le presbytère de Coulommes 1ère partie

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Un des registres des baptêmes, mariages et sépultures de l'ancienne paroisse de Coulommes contient une curiosité. Sur la dernière page de l'année 1729 figure "l'acte de naissance" du presbytère de Coulommes. 

 

acte naissance 1729

Acte de naissance du presbytère de Coulommes.

Archives communales de Coulommes. Mairie de Coulommes.

Acte de naissance est le terme approprié, non seulement parce que ce texte figure bel et bien parmi les actes de baptêmes, mariages et décès de la paroisse, mais aussi parce que, comme vous pouvez le constater, par sa formulation, il s'agit véritablement d'une déclaration de naissance:

«Le Jeudi dix Septre. (sept) Mars mil sept cent vingt neuf (raturé) a été commencé Les deux travées du pbtre (presbytère) en neuf du côté de la Rue devant Leglise consistant en une cuisine chambre bafse (basse) et depance, les deux pignons et deux costieres, les deux chambres et grenier defsus (dessus), et acheves L'année Suivante, Le Tout des deniers et debourses de Messire alexis Thuret # ptre cy devant curé de Crepoil Lespace de Vingt cinq ans, et La Seconde année qu'il eft (est) curé en cette paroifse (paroisse); Pierre Gallippe Maçon et Jean Dumont charpentier, chacun en cette meme paroifse (paroisse) de Coulomme auxquels le d. P (le dit Père ou Prêtre?) curé a payé le mois deuc (deux) cent livres au d. (au dit) Gallippe pour les ouvrages de son métier et trois cent livres au d. (au dit) dumont pr~ (pour) la charpente qu'il a fourni pr~ le d. pbre (pour le dit presbytère) prians (priant) led. P (le dit Père ou Prêtre) Thuret Mrs Les curés ses Succefseurs (successeurs) de vouloir bien se fsouvenir deluy dans Leurs prières.

 

# ptre (prêtre) du diocèse de Soifsons (Soissons), natif de la paroifse (paroisse) de sommelan (Sommelans) proche Neüilly St front»

 

Cette mention figure dans l'exemplaire du registre paroissial conservé par la paroisse (aujourd'hui dans les archives de la commune de Coulommes). Elle n'a pas été recopiée dans l'exemplaire déposé au greffe du bailliage de Meaux (aujourd'hui aux Archives Départementales de Seine-et-Marne).

 

C'est donc Alexis THURET, curé de Coulommes en 1729, qui fait bâtir ce presbytère. Qui est-il? On sait très peu de choses à son sujet. Les Archives Départementales de l'Aisne conservent le registre paroissial de Sommelans où figure son acte de baptême:

«le 28me jour du mois d'Avril en lannée 1673, est venu au monde et le lendemain 29ème du mesme mois fust bapisé Alexis, fils légitime d'Alexis Thuret et de Marie Denise, ses père et mère, le parain fust Nicolas Canty qui a signé, la maène fust Marie Jobart quy a dit ne sçavoir signer de ce interpellé par moy soussigné.

N Jobart.»


acte de naissance Alexis Thuret b

 

Sommelans, aujourd'hui commune du département de l'Aisne, est alors une paroisse du diocèse de Soissons. Le père d'Alexis THURET, lui-même prénommé Alexis, est originaire de Dammard, paroisse voisine. On ignore sa profession. Le petit Alexis a une sœur aînée, Marguerite, née le 25 mars 1670 à Sommelans. On peut remarquer que la marraine porte le même nom que le curé de Sommelans, JOBART. Est-ce sa sœur ou sa mère? Un lien familial ou affectif existe-t-il entre la famille THURET et celle du curé JOBART, qui pourrait expliquer la vocation sacerdotale du jeune Alexis? Rien ne permet de l'affirmer. Alexis THURET père décède le 23 février 1675. Ses enfants ont respectivement 2 et 5 ans. 


Sommelans Cassini b

 

Le jeune Alexis THURET accède à la prêtrise dans le diocèse de Soissons (il le précise dans le texte ci-dessus). Sans doute y exerce-t-il quelques années comme vicaire ou curé, mais il n'a pas été possible de savoir où. Le diocèse de Meaux qui manque de vocations doit recruter des prêtres dans les diocèses voisins. C'est ainsi qu'en avril 1704, Alexis THURET devient, à 31 ans, curé de la paroisse de Crépoil (aujourd'hui hameau de la commune de Cocherel, proche de Lizy-sur-Ourcq). Il sera ensuite curé de Coulommes à partir de mai 1728. Il y exercera son ministère jusqu'au 1er avril 1756, date de son décès, et sera inhumé dans le cimetière contigu à l'église Saint Laurent. 

 

Crépoil Cassini b

 

L'acte de naissance du presbytère nous fournit une description schématique de l'édifice. Il se trouve "du côté de la rue devant l'église", et comporte deux travées, avec, évidemment, deux pignons et deux costières (c'est à dire des murs de façade). Au rez de chaussée, il comprend une cuisine, une chambre basse et depance (la depance ou despense était le lieu où on rangeait les provisions;  aujourd'hui on dirait un cellier), à l'étage, deux chambres, et un grenier au-dessus. L'acte de vente du presbytère pendant la Révolution nous en fournira une description plus précise.

 

La construction a commencé précisément le jeudi 17 mars 1729. Ici, le curé a marqué une hésitation et a raturé, rendant le chiffre barré et sa correction presque illisibles. Si on se fie au mois, au jour et à son quantième, la "bonne" année est bien 1729: c'est en 1729, que le 17 mars était un jeudi et non pas en 1728. De plus, 1729 est bien la 2ème année qu'Alexis THURET était curé de cette paroisse. La construction s'est achevée l'année suivante.

 

Alexis THURET nous fournit même le nom des artisans: le maçon Pierre GALIPPE (ce nom apparaît jusqu'au XXème siècle dans les registres de Coulommes) et le charpentier Jean DUMONT (on retrouve ce nom dans les communes environnantes, notamment à Boutigny), tous deux de la paroisse de Coulommes. Il nous précise le coût de la construction, du moins celui du gros œuvre: 200 livres pour le maçon, et 300 pour le charpentier, le tout payé des deniers personnels du maître d'œuvre.

 

Bien qu'il ne soit pas signé, il est certain que ce texte est écrit de la main même d'Alexis THURET: l'écriture n'est pas celle de Louis DIEU, le clerc paroissial, que l'on retrouve régulièrement dans le registre, mais elle est identique à celle de la mention «C. de Coulommes» que le curé appose généralement sous sa signature. 

 

Si ce texte nous apporte quelques informations (assez peu, tout compte fait), il suscite aussi un certain nombre d'interrogations. 

A qui appartient le terrain sur lequel est bâti le presbytère, au curé THURET, à la cure, à la fabrique, à un tiers? 

Existe-t-il d'autres dépendances (grange, écurie, pigeonnier...)? 

Quels sont la consistance et le coût du second œuvre (peinture, menuiserie, plâtres, huisseries,...)? 

Comment est meublée et équipée la maison curiale?

Existait-il un autre presbytère avant celui-ci? Si oui, pourquoi en construire un nouveau? Si non, où logeait le prêtre desservant?

 

Alexis THURET invite ses successeurs à se souvenir de lui dans leurs prières. Cela sous-entend qu'il compte leur léguer ce nouveau presbytère. De quelle manière, et à qui précisément: à la cure, à la fabrique, au diocèse, aux curés eux-mêmes, à ses héritiers, à charge pour eux d'y loger ses successeurs...? Ce texte ne nous éclaire pas sur ce point.


 Crépoil Cassini c

 

Avec quel argent Alexis THURET a-t-il financé la construction du presbytère de Coulommes? Avait-il une fortune personnelle ou des économies réalisées pendant son séjour à Crépoil? Cette paroisse ne procurait pas un gros revenu à ses desservants: les grosses et menues dîmes étaient partagées entre le couvent de Reuil, près de La-Ferté-sous-Jouarre, et l'abbaye de Chaâge à Meaux, le curé de la paroisse ne recevant que la portion congrue, fixée à 300 livres sous Louis XIV et jusqu'en 1786. La cure de Crépoil ne possédait que 6 arpents 60 perches de terres (contre 16 arpents à Coulommes). Les 500 livres, prix du gros-œuvre du presbytère, représentaient donc près de deux années de revenu de la cure de Crépoil... A l'époque de la construction du presbytère, François BOULA de Quincy, seigneur de Coulommes et propriétaire de la grande ferme, avait donné celle-ci à bail à Nicolas HÉBERT. Un compte de fermage établi en 1740, nous apprend que de 1729 à 1733, le fermier avait versé 200 livres par an au curé THURET, au nom et pour le compte de Mr BOULA. Quel était le motif d'une telle libéralité? Le compte de fermage ne le précise pas. Quoi qu'il en soit, en venant à Coulommes, Alexis THURET vit sans aucun doute son sort matériel et financier s'améliorer sensiblement, et on peut imaginer que l'augmentation de ses revenus l'aida grandement à régler le prix du presbytère.

 

Alexis THURET et ses successeurs (Jean Simon MARLIN de 1756 à 1783, et Jacques Marie CAPY de 1783 à 1791) occupent donc le presbytère sans qu'aucun événement notable ne vienne marquer son histoire jusqu'à la Révolution .

 

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