Grande Rue et Chemin Paré à Coulommes

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La Grande Rue est l'artère principale de Coulommes. C'est à la fois la plus longue rue du village, et celle le long de laquelle s'est groupée la plupart des constructions. Jadis, c'est aussi sur la Grande Rue que se trouvait la plupart des commerçants et des artisans. 

 

Commerçants et artisans sur la Grande Rue au début du 20° siècle1 .

En progressant d'Est en Ouest:

Côté droit:

- Alfred Bégat, café, épicier, bouilleur de cru (1914)

- Gabriel Rondel, épicier, cafetier, coiffeur (1911), puis Ernest Barré, marchand de vin, bouilleur de cru, cordonnier, dépôt de pain, mercerie (1914)

- Emile Dagron, entrepreneur de maçonnerie (1911), puis Louis Dagron, pressoir, bouilleur de cru (1914)

- Adolphe Coutelet, charron (1901), puis Charles Coutelet, charron (1911)

- Germain Gaucher, marchand de vin (1911)

- Alfred Bégat et Angèle Duru, aubergistes, épiciers, marchands de vin (1901) (transféreront leur commerce au début de la Grande Rue après 1907)

- Gustave Rigault, marchand de vin (1901), puis sa veuve Caroline Mahé, marchande de vin, tabac, épicerie, charbon de bois, dépôt de pain, graineterie, et son fils Marcel Rigault, coiffeur (1911)

- Emile Sévin,  menuisier, vitrier (1911)

 

001a maison Bégat Duru

La maison Bégat-Duru sur le côté droit de la Grande Rue, avant son transfert à l'angle de la place de l'église après 1907.


001b maison Rigault

 La maison Rigault sur le côté droit de la Grande Rue, face à l'avenue des Marronniers.

Côté gauche:

- Gustave Duchesne, boucher (1901), puis Clément Danvin, boucher (1911)

- Emile Dagron, entrepreneur de maçonnerie, transférera son entreprise du côté droit (1901)

- Louise Scribe, épicerie, mercerie, eaux de vie, liqueurs, et son fils Jules Bécard, taupier puis coiffeur (1901)

- Auguste Laurent, boucher (1906), puis Ernest Jumeaux, boucher (1911) 

- Cyprien Lepage, maréchal ferrant (1911)

- Amand Piédeloup, marchand de foin (1901)

- Amédées Meuzeret, bourrelier (1901), puis Eugène Hostellet, bourrelier (1906)

- Albert Torpier, maréchal ferrant (1911. D'après les recensements, résidait en face, côté droit)

 

002a FAMILLE LAURENT 1

Auguste Laurent (au centre, avec la casquette) et Marie Degats, son épouse (à sa droite), leur fille Augustine (à la droite de celle-ci) et son mari Ernest Jumeaux, ainsi que d'autres enfants du couple Laurent et des ouvriers, posant devant l'ancienne épicerie Bécard-Scribe, un temps convertie en boucherie. (côté gauche de la Grande Rue).

002b maréchalerie Lepage

La Grande Rue devant la maréchalerie de Cyprien Lepage (côté gauche).

 

Aujourd'hui, on y trouve encore une boucherie, un cidrier-distillateur et plusieurs exploitations agricoles. 

 

Coulommes doit son existence même à cette artère qui en est le plus ancien "monument". C'est pour surveiller et garder cette importante voie de circulation qu'au Moyen Age fut établie en ce lieu, par les comtes de Champagne et de Brie, une "maison forte" (voir l'article "Aux origines de Coulommes") autour de laquelle s'est développé le village. Coulommes tire d'ailleurs son nom de la présence d'une colonne milliaire (en latin columnæ), précurseur, à l'époque gallo-romaine, de nos actuelles bornes kilométriques. 

 

C'est que la Grande Rue et ses prolongements que sont le Chemin Paré à l'Est et la Route Départementale 87 à l'Ouest, remontent à une haute antiquité. Déjà, en 1829, une monographie de Coulommes relève que «La commune de Coulomme ne possède aucun hameau, mais elle est traversée par un ancien chemin dit le Chemin Pâré: ce chemin, d'une largeur extraordinaire, pourroit avoir été fait par les Romains, lors de la conquête des Gaules par Jules César. On voit, en différents endroits, les vestiges d'un énorme blocage de pierres; ce chemin se fait connoître dans un rayon de 8 à 9 lieues»2. En 1848, on peut lire que «Cette voie […] est connue dans le pays sous le nom de "Chemin Paré", désignation habituelle des voies romaines dans plusieurs provinces2bis. Plus tard encore, on peut lire l'expression "voie romaine" dans un article de journal de 18543, puis sous la plume de Théophile Lhuillier en 18874, ainsi que dans la monographie communale écrite en 1889 par l'instituteur Cyprien Simon5. Cette expression générique "voie romaine" mérite d'être précisée. 

 

Il y a tout lieu de penser que cette "voie romaine" est l'un des itinéraires du réseau dit d'Agrippa. Après la conquête, Marcus Vispianus Agrippa, général et gendre de l'empereur Auguste, établit un réseau de voies en Gaule. Selon le géographe Strabon, «Agrippa a choisi Lugdunum pour en faire le point de départ des grands chemins de la Gaule, lesquels sont au nombre de quatre et aboutissent, le premier chez les Santons et en Aquitaine, le second au Rhin, le troisième à l'Océan et le quatrième dans la Narbonnaise et à la côte massaliotique»6. Celui qui nous intéresse est le troisième, qui conduit donc de Lyon (Lugdunum) vers la mer du Nord (l'Océan), et en particulier à Boulogne-sur-Mer, alors port d'embarquement pour les îles britanniques.

 

003 mesqui

Le réseau d'Agrippa, carte extraite de l'ouvrage de Jean Mesqui, page 78. 

 

Il n'est pas question d'entreprendre ici une étude de la totalité de cette voie entre Lyon et Boulogne-sur-Mer, ni même entre Troyes (ou Sens) et Meaux. D'autres l'ont fait précédemment7. Nous nous contenterons de nous pencher sur son parcours dans la traversée de Coulommes, et de mentionner son trajet de part et d'autre de cette commune, d'un côté jusqu'à Pommeuse, où elle traverse le Grand Morin, et de l'autre jusqu'à Boutigny et Nanteuil-lès-Meaux.

 

Lorsqu'on évoque la Voie d'Agrippa, il ne faut pas la voir comme une voie unique, mais plutôt comme un réseau: «Durant les cinq siècles de l'Empire, ce premier réseau de base fut complété, de telle sorte qu'il est bien difficile de reconnaître des véritables «voies d'Agrippa» avec certitude. Quoi qu'il en soit, il faut surtout retenir l'existence d'un réseau primaire centré sur Lyon […]

La Champagne occidentale et la Brie ont été marquées par la traversée de l'un des quatre axes de base, celui qui conduit de Lyon à la Manche. L'on s'accorde à attribuer la distinction de voie d'Agrippa à l'une des voies qui assurent cette fonction, sans preuves bien manifestes d'ailleurs: il s'agit de la voie qui, de Lyon, passe à Chalon-sur-Saône, Langres, Châlons, Reims, Soissons, Noyon, Amiens, et qui aboutit à Boulogne-sur-Mer. Que cette assertion soit justifiée ou non, il n'en reste pas moins que cet itinéraire fut pourvu, au cours des temps, de nombreuses variantes que l'on distingue très bien sur les sources du III° siècle. 

Toutes ces variantes ont un segment commun de Lyon à Chalon-sur-Saône [...]. De Chalon se détache un [autre] itinéraire, qui gagne Autun, Avallon, Auxerre; ici, l'on peut rejoindre par Troyes et Châlons la voie principale, ou encore par Sens, Meaux, Beauvais et Amiens »8.

 

004a la Brie table de Peutinger

Photo de la partie de l'original de la Table de Peutinger concernant notre région.

 

Notre "voie romaine" figure sur la Table de Peutinger. Il s'agit de la copie sur parchemin d'une carte représentant les routes et les villes principales de l'Empire romain. Etablie au 13° siècle, cette Table reproduit vraisemblablement une carte du 3° siècle, gravée dans le marbre et placée sur le portique de Vispianus à Rome. Sur cette carte, on peut lire, de gauche à droite:

- Aug Suefion pour Augusta Suessionum, nom antique de Soissons;

- Aug Maguf pour Augustomagus, nom antique de Senlis;

- Fixtuinum, nom antique de Meaux (ainsi que Iatinum);

- Calagum, nom antique de Chailly en Brie;

- Riobe, nom antique de Pécy selon certains, de Chateaubleau pour d'autres:

- Bibe, station non localisée:

- Aug bona pour Augustobona, nom antique de Troyes.

En dessous, on lit:

- Luteci, nom antique de Paris;

- Meteglo, nom antique de Melun;

- Condate, nom antique de Montereau-fault-Yonne.

Les chiffres romains  représentent les distances en lieues gauloises (2.222,25 mètres).

 

Coulommes se trouve donc entre Fixtuinum (Meaux ) et Calagum (Chailly-en-Brie).

 

004b table de peutinger 001

Transcription de la Table de Peutinger. Coulommes se trouve entre Fixtuinum et Calagum.

 

Plutôt que de voies uniques, pour ces chemins, on doit donc parler d'itinéraires ou de faisceaux, chaque axe comportant des variantes plus ou moins importantes. La voie passant par Coulommes est donc une de ces variantes de la voie principale appelée voie d'Agrippa qui passe par Châlons, Reims, Soissons et Amiens. Deux indices toponymiques nous confirment son origine gallo-romaine. La partie de cette voie, qui vient de l'Est et se prolonge dans le village par la Grande Rue, porte le nom de Chemin Paré. Cette dénomination est liée à l'empierrement de la chaussée. Sur certains tronçons de cette voie, on retrouve le même nom de Chemin Paré entre Meaux et Senlis et entre Chateaubleau et Sens. Paré, parré, perré, ferré, on note fréquemment ces qualificatifs appliqués aux voies romaines. Cependant, ils sont restés en usage jusqu'au 18° siècle et ne constituent pas une preuve absolue de l'origine gallo-romaine des chemins auxquels ils s'appliquent9. René Blaise, évoquant la voie qui passe à Coulommes, rapporte que «quelques-unes des larges dalles qui constituaient son pavement subsistaient encore près de Sarcy au début de notre siècle»10 (écrivant en 1955, l'auteur parle ici du 20° siècle). A Coulommes, un autre indice est l'origine même du nom du village, dérivé du latin columnæ, colonne. Des bornes ou colonnes milliaires jalonnaient les voies romaines, indiquant les distances d'un point à un autre en milles romains (1.481 mètres environ). C'est très certainement la présence d'une telle colonne en ce lieu qui lui a donné son nom. Les plus anciennes mentions de la localité sont Colums (1156)11,  Colummes et Colunmes (vers 1172)12.

 

005 plan Quincy

Le "Chemin Parré" à l'Est de Coulommes, sur le plan-terrier de la famille Boula de Quincy (1754). On voit qu'il est partiellement bordé d'arbres.

 

Quelles sont les différentes versions ou formulations du tracé de cette voie dans Coulommes? 

- La mention de Louis Michelin en 1829 est assez vague: «La commune de Coulomme ne possède aucun hameau, mais elle est traversée par un ancien chemin dit le Chemin Pâré». Cette formulation peut s'appliquer aussi bien au village lui-même qu'à l'ensemble du territoire de la commune.

 

- L'article de 1848 n'est pas plus précis: «Partant de Meaux, elle laisse à gauche le hameau de Vieux Nouel, passe auprès du village de Nanteuil (Nantoil et Nantoy), et gardant le haut des collines, elle traverse la commune de Coulommes (Columnae), arrive à peu de distance du moulin de Sancy ...»12bis.

 

- L'article du journal de 1854 est plus explicite: «En exécutant des travaux à la sortie de Coulomme, sur la route qui, de ce village, se dirige vers le nord-ouest, ancienne voie romaine de Sens à Senlis», ce qui paraît considérer que la voie romaine passe dans le village. 

 

- Théophile Lhuillier, en 1887, ne fait que reprendre cet article.

 

- L'instituteur Cyprien Simon, dans sa monographie de 1889, est encore plus net: «Les chemins ruraux sont assez nombreux, l'un a une certaine célébrité: le chemin Paré est l'ancienne voie romaine de Lyon à Boulogne». Pour l'instituteur du village, nul doute que le "chemin Paré" est bel et bien celui qui, venant de l'Est, arrive à la place de l'église et se prolonge par la Grande Rue.

 

- Antoine Héron de Villefosse, en 1905, indique un autre tracé: «A partir de Pommeuse, le tracé a été exactement relevé jusqu'à Meaux: la voie se confond avec le chemin de Pommeuse jusqu'à Saint-Blandin. Là, elle traverse encore une fois la route nationale n° 34, puis sert de limite entre les communes de Maisoncelles et de La Chapelle-sur-Crécy, de Sancy, de Vaucourtois et de Coulommes, franchit les ruisseaux de l'Etang de la Borde et de Vaudessart, passe aux abords de Montaudier, Roise, Montdenis, se confond entre Vaucourtois et Coulommes avec la route de Meaux à Coulommiers, traverse le ru du Mesnil, passe près de Belou et longe à l'ouest le territoire de Boutigny […]»13.

Ce serait un bien étrange trajet: après être passé aux abords de Montdenis et avoir franchi le ru de Vaudessart, le Chemin Paré gagnerait la route de Meaux à Coulommiers avec laquelle il se confondrait entre Vaucourtois et Coulommes ! Pour arriver là, il aurait dû faire un crochet à angle droit vers le Nord, sans doute en empruntant le chemin rural qui aboutit face à l'actuelle allée des Pommiers à Vaucourtois, et se confondre avec l'actuelle départementale 228 ("la route de Meaux à Coulommiers"). Il traverserait ensuite le ru du Mesnil, certainement à la Grande Arche, toujours sur D 228, puis passerait près de Belou, pour finir par longer à l'Ouest le territoire de Boutigny …

Il semble que M. Héron de Villefosse n'a pas appliqué la recommandation qu'il faisait dans les premières lignes de son étude: «il ne suffit pas, comme on le fait trop souvent, d'accepter et de répéter sans contrôle ce qui a été imprimé, il faut le vérifier dans le pays même, sur le terrain, reconnaître les vieux chemins qui n'ont pas déjà disparu sous nos routes modernes […], rechercher le tracé et les dénominations traditionnelles de ces chemins sur les plans anciens et en particulier sur le cadastre, […] »14. S'il s'était rendu sur le terrain, s'il avait consulté un plan ancien du secteur, il aurait sans doute réalisé l'ineptie de sa proposition. Il ajoute même qu'après avoir longé Boutigny par l'Ouest, la voie «se dirige ensuite vers le hameau du Grand Val, commune de Nanteuil-lès-Meaux […]»! Pour cela, deux trajets possibles: soit en poursuivant sur la D228, en frôlant But puis en poursuivant par Beauregard et le Petit Val; soit en traversant Chermont puis Beauregard et le Petit Val … Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué? Si la départementale 228 «pourrait trouver son origine dans une ancienne voie antique reliant Meaux à Coulommiers par Sancy-lès-Meaux»15, selon Jean-Michel Desbordes, elle ne serait qu'une «probable voie concurrente de celle passant plus au sud à travers le village»16.

 

006 tracé Héron de Villefosse

Tracés de la voie Troyes-Meaux. En rouge, tracé le plus généralement reconnu. En vert, tracé de l'option "Héron de Villefosse".(Fond de carte: montage de plans d'assemblage du cadastre des communes).

 

- Yan Loth est laconique: «[…] Pommeuse, francht du Grand Morin - Coulommes - env. 1 km Ouest chap. Magny-St-Loup - à env. 1 km Ouest égl. Nanteuil-les-Meaux […]»17. Si cette formulation laisse ouvertes toutes les hypothèses, elle n'est pas contradictoire avec l'option qui fait passer la voie dans le village.

 

- Les auteurs de ce qui concerne la Seine-et-Marne de la "Carte archéologique de la Gaule" sont sans ambiguïté: «La voie romaine Troyes-Senlis par Meaux passait dans le village. Elle correspond à la RD 87 et à la limite communale Ouest jusqu'au ru du Mesnil. A la sortie du village, ou Sud-Est, elle se prolonge par une route (limite communale avec Sancy-lès-Meaux), puis par un chemin agricole (lieu-dit Le Chemin Paré) qui mène à la ferme du Mont-Denis»18.

 

Après avoir traversé Coulommes par la Grande Rue, la voie se confond aujourd'hui avec la départementale n° 87, en direction de Quincy-Voisins. Elle empruntait ensuite le tracé qui sert maintenant d'accès de service de part et d'autre de l'autoroute A4. Elle traversait le ru du Mesnil, par un gué ou par une "arche", sans doute à peu près au même endroit que la route actuelle, puis elle empruntait le chemin agricole qui démarre sur la droite et passe «1 kilomètre à l'Ouest de la Chapelle de Magny-St-Loup» (Yan Loth). 

 

007 Violaine

Entre Coulommes et Quincy-Voisins, l'ancienne voie romaine sert maintenant d'accès de service à l'autoroute A 4.

 

Attestée à l'époque romaine, la voie qui traverse Coulommes pourrait être antérieure à la conquête. Selon Jean Mesqui, «les ingénieurs romains ont la réputation d'avoir créé des voies dont la parfaire rectitude est une des caractéristiques principales»19. Concernant la voie Meaux-Troyes, qui nous intéresse, il remarque: «Si l'on se penche sur le détail de ce tracé, il est facile de constater que la prétendue règle des alignements droits est ici une pure fiction. Dans la première partie, de Meaux jusqu'au Morin, on rencontre des successions d'alignement et de courbes conférant un aspect régulier, en marches d'escalier, à la voie. […]Visiblement, le tracé de la voie Meaux-Troyes n'a donc fait que reprendre celui d'un chemin préexistant, que l'on s'est contenté d'empierrer, sans le modifier profondément, à l'époque gallo-romaine »20. Pour qui a circulé sur le Chemin Paré de part et d'autre de Coulommes, soit en direction de Pommeuse, soit en direction de Nanteuil et Mareuil, la non-rectitude du tracé est évidente. Ses courbes apparaissent aussi sur les cartes de l'IGN et sur les photos aériennes. A l'instar de Jean Mesqui, il nous est donc permis de supposer que ce chemin existait avant la Conquête romaine et qu'il assurait une liaison entre Meaux, chef-lieu de la cité gauloise des Meldes, et Troyes, chef-lieu de celle des Tricasses

 

008 Chemin Paré sinueux

Avant d'entrer dans Coulommes par l'Est, le Chemin Paré présente une courbe très nette.

 

Une colonne milliaire, aujourd'hui disparue, se trouvait donc certainement à cet endroit. Les colonnes milliaires sont des blocs, généralement cylindriques, en pierre locale (calcaire, grès), d'une hauteur avoisinant deux mètres, et portant gravée, outre l'indication de villes importantes et de distances, une dédicace à l'autorité, empereur ou consul, qui a fait construire ou réparer la voie. Ainsi, la colonne milliaire de Saint-Médard de Soissons porte l'inscription suivante: «A l'empereur César Luc Septime Sévère, pieux, claivoyant, Auguste, vainqueur des Arabes adiadènes, vainqueur des Parthes, Maxime, père de la patrie, consul du triumvirat; et à l'empereur Marc Aurèle Antonin, pieux, heureux, Auguste. Fait sous l'administration de L.P. Postumus, légat et propréteur. 7 lieues depuis la cité Auguste des Suessions»21. A Coulommes, la colonne, élément le plus remarquable du lieu, a fini par le désigner. Le nom est resté bien que la colonne ait disparu, peut-être réemployée dans une construction, enterrée ou débitée en morceaux. 

 

009 milliaire MAN St Germain

Colonne milliaire au Musée des Antiquités Nationale de Saint-Germain-en-Laye.

 

Dès l'époque gallo-romaine, il existait sans doute à cet endroit un village assez important pour qu'y soit établi un cimetière le long de la voie: «En exécutant des travaux à la sortie de Coulomme, sur la route qui, de ce village, se dirige vers le nord-ouest, ancienne voie romaine de Sens à Senlis, ou si l'on veut de Lyon à Boulogne, on a récemment trouvé et ramené à la surface du sol, quantité d'ossements qui se présentaient en assez grand nombre des deux côtés de la voie, dans une étendue de soixante mètres et plus. Les travaux ont rencontré en outre une sorte de long encaissement en pierres, composé d'un dallage bordé des deux côtés de pierres plates, posées de champ ayant une hauteur de 50 à 60 centimètres. Sur les dalles reposaient des ossements déjà fort brisés, recouverts d'autres pierres d'assez fortes dimensions. […] 

Les ossements trouvés des 2 côtés de la voie, appartiennent probablement à la période Gallo-romaine alors qu'avait pu être importé d'Italie l'usage des inhumations le long des routes, aux abords des villes ou bourgades»22

 

Il est probable que le village de Coulommes s'est tout d'abord développé comme un "village-rue", le long de cette voie. Outre le cimetière gallo-romain à l'Ouest et à l'extérieur du bourg, on a établi les édifices importants en bordure de ce chemin, et en premier lieu la maison forte médiévale. Une enceinte de murs, le Grand Clos, entoure toujours la grande ferme qui lui a succédé. Les restes d'une tourelle crénelée subsistent encore à l'angle Nord-Est de cette enceinte, le long du Chemin Paré. Si son caractère défensif est douteux, compte tenu de sa faible hauteur, il est possible qu'elle ait eu valeur de symbole, avertissant le voyageur mal intentionné qu'il pénétrait sur un fief d'un seigneur ayant haute et moyenne justice. 

 

010 entrée par l'Est tourelle

A l'entrée du village par l'Est, le Chemin Paré longe le Grand Clos. Sur cette carte postale, on distingue, à gauche du chemin, une tourelle crénelée.

 

 010b tourelle

Les vestiges de la tourelle crénelée en bordure du Chemin Paré (2011).

 

D'autres édifices médiévaux importants ont été bâtis le long de ce chemin: l'église, accotée de l'ancien cimetière (il ne sera transféré à son implantation actuelle qu'à la fin du 19° siècle), la maladrerie (voir l'article qui lui est consacré) et la grange dîmeresse. D'autres constructions  seront implantées le long du chemin d'orientation Nord-Sud qui croise notre voie gallo-romaine au niveau de l'ancienne maison forte, et aujourd'hui dénommé rue de Fontenelle d'un côté, et rue de Courcelles de l'autre. Cet autre chemin, datant vraisemblablement du Moyen-Age, revêtit une importance particulière pour les Châtillon, seigneurs de Crécy23, ainsi que pour le pèlerinage de Saint-Fiacre. Une autre tourelle crénelée se trouve également à l'angle Sud du Grand Clos, en bordure de cet autre chemin, assumant sans doute le même rôle de mise en garde.

 

A l'époque moderne, c'est essentiellement le long de la Grande Rue que s'établissent les commerces et les artisans, et plus tard un bureau de poste (installé, il est vrai, chez des particuliers, Charles et Rose Coutelet).

 

011a boucherie

La voie Nord-Sud, venant de Sarcy, Férolles et La Chapelle, passe entre le colombier et le commerce de boucherie. Elle coupe la Grande Rue, longe la place de l'église et poursuit son trajet en direction de Magny-Saint-Loup, Boutigny et Saint-Fiacre.

011b devant la ferme ancienne maison forte

Le même endroit, vu de l'Est. La grande ferme de Coulommes et son colombier qui ont succédé à l'ancienne maison forte. Celle-ci gardait à la fois le Chemin Paré et son carrefour avec la voie Nord-Sud.

 

Il faut remarquer que le Chemin Paré, entre Meaux et Chailly-en-Brie, ne traverse que les villages de Coulommes (établi à l'intersection avec une autre voie de communication importante), et de Pommeuse (établi au passage du Morin, à gué dans l'antiquité, puis sur un pont).

 

Voie de communication, le Chemin Paré a aussi servi de délimitation administrative et politique. En janvier 1221, Blanche de Navarre, comtesse de Champagne et de Brie, décide que seuls les villages proches de la forêt du Mans et situés «en-deçà du chemin ferré» qui va de Pommeuse jusqu'au Pont Raide à Meaux (on appelait Pont Raide celui qui joignait la Ville au Marché) auront le droit d'usage dans ses bois du Mans, et que Pommeuse, Mareuil, Chantepie et Ségy, quoique situés «au-delà de ce chemin», jouiraient du même droit («omnes ville que sunt apud forestam de Maant infra caminum de Pomeure qui ducit Meldis circa forestam usque ad Pontem Radum habent usuarium in bosco de Maant; et villa de Pomeure, et villa de Marolio, et de Chantepie et de Segi que sunt extra predictum caminum habent usuarium in bosco de Maant»24). En juin 1270, une sentence fixa les limites entre le domaine du roi et celui du comte de Champagne et de Brie: «Pour les gens du roi, la limite du comté et du royaume de France était le Chemin paré - c'est-à-dire l'ancienne voie romaine allant de Sens à Meaux - depuis le Montois et Lizines jusqu'à Chailly-en-Brie et Pommeuse»25. Si la revendication royale ne porte pas sur le tronçon du Chemin Paré compris entre Pommeuse et Meaux, on mesure bien l'importance stratégique de cette ancienne voie romaine plus de douze siècles après sa construction. 

 

Ce chemin a également servi de limite entre paroisses, puis entre communes, et aujourd'hui encore, il marque la frontière entre Nanteuil et Mareuil, entre Quincy et Boutigny, entre Sancy et Crécy, entre Crécy et Maisoncelles, etc...

 

La dénomination Grande Rue apparaît déjà au milieu du 18° siècle sur le plan-terrier de la famille Boula de Quincy26. Sur le cadastre de 1833, on appelle Grande Rue la voie qui passe derrière l'église et longe le Petit Clos jusqu'à l'actuelle rue Michon, et que l'on appelle aujourd'hui rue de Glatigny... 

 

012 plan Quincy 01

Sur le plan-terrier de la famille Boula de Quincy, sont figurées les "Maisons et Jardins de la Grande Rue" (1754).

 

A la fin du 19° siècle et au début du 20°, on appelle Chemin ou rue de Faremoutiers la portion du Chemin Paré qui sort de Coulommes en direction de l'Est. Pourquoi cette dénomination, alors que les communes de Sancy, Maisoncelles et Pommeuse se trouvent sur ce chemin avant Faremoutiers, distante de 13 kilomètres? Sans doute parce que la foire de Faremoutiers et le pèlerinage de Sainte-Aubierge du lundi de Pâques, ainsi que le pèlerinage de Sainte-Flodoberte à Amillis le lendemain, étaient alors des destinations importantes, et drainaient, sur le Chemin Paré, des foules de pèlerins, de marchands et de simples chalands.

 

013b rue de Faremoutiers

  Le Chemin Paré, encore appelé "rue de Faremoutiers" au début du 20° siècle.

 

013a chemin de Faremoutiers

 Le même lieu, vu de l'Est. La carte postale précise "chemin de Faremoutiers".

 

Aujourd'hui encore, certains habitants de Coulommes désignent par l'expression "entre les murs" la portion du Chemin Paré comprise entre la place de l'église et la rue Michon. Les murs en question sont ceux du Petit Clos d'un côté et du Grand Clos de l'autre.   

 

014a entre les murs

A gauche le Petit Clos, à droite l'écurie de la grande ferme comprise dans la Grand Clos. Entre les deux, la portion du Chemin Paré appelée "entre les murs".

 bb 018

"Entre les Murs", un matin d'hiver 2010-2011.

 

En dehors de Coulommes, notre Chemin Paré prend une autre dénomination. On l'appelle Chemin des gendarmes (ou plus certainement Chemin des gens d'armes) sur une partie de son parcours à Boutigny et Nanteuil-lès-Meaux. 

 

 Au cours des 18° et 19° siècles, de nouvelles routes ont été construites entre les villes importantes de la région. Des portions de l'antique voie romaine ont été modernisées et intégrées au nouveau réseau (Chateaubleau-Chailly en Brie par exemple). Mais d'autres ont cessé de servir au plus gros du trafic, et n'ont plus été entretenues par les Ponts et Chaussées. Ces portions-là sont devenues de simples chemins ruraux, servant seulement à la circulation des agriculteurs et aujourd'hui des randonneurs. Dans notre secteur, quelques tronçons, modernisés, goudronnés, sont restés actifs, comme celui, justement, qui traverse notre village, et va jusqu'à la limite de Quincy et Boutigny. 

 

015 maréchalerie Torpier

La Grande Rue en direction de Quincy. A gauche, à l'angle de la route de Bouleurs (actuelle avenue des Marronniers), la maréchalerie Torpier.

 

Lors de la séance du conseil municipal de Coulommes du 15 mai 1965, il est fait état de la demande d'un inspecteur des P.T.T., en vue de donner un nom à toutes les rues du village et un numéro aux maisons, pour faciliter la distribution du courrier27. Cette demande sera satisfaite lors du conseil municipal du 18 octobre 1971 (!!!), le bureau de Poste de Crécy devant assurer la distribution du courrier à partir du 2 novembre suivant. Tout vient à point pour qui sait attendre... Pour la Grande Rue, il fut, paraît-il, proposé de la baptiser du nom d'un "grand homme" (à l'époque, cette expression, utilisée au propre comme au figuré, désignait généralement Charles de Gaulle, décédé l'année précédente). Mais une majorité de conseillers municipaux, considérant que l'homme en question était bien grand pour une si petite commune, résolut de plutôt entériner la dénomination, déjà en usage, de Grande Rue. 

 016 vue aérienne

La Grande Rue de Coulommes.

 

Ainsi, aujourd'hui, bon nombre d'habitants de Coulommes et des communes environnantes emprunte quotidiennement, parfois sans le savoir, un chemin vieux de près de 2000 ans. 

 


1. Sources: recencements du canton de Crécy pour 1901, 1906 et 1911, Annuaire du commerce Didot-Bottin de 1909 et 1914 et Annuaire commercial, administratif, agricole et industriel de Seine-et-Marne pour 1914.
2. Louis Michelin. Essais historiques et statistiques sur le département de Seine-et-Marne. Canton de Crécy. Coulomme. Michelin. Melun. 1829.
2bis. Emmanuel Paty. Mémoire sur les antiquité galliques et gallo-romaines de Seine-et-Marne. Bulletin monumental. Paris. 1848. page 390.
3. coupure d'un journal daté du 16 décembre 1854, recueillie par l'abbé Denis. Titre du journal non conservé. Bibliothèque diocésaine Guillaume Briçonnet.
4. Théophile Lhuillier. Monographie de Coulommes. Almanach historique, topographique et statistique du département de Seine-et-Marne- 1887.
5. Cyprien Simon. Monographie de Coulommes. 1889. Archives départementales de Seine-et-Marne. Cote 30Z120.
6. Strabon. Géographie, livre IV, VI, 11.
7. Pour une étude sur l'ensemble de la voie Troyes-Meaux, on pourra se référer en particulier aux travaux de Jean Mesqui (Les routes dans la Brie et la Champagne occidentale: histoire et techniques. Revue générale des routes et aérodromes. Paris. 1980), d'Antoine Héron de Villefosse (Le Chemin-Paré de Troyes à Meaux. Almanach historique, topographique et statistique du département de Seine-et-Marne. Le Blondel. Meaux. 1905) et de Stéphane Glisoni (La voie dite d'Agrippa entre Seine et Marne, mémoire de maîtrise. Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).
8. Jean Mesqui. Les routes dans la Brie et la Champagne occidentale: histoire et techniques. Revue générale des routes et aérodromes. Paris. 1980. pages 77 à 79.
9. Jean Mesqui. Op. cit. page 71.
10. René Blaise. Crécy-en-Brie et la Vallée du Morin. 1955. réed. 1990. pages 25. 
11. Th. Lhuillier. Op. cit.
12. Auguste Longnon. Documents relatifs au Comté de Champagne et de Brie, 1172-1361. Tome premier. Les fiefs. Paris, Imprimerie Nationale. 1901. Mention 1133, page 44.
12bis. Emmanuel Paty. Op. cit. page 390.
13. Antoine Héron de Villefosse.  Le Chemin-Paré de Troyes à Meaux. Almanach historique, topographique et statistique du département de Seine-et-Marne. Le Blondel. Meaux. 1905. page 204.
14. Antoine Héron de Villefosse. Op. cit. page 193.
15. J-N Griffisch, D. Magnan, D. Mordant. Op. cit. page 461.
16. Jean-Michel Desbordes. La cité des Meldes: recherches sur lkes limites et sur la répartition de l'habitat. D.E.S. Histoire. Université de Paris. 1959 pages 231-233. Cité dans Carte archéologique de la Gaule. Op. cit.
17. Yan Loth. Tracés d'itinéraires en Gaule romaine. Editions Amatteis. Dammarie-lès-Lys. 1986. page 87. Il n'est transcrit ici que la partie du texte portant sur la portion de voie qui nous intéresse.
18. J-N Griffisch, D. Magnan, D. Mordant. Carte archéologique de la Gaule. La Seine-et-Marne 77/1. pages 460-461.
19. Jean Mesqui. Op. cit. page 86.
20. Jean Mesqui. Op. cit. pages 86-87.
21. Jean Mesqui. Op. cit. page 70.
22. coupure d'un journal daté du 16 décembre 1854. Op. cit.
23. René Blaise. Op. cit. pages 25 et 26.
24. Auguste Longnon. Documents relatifs au Comté de Champagne et de Brie, 1172-1361. Tome II. Le domaine comtal. Paris, Imprimerie Nationale. 1904. page 491.
25. Jean Hubert. La frontière occidentale du comté de Champagne du XI° au XIII° siècle. Recueil de travaux offerts à M. Clovis Brunel. Société de l'école des Chartes. Paris 1955. page 15.
26. plan des terres de M. de Paris. Aujourd'hui à la mairie de Quincy-Voisins. 1754.
27. Registre des délibérations du conseil municipal de Coulommes. Archives municipales. Mairie de Coulommes.

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Avant-dernière vendange à Luté

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Coulommes, 29 et 30 septembre 2010.

Marcel Rossignol, dernier vigneron de Coulommes, a décidé de cesser d'exploiter sa vigne. Il arrachera la moitié de ses ceps après la vendange de 2010, et l'autre moitié après la vendange de 2011.

C'est une page d'histoire qui se tourne. Aussi loin que l'on remonte dans l'histoire de Coulommes, la vigne y est présente. Une "vigne de Saint-Pierre" appartenant pour moitié aux Templiers est mentionnée dans le Rôle des fiefs du comte de Champagne et de Brie (vers 1172). Dans les archives plus récentes (en particulier les registres paroissiaux des 17° et 18° et les registres d'état-civil du 19° siècle), on rencontre une foule de vignerons à Coulommes.
La vigne et la viticulture étaient non seulement une ressource économique essentielle pour ces petits cultivateurs et leurs familles, mais c'était aussi une pratique agricole particulière, une condition sociale et professionnelle, des coutumes profanes et religieuses, bref, un mode de vie, une culture au sens large.

Après la vendange de 2011, resteront les souvenirs et les archives.
  Marcel Rossignol dans sa vigne bvendanges 2010 015 002 0002vendanges 2010 099 

Publié dans Agriculture

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Les reconnaissez-vous?

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Une habitante de Coulommes, apparentée à la famille RIGAULT (qui tenait le café sur la Grande Rue, face à l'avenue des Marronniers à Coulommes) cherche à identifier les personnes qui posent sur cette photo. Peut-être les reconnaîtrez-vous, ou leur trouverez-vous un air de famille avec tel ou tel de vos aïeux. Dans ce cas, soyez gentils de laisser un message à la rubrique "Contact" qui se trouve dans la colonne à droite de cette photo.


Ce cliché pourrait avoir été pris devant un atelier de mécanique (forgeron, maréchal, mécanicien...): à droite, on voit une "rételeuse", et sur le mur entre la fenêtre et la porte, est affichée une "réclame" pour les CYCLES LE TRÈFLE A 4 FEUILLES. A gauche, on distingue un réverbère qui ressemble à ceux qui éclairaient les rues de Coulommes au début du 20° siècle.

 

 

photo Frasse

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Les nourrices de Coulommes

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Les archives anciennes ne font que rarement mention de la profession des femmes, que ce soit sous l'ancien régime, dans les registres de baptêmes, mariages et sépultures, ou après la révolution à l'occasion des recensements de population. Le plus souvent, les rédacteurs de ces documents se sont contentés de mentionner la profession ou l'état de leur mari. Seules les veuves et les célibataires se voient attribuer un métier quand elles en ont un. 

 

Il y a cependant une exception, celle des nourrices. Elles ne sont généralement pas mieux loties dans les archives les concernant personnellement, comme leur mariage, le baptême ou le mariage de leurs enfants, leur décès ou celui de leurs proches. Mais on découvre leur activité, le plus souvent indirectement, à l'occasion du décès d'un nourrisson dont elles avaient la charge. C'est un métier disparu, bien que, aujourd'hui encore, certaines femmes soient appelées nourrices. Jadis, contre rémunération, la nourrice allaitait l'enfant qui lui était confié. Elle lui donnait le sein comme à son propre enfant. Aujourd'hui, si la nourrice prend soin du nourrisson et le nourrit, elle ne l'allaite pas. 

 

001 BREBIETTE NOURRICE ORDINAIRE DE FRANCE

"Norice ordinaire de France", d'après Pierre BREBIETTE, 17° siècle,

Nancy musée des beaux arts

 

La consultation des registres paroissiaux ou d'état civil d'une petite localité comme Coulommes révèle que cette activité y tenait une place importante (comme dans toute la Brie, d'ailleurs). Dans ces registres, on relève par dizaines des mentions d'inhumation d'enfants en nourrice1. Deux tableaux, figurant en fin de cet article, listent pour l'un des nourrissons et leurs parents, pour l'autre des nourrices et leurs époux. Ils ne sont que le fruit de "sondages" dans les registres paroissiaux et d'état civil de Coulommes et ne reprennent qu'une partie des actes que l'on peut y trouver. Les premières mentions, assez dispersées (octobre 1678, mai 1679, mai 1707, octobre 1709, mai 1711...), deviennent plus fréquentes dans les années 1730. Rien n'interdit de penser que des enfants avaient été en nourrice à Coulommes avant 1678 et que certains y étaient décédés, sans que leur inhumation ait laissé de traces dans nos registres. 

 

002 Marguerite GOLAIN

 

«l'an 1679, le vendredi xii mai est décédée en bas âge Margueritte GOLAIN fille de Gilbert GOLAIN serrurier dem. à Paris Fbg St Anthoine et de Margueritte BUFFER ses père et mère, laditte deffte  estant en norice chez Mr Pierre Gutine greffier de cette paroisse, laquelle a esté inhumée ce jourd'hui sam xiii dudit mois en présence dudit Gutine et de Charles Dervau notre clerc.»

Registres paroissiaux de Coulommes. Archives départementales de Seine-et-Marne.

Le nombre très élevé de ces décès pourrait donner une image terriblement négative de cette activité. La mortalité de ces enfants était effectivement très importante, mais il faut la nuancer. En premier lieu, la mortalité infantile était très élevée en général, que ce soit celle des enfants en nourrice ou celle des enfants du village. La médecine n'avait pas encore fait les progrès dont nous bénéficions aujourd'hui. On ignorait le plus souvent les règles élémentaires d'hygiène, et bien des pratiques d'éducation relevaient de la plus noire superstition. Il faut tenir compte aussi de ce que ces registres ne mentionnent ces nourrissons qu'à l'occasion de cet ultime événement, leur décès. Leur naissance était enregistrée dans leur paroisse puis commune d'origine. Et bien sûr, nos registres ne mentionnent pas les enfants qui "survivaient" et étaient finalement rendus à leurs parents.

 

Qu'est-ce qui poussait les parents à confier ainsi à d'autres leur progéniture? Si leur profession n'était généralement pas mentionnée, de nombreuses femmes travaillaient. Certaines assistaient leur époux commerçant ou artisan et ne pouvaient pas concilier cette activité et les soins à donner à un nouveau-né. La société se pliait aussi à certaines croyances ou préjugés. Ainsi, certains répugnaient à nourrir les enfants avec le lait d'un animal parce qu'ils croyaient qu'il pouvait leur communiquer certains traits de sa bestialité. Par ailleurs, un interdit religieux prohibait tout rapport intime entre le mari et sa femme pendant la durée de l'allaitement. Enfin, on considérait que la vie à la campagne offrait aux enfants de meilleures garanties de bonne santé qu'en ville où régnaient promiscuité et saleté (pas d'égouts, pas de ramassage des ordures qui jonchaient les rues, contamination des eaux de puits, etc...). 

 

003 épicière du village

Les femmes de commerçants ou d'artisans pouvaient difficilement concilier leur activité avec l'éducation d'un enfant.

"L'épicière du village" Gérard DOU, 1647, Musée du Louvre.

 

Pour autant qu'on puisse en juger à la lecture des actes de décès des enfants, presque tous les milieux sociaux recouraient à la mise en nourrice. Dans les registres de Coulommes, bien que l'identité, la profession ou le domicile des parents soient parfois omis ou imprécis, on a tout de même une assez bonne idée de leur situation sociale et de leur origine géographique. Quand ces informations sont reprises dans les registres, c'est parce que les parents nourriciers ont reçu, avec le bébé, un certificat de baptême, "au cas où...". De plus, à partir de la promulgation d'une déclaration du roi de 1715 réglementant l'activité des nourrices, un document comportant ces indications accompagne le nouveau-né.  Parmi les mentions figurant au registre paroissial de Coulommes, on trouve plusieurs "Bourgeois de Paris", et même un "peintre et Bourgeois de Paris". Généralement, on appelait "Bourgeois de Paris" des officiers du roi (officiers, dans le sens de "titulaires d'un office", c'est à dire des fonctionnaires de justice, des finances, etc...),  mais aussi des marchands, des rentiers et autres, jouissant de privilèges attachés à leur statut. 

 

On trouve aussi de simples marchands (dont un marchand bouthonnier), des maîtres artisans ou commerçants (tonnelier, vitrier, jardinier, maréchal ferrant, orfèvre, rôtisseur et cabaretier, rôtisseur et traiteur, tailleur, chapelier, passementier, poillier,  boulanger, boucher, chaircuitier,...). En particulier, le 1er mai 1707, est inhumé Jean, âgé de six mois, fils de Nicolas Dassy et de Marie Robert, de Meaux, en nourrice chez Madeleine Damriale, femme de Jean Sautreau, vigneron à Coulommes. Nicolas Dassy est maître rôtisseur, cabaretier et hôtelier "à l'image Saint Claude", à deux pas de la cathédrale2. C'est un notable: il se voit confier par ses confrères un rôle de commissaire de sa corporation, et il acquiert une charge d'archer en la Maréchaussée de Meaux. A ses activités professionnelles, il adjoint le commerce du vin, le louage de chevaux et la vente de miel que récoltent dans ses ruches divers vignerons de Coulommes et de Penchard3. C'est sans doute pour cette raison qu'il connaît Jean Sautreau et son épouse à qui il donne en nourrice son fils Jean. Dans son ouvrage sur les Dassy, pourtant extrêmement précis et documenté, Jean-Marie Camarty ne mentionne pas cet enfant du couple Dassy, alors qu'il en cite d'autres pourtant également morts en bas âge.

 

004 Nourrissons a

 004 nourrissons b

 

Parmi les parents qui confient leurs enfants en nourrice à Coulommes, on trouve aussi des gens à la situation sans doute moins bien établie comme un maçon, un compagnon maçon, un bas officier, des jardiniers et des vignerons, un cocher, un employé, un compagnon orfèvre, etc. D'ailleurs, plus on avance dans le temps, plus le recours aux services des nourrices semble se démocratiser. En 1808, on note même le décès d'une petite Stéphanie Edmée Louise, de père inconnu et dont la mère est ouvrière... Toutes deux auraient pu inspirer Victor Hugo, Eugène Sue ou Emile Zola. Il faut noter qu'à cette exception près, la profession de la mère n'est jamais mentionnée.

 

Les parents des enfants mis en nourrice à Coulommes vivaient en très grosse majorité à Paris et dans des villages qui seront un jour absorbés par la capitale (Chaillot, Neuilly) ainsi que dans sa banlieue proche: Vincennes, Fontenay et Montreuil sous Bois. Les premières inhumations relevées concernent des enfants originaires du faubourg Saint-Antoine à Paris (1678-1679). Au 18° siècle, ils sont originaires des paroisses Saint-Sulpice et Saint-Nicolas-des-Champs, des faubourgs Saint-Germain et Saint-Martin. C'est sans doute dû à l'organisation par quartiers des préposés des bureaux de recommandaresses chargés du recrutement de nourrices dont nous en reparlerons plus loin. Mais on trouve aussi des familles de la région proche (Meaux, Boutigny, Montévrain, Bouleurs, Maisoncelles...) en particulier parmi les mentions les plus anciennes.

 

Concernant l'identité des nourrices, on n'a pas beaucoup plus d'informations que sur les mères. Généralement, seules l'identité et la profession du mari de la nourrice sont précisées (on l'appelle le nourricier). On ne s'étonnera pas de trouver souvent des vignerons et des manouvriers. Mais on rencontre aussi un "vigneron et tailleur d'habits" (Fiacre Istar en 1804) ou des maçons. Ces familles humbles trouvaient là un complément de revenu indispensable. Quand elle n'est pas mentionnée sur l'acte de décès du nourrisson, on peut retrouver l'identité des nourrices par leur acte de mariage. On retrouve souvent les mêmes noms de familles, comme si ces femmes étaient nourrices de mère en fille, ou en belle-fille: Marie Jeanne Martin née Gallois (1737), Jeanne Isambert née Gallois (1762), Marguerite Gallois, née Blutel (1761), Marie Gallois née Vaudescal (1763), Marie Blutel née Bussy (1748), Marguerite Blutel née Bauquage (1749), Marie Louise Ofroy née Blutel (1749). D'autres noms aussi, dont certains sont encore connus à Coulommes: Pestail, Ducharne, Piedeloup, Lefevre, Ancelin, Bécard, Leverbe, Fuzier... 

 

Si ces femmes allaitent l'enfant d'une autre famille c'est, naturellement, parce qu'elle ont eu elles-mêmes un enfant quelque temps auparavant. Parfois, celui-ci décède en bas âge, et elles allaitent alors seulement le nourrisson qui leur est confié. C'est le cas par exemple de Marie Massé dont la fille, Marie-Anne, née le 3 septembre 1747, décède 2 jours plus tard. Elle prend en nourrice Marie Michel qui décède chez elle le 13 avril 1748 à l'âge de 6 mois. C'est le cas aussi pour Marie Bussy dont le fils Maurice, né le 22 septembre 1747, décède le 21 mars 1748. Le 5 avril de la même année, elle assiste à l'inhumation de la petite Marie-Louise-Victoire (1 mois), de Paris, qu'elle avait en nourrice. Enfin, le 13 du même mois d'avril, elle assiste à l'inhumation du petit Estienne (2 mois), de Meaux. On peut penser qu'elle a pris le deuxième enfant en nourrice après le décès de la première, mais, compte tenu de leurs âges respectifs et de la quasi simultanéité de leurs décès, on ne peut pas exclure qu'elle les ait eu en nourrice en même temps, en dépit de l'interdiction qui leur en était faite4. Si des contrôles s'exerçaient sur l'activité des recommandaresses et des meneurs de nourrices de Paris, le placement des nourrissons de Meaux et de sa campagne était sans doute moins surveillé. Les nourrices dont les enfants survivaient nourrissaient généralement ceux-ci pendant 6 à 10 mois avant de les sevrer et de les nourrir au lait de vache5 pour réserver leur lait au nourrisson étranger.

 

005 Nourrices

 

De quoi mourraient ces nourrissons? D'après les actes d'inhumation relevés dans les registres paroissiaux, beaucoup d'enfants arrivèrent à Coulommes dès leurs premiers jours ou leurs premières semaines de vie: en 1749, une petite Marie Louise y décède à l'âge de 22 jours, en 1762, une petite Anne Marie à l'âge de 15 jours, en 1764, un petit Pierre à l'âge de 8 jours... La plupart du temps, les registres ne précisent pas la cause des décès, non seulement parce que ça n'est pas l'usage, mais aussi parce que, le plus souvent, les parents nourriciers et le curé ne le savent pas précisément. Cependant, on peut imaginer les causes de ces décès. Le jeune âge et la fragilité des nourrissons lors de leur mise en nourrice, ainsi que leur transport dans des conditions difficiles sont sans doute parmi les premières causes. En juin 1788, le curé de Coulommes inhume dans le cimetière de la paroisse, un petit Louis Capitaine, âgé de 8 jours, fils d'un marchand bonnetier de la paroisse Saint-Etienne-du-Mont à Paris6. L'enfant est décédé vers 7 heures du matin d'une violente colique chez Pierre Ducharne, cabaretier à Coulommes. Il est inhumé en présence de sa nourrice Jeanne Bouvier, femme de Louis Gaudin, demeurant à Vanry, paroisse de Jouarre, et de Nicolas Guené, marchand bonnetier à la Ferté-sous-Jouarre. Il est probable que le nouveau-né, sa nourrice et le témoin, voyageant de concert, avaient fait halte pour la nuit à Coulommes. Ce genre de précision est exceptionnel dans les registres paroissiaux de Coulommes. Les connaissances médicales de l'époque n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui, et les petites localités n'avaient ni médecin, ni sage-femme ou matrone capable de poser un diagnostic. Le plus souvent, ces actes de décès comportent la mention "mort en bas âge", comme si ce "bas âge" était en soi une cause ou une explication du décès.

 

006 Greuze depart nourrice1780 (1)

"Le départ de la nourrice" Jean Baptiste GREUZE. 18° siècle, musée du Louvre.

 

Bien des maladies sévissaient à l'état endémique (tuberculose) ou épidémique (grippe, choléra,...) et des affections maintenant considérées comme bénignes étaient souvent mortelles à l'époque (rougeole, appendicite...). La nourrice elle-même pouvait contaminer le nourrisson. On pense par exemple au cas de Marie Bussy citée plus haut, qui perd son fils, puis deux nourrissons en moins d'un mois. Même si la campagne était moins polluée que la capitale, l'enfant pouvait aussi se trouver soumis à des attaques infectieuses dues au contact avec des animaux, à un manque d'hygiène et de propreté dans la maison ou alentour (fumière dans la cour, puits souillés...), à la rudesse des conditions de vie, et parfois peut-être à la négligence de la nourrice et de sa famille. C'est que, très probablement, la nourrice continuait de s'occuper de la maisonnée, de son jardin et de sa basse-cour, et peut-être même, louait ses bras pour des travaux agricoles. Il pouvait alors lui arriver de confier le bébé à la garde de ses propres enfants. On ne peut pas écarter non plus l'hypothèse de mauvais traitements. Quoi qu'il en soit, il arrivait que des parents placent à Coulommes successivement plusieurs enfants. On voit ainsi Marie-Claude et Marin Priot (jardinier à Montreuil), après le décès de leur fils Marin en février 1762, confier leur autre fils Pierre en juillet 1764 à la femme de Louis Ancelin. La plupart des décès intervient avant l'âge d'un an. L'âge moyen au jour du décès est de 5 mois, mais on note le décès d'un enfant à l'âge de 8 jours, un autre à 10 jours, d'autres encore à 15 jours. L'enfant le plus âgé décède à 18 mois.

 

L'encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751-1765) détaille ce qui, pour l'époque, caractérisait une bonne nourrice:

«Les nourrices. Les conditions nécessaires à une bonne nourrice se tirent ordinairement de son âge, du tems qu'elle est accouchée, de la constitution de son corps, particulierement de ses mamelles, de la nature de son lait, & enfin de ses moeurs.

 

L'âge le plus convenable d'une nourrice est depuis vingt à vingt-cinq ans jusqu'à trente-cinq à quarante. Pour le tems dans lequel elle est accouchée, on doit préférer un lait nouveau de quinze ou vingt jours à celui de trois ou quatre mois. La bonne constitution de son corps est une chose des plus essentielles. Il faut nécessairement qu'elle soit saine, d'une santé ferme & d'un bon tempérament ; ni trop grasse, ni trop maigre. Ses mamelles doivent être entieres, sans cicatrices, médiocrement fermes & charnues, assez amples pour contenir une suffisante quantité de lait, sans être néanmoins grosses avec excès. Les bouts des mamelles ne doivent point être trop gros, durs, calleux, enfoncés ; il faut au contraire qu'ils soient un peu élevés, de grosseur & fermeté médiocre, bien percés de plusieurs trous afin que l'enfant n'ait point trop de peine en les suçant & les pressant avec sa bouche. Son lait ne doit être ni trop aqueux, ni trop épais, s'épanchant doucement à proportion qu'on incline la main, laissant la place d'où il s'écoule un peu teinte. Il doit être très-blanc de couleur, de saveur douce & sucrée, sans aucun goût étrange à celui du lait. Enfin, outre les moeurs requises dans la nourrice, il faut qu'elle soit vigilante, sage, prudente, douce, joyeuse, gaie, sobre, & modérée dans son penchant à l'amour.

La nourrice qui aura toutes ou la plus grande partie des conditions dont nous venons de parler, sera très-capable de donner une excellente nourriture à l'enfant qui lui sera confié. Il est sur-tout important qu'elle soit exempte de toutes tristes maladies qui peuvent se communiquer à l'enfant. On ne voit que trop d'exemples de la communication de ces maladies de la nourrice à l'enfant. On a vu des villages entiers infectés du virus vénérien que quelques nourrices malades avoient communiqué en donnant à d'autres femmes leurs enfans à alaiter.»

 

007 Farewell-To-The-Nurse Etienne Aubry

"L'adieu à la nourrice". Etienne AUBRY. 18° siècle.

 

Les nourrices ne pouvaient s'occuper que d'un nourrisson à la fois: «Faisons défense aux nourrices d'avoir en même temps deux nourrissons, à peine du fouet contre la nourrice, et de 50 livres d'amende contre le mari, et d'être privés du salaire qui leur sera dû pour les nourritures de l'un et l'autre enfant»7. C'est que l'activité de nourrice était réglementée, principalement par une déclaration du roi du 29 janvier 1715. Le recours aux nourrices était devenu si important que les autorités furent amenées très tôt à légiférer et à réglementer cette activité, du moins pour Paris, qui était la principale pourvoyeuse de nourrissons pour les femmes de notre région. La déclaration du roi citée plus haut prévoyait que figurent sur un registre8 «le nom, l'âge, le pays et la paroisse de la nourrice, la profession de son mari, l'âge de l'enfant dont elle est accouchée, s'il est vivant ou s'il est mort, le tout justifié par un certificat du curé de la paroisse, qui doit d'ailleurs rendre témoignage des mœurs et religion de la nourrice, sil elle est veuve ou mariée et si elle n'a point d'autre nourrisson.»

 

Le rôle des curés ne s'arrêtait pas là. Eux-mêmes ou, à défaut leurs vicaires, les desservants, les marguilliers de fabrique ou les syndics de paroisses étaient tenus de viser le registre des meneurs et meneuses d'enfants lors de la visite de ceux-ci et de viser l'attestation de paiement aux nourrices.

 

Ces réglementations concernaient aussi les recommandaresses. On appelait ainsi des femmes qui se chargeaient de recruter les nourrices Au début du 18° siècle, il existait à Paris, sous l'autorité et le contrôle du Lieutenant Général de Police, quatre bureaux de recommandaresses. Leur activité était réglementée par des déclarations du roi du 29 janvier 1715, du 1er mars 1727 et 2 juillet 17699. Elles devaient pouvoir loger les nourrices, du moins jusqu'à ce que celles-ci regagnent leur paroisse avec le nourrisson qui leur était confié. Elles étaient chargées d'encaisser auprès des parents les sommes dues aux nourrices et de les leur reverser.  Pour ce faire, elles recouraient à des préposés organisés par quartiers de Paris et de sa banlieue. Elles étaient elles-mêmes rémunérées par les parents à raison de 30 sous par nourrisson qu'elles confiaient à une nourrice.

 

008 BOUCHER

"Jeune femme allaitant son enfant". d'après François BOUCHER. 18° siècle,

Nancy, musée des beaux arts.

 

Un meneur (ou une meneuse) de nourrices se chargeait d'amener des nourrices au bureau des recommandaresses et de mener des enfants chez des nourrices. Cette profession se confondait parfois avec celle de meneur d'enfants. On appelait ainsi des individus qui se chargeaient de conduire contre rétribution des enfants abandonnés jusqu'à l'Hôpital des Enfants Trouvés de Paris, et de là chez des nourrices. S'agissant d'enfants abandonnés, les meneurs ne prenaient qu'un minimum de précautions, et ils avaient une très mauvaise réputation: «C’est un homme qui apporte sur son dos des enfants nouveaux-nés, dans une boite matelassée qui peut en contenir trois. Ils sont debout dans leur maillot, respirant l’air par en haut. L’homme ne s’arrête que pour prendre ses repas et leur faire sucer un peu de lait. Quand il ouvre sa boîte, il en trouve souvent un de mort, il achève le voyage avec les deux autres, impatient de se débarrasser de ce dépôt. Quand il l’a confié à l’hôpital, il repart sur le champ pour recommencer le même emploi, qui est son gagne pain»10

 

009 GREUZE LE DEPART DE LA NOURRICE

"Le départ de la nourrice". Jean-Baptiste GREUZE. 18° siècle, musée du Louvre.

 

Très contrôlés et surveillés, placés sous l'autorité du Lieutenant Général de police, les meneurs de nourrices ne pouvaient exercer que sous le contrôle d'un bureau de recommandaresses, auxquelles ils devaient rendre des comptes, tout comme aux parents. Ils se chargeaient aussi d'encaisser chez les parents les sommes dues aux nourrices, jusqu'à ce que la déclaration du roi du 2 juillet 1769 confie cette mission aux préposés dépendant des recommandaresses. Le meneur de nourrices devait justifier de ses bonnes vie et mœurs par une attestation de son curé. Il ne devait mener des enfants que chez des nourrices inscrites au bureau des recommandaresses, et devait s'assurer que les enfants étaient baptisés. Il ne pouvait emmener un enfant qu'accompagné de sa nourrice. Il était en outre chargé de visiter les nourrices, de leur transmettre les ordres des parents, de leur payer les mois d'allaitement, de rendre compte de l'état des nourrissons aux parents, de transmettre à ceux-ci les demandes des nourrices "pour les hardes" et les autres besoins des enfants11. Il était payé par les parents à raison du sou pour livre (5% des sommes versées à la nourrice). Si un enfant mourait en chemin, il devait en faire la déclaration au premier juge ou au curé du village le plus proche et en obtenir un certificat qu'il devait transmettre aux parents. Les conditions de transport continuent cependant de mettre en péril la vie des enfants. Une ordonnance de police du 19 novembre 1773 impose aux meneurs «de se servir de voitures bien conditionnées, dont le fond soit en planches suffisamment garnies de paille neuve, les ridelles exactement close par des planches bien assemblées ou par des nattes de paille ou d'osier toujours entretenues en bon état, et de couvrir leurs voitures avec une bonne toile bien tendue sur des cerceaux et assez grande pour envelopper les bouts et les côtés […] des nourrices assises sur des bancs suspendus au devant et au derrière de la voiture avec des cordes ou des courroies solidement attachées, afin que les nourrices soient à portée de veiller aux besoins des nourrissons et de prévenir les accidents auxquels ils pourraient être exposés sur la route»12.

 

En plus des comptes rendus  sur l'état de santé des nourrissons que les meneurs devaient faire aux parents, des inspecteurs de tournées étaient chargés de visiter les nourrissons.

 

010 Jean-Honoré Fragonard - Visite à la nourrice

"Visite à la nourrice". Jean-Honoré FRAGONNARD. 1775.

National Gallery of Art, Washington DC.

 

Les peines encourues par les nourrices en cas de manquement s'appliquaient de la même manière aux recommandaresses et aux meneurs: amendes de 50 livres et peines corporelles.

 

Vers le milieu du 19° siècle, les mentions de ces décès d'enfants en nourrice se raréfient, probablement parce qu'il en meurt moins grâce aux progrès de la médecine, mais aussi parce qu'il y en a moins en nourrice à Coulommes (les mentalités changent et on confie moins volontiers son enfant à une autre femme). La réputation et le succès des nourrices morvandelles n'y sont peut-être pas non plus étrangers. Avec le développement du chemin de fer, le Morvan s'est "rapproché" de Paris et les nourrices de cette région n'hésitent plus à faire le trajet pour se louer directement au domicile des parents.

 

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1. Archives départementales de Seine-et-Marne. Registres paroissiaux et d'état civil de Coulommes. Série 5Mi2929 à 2946

2. Jean-Marie Camarty. Les Dassy, chronique d'une famille meldoise, 16°-20° siècle. Meaux.1999. page 191.

3. Jean-Marie Camarty. Ibidem.

4. Micheline BAULANT évoque longuement Marie BUSSY dans un article paru en 1995 dans le bulletin de la Société Littéraire et Historique de la Brie. En effet, devenue veuve, Marie BUSSY devint la 5° épouse de François DENIS, "l'homme qui eut six femmes."

5. Micheline Baulant. L'enfant de Brie avec ou sans famille, 17°-18° siècles. Société Littéraire et Historique de la Brie. 1989. page 46.

6. Registres paroissiaux de Coulommes. Archives départementales de Seine-et-Marne.

7. déclaration du roi du 29 janvier 1915. Comte Merlin. Répertoire universel et raisonné de jurisprudence. Paris. 1815

8. M. Guyot. Répertoire universel et raisonné de jurisprudence civile, criminelle, canonique et bénéficielle. Paris. 1784. page 242 et s.

9. Comte Merlin. Répertoire universel et raisonné de jurisprudence. Paris. 1815. page 51 et s.

10. Louis-Sébastien Mercier. Le tableau de Paris. La Haye. 1781.

11. déclaration royale du 2 juillet 1769.

12. Alfred Franklin. Dictionnaire historique des arts, métiers et professions. Paris 1906. page 476.

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Démographie de Coulommes

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On ne dispose d'aucun chiffre sur la population de Coulommes avant 1599. Cependant, dès le 12° siècle, la localité doit être relativement peuplée, du moins pour l'époque. En effet, vers 1172, un vassal du comte de Champagne et de Brie est en possession d'un fief en ce lieu1  (voir l'article "Aux origines de Coulommes" dans la catégorie "Histoire"). Ce vassal a la garde d'une maison forte destinée  à contrôler deux voies de circulation importantes qui se croisent à cet endroit: le Chemin Paré, qui relie Troyes à Meaux, et un chemin qui, venant du Sud et du domaine royal, conduit au prieuré de Saint-Fiacre. Outre les hommes composant la "garnison" de cette maison forte, des serfs, des "hommes de corps" cultivent sans doute les terres dépendant de ce fief. Vers 1228, à Coulommes, une maladrerieabrite des malades et les religieux qui les soignent (voir l'article correspondant). Au total, la population du lieu doit donc être assez nombreuse pour qu'on juge nécessaire d'édifier l'église Saint-Laurent dont certains éléments architecturaux remontent au début du 13° siècle3

 

Plus tard, la population locale subit, comme toute la région, les vicissitudes de l'histoire. La Guerre de Cent Ans, en particulier, ravage et dépeuple les campagnes briardes. Les Guerres de Religion, et spécialement la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, provoquent l'exode d'un nombre considérable de protestants. Les disettes et les épidémies déciment périodiquement la population. 


démographie sous l'ancien régime

 

Le premier chiffre connu, en 1599, ne nous indique que le nombre de "feux" de la paroisse: 524. Ce nombre de feux intéressait l'autorité fiscale de l'époque pour lever des impôts. Aujourd'hui, on parle de foyers fiscaux (feux, foyers, la terminologie actuelle n'a pas beaucoup évolué en cinq siècles). Non seulement on ignore le nombre d'individus qui, à l'époque, composaient chaque feu, mais le nombre de feux pour chaque paroisse fiscale ne correspondait pas au nombre de ménages réels qui y résidaient. Seules les personnes taillables (imposables) étaient prises en compte, et les domestiques, les pauvres, les ouvriers agricoles et les nobles en étaient exclus. D'autre part, sous la pression des seigneurs locaux, des propriétaires de terres et de la communauté d'habitants, le nombre de feux d'une paroisse fiscale était parfois négocié et ajusté en fonction de la fécondité du terroir et de la prospérité de ses habitants.


On pourrait examiner les "aveux et dénombrements" par lesquels un vassal énumérait les terres et droits qu'il tenait de son suzerain. Ces documents mentionnaient parfois les personnes sur lesquelles s'étendait son pouvoir (serfs, tenanciers, etc.). Mais ces précisions "démographiques" n'étaient pas systématiques. De plus, un vassal n'établissait une tel "aveu et dénombrement" qu'au moment où il prenait possession de son fief et rendait "foi et hommage" à son suzerain, et seulement pour ce qui composait celui-ci, ce qui en excluait tout ce qui pouvait dépendre d'éventuels autres fiefs sur la même paroisse.

 

Selon un dénombrement de population de 1709, Coulommes compte alors 67 feux5. Pour la même date, Marie Le Mée-Orsetti et René Le Mée en indiquent 754.

 

En 1724, le Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne mentionne: «COULOMNE, dans la Brie, Diocèse de Meaux,  Parlement et Intendance de Paris, Election de Meaux, a 700 habitants»6. Il paraît évident qu'il s'agit d'une erreur: le même Dictionnaire donne par exemple 478 habitants pour Bouleurs, 477 pour Boutigny et 808 pour Crécy7. Or ces trois paroisses ont toujours été plus peuplées que Coulommes. D'ailleurs, en 1725, selon Marie Le Mée-Orsetti et René Le Mée, la paroisse ne comptait que 76 feux8, ce qui confirme l'irréalisme du chiffre de 700 habitants. 


quatre paroisse sous l'ancien régime

 

D'autres sources existent, émanant d'institutions comme le grenier à sel ou l'Eglise. Pour 1725 et 1726, on connaît le nombre des "gabellants", c'est-à-dire ceux qui payent la gabelle (impôt sur le sel): respectivement 236 et 2309. Coulommes dépend du grenier à sel de Meaux. En Ile de France, province de grande gabelle, les gabellants sont les habitants de plus de 8 ans, tenus d'acheter annuellement un peu plus de 5 litres de sel (un minot pour 14 personnes)10. En 1771, on connaît le nombre de "communiants" à Coulommes: 25011. Mais, que recouvre exactement ce terme? Emanant du clergé catholique, il désigne les paroissiens ayant communié pendant la semaine de Pâques. Il exclut donc les enfants en dessous d'un certain âge, les fidèles pas assez assidus et les protestants qui, sans doute, persistent à refuser de communier des mains du prêtre catholique.

 

On le voit donc, les rares chiffres disponibles sous l'ancien régime non seulement ne portent quasiment jamais sur la totalité de la population, mais il arrive qu'ils se contredisent. 

 

On est mieux renseigné après la Révolution, et en particulier à partir de la période napoléonienne, où l'on entreprend des recensements systématiques. S'ils sont moins détaillés qu'aujourd'hui pour ce qui touche la situation familiale ou professionnelle, du moins sont-ils exacts au plan strictement numérique. Les guerres empêchent la réalisation de ces recensements. Celui de 1871 est repoussé à 1872. Celui de 1916 n'est pas entrepris, ainsi que celui de 1941.


démographie contemporaine

 

La population de Coulommes est relativement stable pendant la première moitié du 19° siècle. Elle culmine en 1826 avec 481 habitants et commence à diminuer sensiblement en 1861. Cet déclin continue lentement mais sûrement pendant un siècle.

 

Plusieurs causes concourent à ce déclin. L'une, entraînant paradoxalement une baisse de la natalité, est l'amélioration des conditions de vie. Démographes et sociologues s'accordent à penser que l'enrichissement personnel et l'amélioration du confort matériel entraînent une diminution des naissances. Les mutations agricoles survenues au cours du 19° siècle concourent également à ce déclin démographique. A Coulommes, la plupart des habitants vit de petite culture, et les partages successoraux successifs entraînent un morcellement et une dispersion de la propriété foncière. L'exploitation des terres en est rendue difficile et de moins en moins rentable. Le phénomène est accentué par les catastrophes sanitaires et la concurrence qui affectent la viticulture locale au cours de ce siècle (oïdium, phylloxera, mildiou, vins du Midi). 


recensement 1836

Première page du recensement de Coulommes en 1836.

(Archives départementales de Seine-et-Marne).

 

Parallèlement, des entreprises industrielles et commerciales s'établissent dans les villes de la région, et recrutent de la main d'œuvre: filatures à Magny-Saint-Loup et Villiers-sur-Morin, usine oxhydrique de Beauval et filature à Meaux, bonneterie Verdier et imprimerie Plon à Nanteuil, l'Union Commerciale et sucrerie à Villenoy, imprimerie Brodard et sucrerie à Coulommiers, etc. De meilleurs salaires et des durées quotidiennes et hebdomadaires de travail régulières attirent ceux que l'agriculture a du mal à faire vivre. Des petits cultivateurs et des vignerons, découragés, vendent ou louent leurs terres et offrent leurs bras à ces entreprises. 


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A Nanteuil-lès-Meaux, une entreprise pourvoyeuse d'emplois,

l'imprimerie Plon.

 

Cet exode rural se poursuit au 20° siècle avec la modernisation de l'agriculture (amélioration des rendements grâce aux engrais et aux traitements, concentration des exploitations, remembrement, mécanisation) qui réduit le nombre d'exploitations et les besoins de main-d'œuvre. Dans beaucoup de familles d'agriculteurs, les enfants ne veulent plus travailler sur l'exploitation (trop dur, pas assez de loisirs, pas assez rentable...), et ils partent travailler en ville ("... ils seront flics ou fonctionnaires..." comme chante Jean Ferrat) à l'instar de nombreux ouvriers agricoles. Et quand le père prend sa retraite, les terres sont reprises par un autre exploitant. Le creux de la vague se situe en 1962, date à laquelle le chiffre de la population est descendu à 191, c'est à dire 40% de celui de 1826.


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Début du 20° siècle. Un partie de la population de Coulommes

sur la Grande Rue, devant la maréchalerie Lepage.

 

Coulommes, à ce rythme, aurait pu finir comme d'autres villages de la région, qui ont périclité au cours des siècles (Ségy, qui a été une paroisse et n'est plus qu'un hameau de Quincy), et, pour certains, ont disparu (Lihou, qui a aussi été un siège de paroisse, Saint-Martin-lès-Voulangis, Saint-Saturnin près de Chauconin). A notre époque, les symptômes qui précèdent le coma puis la mort des villages sont bien connus: exode des jeunes, vieillissement de la population, fermeture des commerces (épicerie, boulangerie, café...), disparition des artisans, suppression ou réduction des services publics (Poste, transports, fermeture de classes...), maisons à l'abandon ou transformées en résidences secondaires, difficultés à financer les équipements publics, etc. 


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Toujours au début du 20° siècle, des habitants de Coulommes

à l'entrée du village, sur l'actuelle avenue des Marronniers.

 

L'hémorragie s'est arrêtée, et la population s'est remise à croître à partir de 1968. En 1999, Coulommes comptait 394 habitants, c'est à dire 33 de plus qu'au recensement de 1990. Ce chiffre de 33 habitants supplémentaires résulte de la combinaison de 39 naissances, 21 décès et 15 arrivées de personnes extérieures à la commune. Entre 1999 et 2007, l'augmentation de 16 habitants résulte de la combinaison de 52 naissances, 11 décès et 25 départs de la commune. Ces chiffres, arrivées et départs, sont ce que l'INSEE appelle un "solde migratoire apparent". Il est apparent parce que, entre les recensements de 1990 et 1999, il n'est sans doute pas seulement arrivé 33 habitants. Il a pu en arriver 50 et en partir 17. De même, entre 1999 et 2007, il n'est sans doute pas seulement parti 25 personnes. Il a pu en arriver 15 et en partir 40. Le solde migratoire apparent ne représente que la différence entre le total des arrivées et le total des départs. Au total, l'emménagement dans la commune de personnes venues de l'extérieur a évidemment compté pour beaucoup dans le doublement de la population entre 1962 et 2007.  Coulommes sur le site de l'INSEE.


évolution entre deux recensements

 

A partir de 1968, la démocratisation de l'automobile a certainement contribué au renouveau démographique de Coulommes, en permettant à des populations urbaines de venir (ou de revenir) habiter à la campagne tout en continuant à travailler en ville. Les prix du foncier et de l'immobilier et la recherche d'une certaine qualité de vie ont aussi été des facteurs déterminants.

 

Le rêve serait que ce renouveau se renforce d'une revitalisation économique par la création d'emplois sur place, et la mise en place de services facilitant la vie quotidienne de ses habitants. 

 

1. Auguste Longnon. Documents relatifs au Comté de Champagne et de Brie, 1172-1361. Tome premier. Les fiefs. Paris, Imprimerie Nationale. 1901. Mention 1133, page 44.

2. Théophile Lhuillier. Monographie de Coulommes dans Almanach historique de Seine-et-Marne. 1887. page 119.

3. Jacques Piédeloup. L'église Saint-Laurent de Coulommes. Bulletin Coulommes et autres lieux voisins. Juillet 2002.

4. Marie Le Mée-Orsetti & René Le Mée. Paroisses et communes de France. Editions du CNRS. 1988.

5. Nouveau dénombrement par généralités, élections, paroisses et feux. Cité dans Mémoires des Intendants sur l'état des généralités. Paris. Imprimerie nationale. 1881. Appendice, page 436.

6. Claude-Marin Saugrain. Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne, etc. Paris. 1724. colonne 933.

7. Claude-Marin Saugrain. Ibidem. colonnes 483, 509 et 970.

8. Marie Le Mée-Orsetti & René Le Mée. Op. cit.

9. Marie Le Mée-Orsetti & René Le Mée. Op. cit.

10. Marcel Marion. Dictionnaire des institutions de la France. 17°-18° siècles. Picard. Paris. page 247.

11. Essais historiques, statistiques sur le département de Seine-et-Marne. Canton de Crécy. Michelin. 1829.

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