survient sur le partage des dîmes de Coulommes entre Jehan de Melun, nouveau maître de la maladrerie de Meaux et le curé de Vaucourtois. L'hôtel-Dieu de Meaux cède alors sa part de la Grande Dîme de Coulommes.

 

Ces indices ne constituent pas une preuve, mais il ne serait pas surprenant que certains membres la famille de Lernes aient eu des liens directs avec la maladrerie de Coulommes, ne serait ce qu'en leur qualité de seigneurs du lieu.

 

La maladrerie est citée vers la même époque dans le cartulaire de l'abbaye du Pont aux Dames, et figure, pour la dernière fois semble-t-il, sur la carte de l'évêché de Meaux éditée par Jalliot en 1701 (le symbole utilisé pour la représenter indique qu'elle est en ruine).

 

Au cours des siècles, et en particulier au cours du 17° siècle, nombre de petits hôtels-Dieu et maladreries, surtout ruraux, seront réunis à des hôtels-Dieu et à des hôpitaux plus importants et urbains comme celui de Meaux. De nombreuses maladreries avaient été progressivement détournées de leur vocation initiale d'accueil des malades. Des gouverneurs et des personnels indélicats en accaparaient les ressources, transformées en bénéfices ecclésiastiques dont la nomination prêtait parfois à contestation entre différents collateurs. En mars 1695 et janvier 1696, par arrêts du Grand Conseil, Louis XIV unit à de grands hôtels-Dieu d'autres établissements de moindre importance: Coupvray, Douy-la-Ramée et Sœur-Gibout (Boutigny) sont unis à Meaux; Vendrest et May sont unis à Lizy; Villeneuve-le-Comte et Couilly sont unis à Crécy, etc. En fait, ces regroupements consistent surtout à transférer aux établissements plus importants les possessions et rentes des petits hôtels-Dieu et maladreries, entérinant ainsi la disparition de ceux-ci. C'est sans doute à l'occasion de ces réunions que la maladrerie de Coulommes disparaît en tant que telle.


Maladrerie Coulommes Jaillot

La "maladerie" de Coulommes sur la carte de l'évêché de Meaux par Hubert Jaillot (fin 17° siècle).

 

Curieusement, elle n'a pas laissé de trace dans les noms de lieux, contrairement à d'autres: la Maladrerie à Lizy sur Ourcq ou la Ferté sous Jouarre, Saint Lazzare ou Saint Lazard à Chailly en Brie ou Meaux, Saint Ladre, etc... Où se trouvait-elle? On a affirmé que le colombier proche de l'église en est un vestige. C'est probablement inexact: on est assuré que cette tour et la ferme dont elle dépend sont établies sur le site du château encore attesté en 1590, ayant lui-même succédé à la maison-forte du XIIème siècle. Par ailleurs, à l'époque probable de la fondation de cette léproserie (XIème ou XIIème siècle), ce type d'établissement était systématiquement installé en dehors des bourgs. Sur la carte du diocèse de Meaux, publiée en 1701 par Hubert Jaillot, la maladrerie est figurée au Sud-Est de Coulommes, sur le Chemin Paré. Elle était donc vraisemblablement implantée à la sortie du village en direction de Sancy.

 

Il y a quelques années, j'ai vu des traces ressemblant à celles que laissent les fondations d'un bâtiment (débris de plâtre ou de chaux de scellement et pierres, remontés par la charrue et formant des alignements à angle droit), dans une parcelle située en dehors de Coulommes, le long du Chemin Paré, en direction de Sancy. Elles étaient apparues après un hersage du champ et un léger lessivage par la pluie. Des drains, présents dans ce secteur, peuvent laisser des traces de ce genre, mais les débris remontés sont alors d'une autre nature et d'un autre aspect.  La parcelle en question se trouve à  droite du Chemin Paré, au lieu-dit Le Charnoy, entre la tourelle d'angle de la propriété Courboin et une petite mare creusée un peu plus loin.

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