Les Eparmailles

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On trouvait ce lieu-dit au Nord de la commune de Coulommes, en bordure du ru du Mesnil, au Sud de la D 228.

Il semble qu'il ait été figuré pour la première fois sur la carte de l'évêché de Meaux établie en 1698 par Hubert Jaillot et publiée en 1701. Il est alors localisé au Nord du ru du Mesnil sous la dénomination Les Espermailles


000 Jaillot
Les Espermailles sur la carte de l'évêché de Meaux par Hubert Jaillot.

 

Puis il figure sur un plan des propriétés de la famille Boula de Quincy, établi en 1754. On y lit Les Epartemailles.


001 Epartemailles plan Quincy

Plan-terrier de la famille Boula de Quincy.

 

On le retrouve sur le Plan d'Intendance établi en 1784: font. des Eparmailles.


002 Eparmailles plan d'intendance

La "font. des Eparmailles" sur le plan d'Intendance de Coulommes.

Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

Il apparaît ensuite sur les plans des terres de la grande ferme de Coulommes, en 1845-46 (Les Eparmailles et fontaine des Eparmailles) et en 1895 (Les Eparmailles).


003 Eparmailles grande ferme 1845-46

Plan des terres de la grande ferme de Coulommes (1845-1846). Archives Courboin.

004 Eparmailles grande ferme 1895

Plan des terres de la grande ferme de Coulommes (1895). Archives Courboin.

 

Aujourd'hui, il n'apparaît plus, ni sur le cadastre de Coulommes, ni sur la carte de l'I.G.N. au 1/25.000°. 

 

Dans son "Histoire de l'Eglise de Meaux" (1731), Toussaints du Plessis écrit, à propos des escarmouches entre les partisans de la Ligue et les troupes royales: «Le 30 suivant (octobre 1591), Verdelot Lieutenant de la Compagnie de Rentigny (ligueur), aiant pris avec lui une quinzaine de Cavaliers  pour prêter main forte à quelques Voituriers qui conduisoient des vins à Meaux, fut attaqué vers les Epermailles par la garnisson de Crecy (royaliste), qui le poursuivit imprudemment jusques sous l'Eglise de S. Germain de Cornillon.» 

 

Paul Bailly, dans sa "Toponymie en Seine et Marne" fournit deux étymologies possibles: 

- 1; terrains  où  l'on  ne peut épargner une maille (la plus petite subdivision monétaire de la livre);

-  2 - prairie entourée (du germain spars = pieu). 

Cette deuxième hypothèse paraît difficilement recevable. En revanche, il est possible que l'on ait effectivement désigné ainsi une terre ingrate, donnant peu de récoltes et rapportant moins d'une maille. Au Moyen Age, la maille, en cuivre,  était la plus petite unité monétaire, ne valant qu'un demi-denier. Pour évoquer une grande pauvreté, on disait n'avoir ni sou ni maille. La première figuration de ce lieu-dit sur une carte (Les Espermailles  en 1698) peut se comprendre comme les "espère maille", c'est-à-dire "les terres dont on espère une maille". La mention de Du Plessis en 1731 (Les Epermailles) paraît en être la variante sans le premier s.

L'évolution ultérieure du toponyme (Epartemailles, Eparmailles) suggère un autre sens. Plutôt que d'y voir, comme Paul Bailly, le verbe épargner, je vois plutôt le verbe partir, dans le sens qu'il avait en ancien français, c'est à dire partager (et qui a donné répartir en français moderne).  La maille ne pouvait en principe être divisée, partagée. Pour évoquer un litige de peu d'importance, on utilise encore aujourd'hui l'expression avoir maille à partir,  c'est-à-dire devoir partager une maille avec quelqu'un, maille qu'en principe on ne peut partager ... Pourtant, en vieux français, on appelait parti une demie maille !

 

Mais, me semble-t-il, une autre étymologie est possible: en vieux français, la maille c'était aussi la marne, cette roche composée d'argile et de calcaire qui sert à amender les terres, et le verbe espardre signifiait répandre. Je dois avouer que «espardre maille» évolué en «épardre maille» puis en «éparte maille» me plaît bien... Et allez savoir si ceux qui travaillaient cette terre n'ont pas délibérément joué, avec humour, sur un double sens...

 

En Seine-et-Marne, on trouve d'autres toponymes apparentés:

- Maincy: les Epermailles (cadastre.gouv.fr feuille 000 ZB 01)

- Mareuil les Meaux: les Epartemailles (cadastre.gouv.fr feuille 000 B 01)

- Meaux : les Eparmailles (Paul Bailly "Toponymie en Seine-et-Marne" page 17)

- Vaucourtois: les Eparremails (cadastre.gouv.fr feuille 000 Z 01). Ce lieu-dit est situé vis-à-vis des Eparmailles de Coulommes par rapport à la départementale 228 et on peut se demander s'il ne s'agirait pas du même toponyme, transféré là comme par erreur par les services du cadastre. 

005 Eparremails cadastre Vaucourtois

 

006 Epartemailless cadastre Mareuil les Meaux

Publié dans Toponymie

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