Démographie de Coulommes

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On ne dispose d'aucun chiffre sur la population de Coulommes avant 1599. Cependant, dès le 12° siècle, la localité doit être relativement peuplée, du moins pour l'époque. En effet, vers 1172, un vassal du comte de Champagne et de Brie est en possession d'un fief en ce lieu1  (voir l'article "Aux origines de Coulommes" dans la catégorie "Histoire"). Ce vassal a la garde d'une maison forte destinée  à contrôler deux voies de circulation importantes qui se croisent à cet endroit: le Chemin Paré, qui relie Troyes à Meaux, et un chemin qui, venant du Sud et du domaine royal, conduit au prieuré de Saint-Fiacre. Outre les hommes composant la "garnison" de cette maison forte, des serfs, des "hommes de corps" cultivent sans doute les terres dépendant de ce fief. Vers 1228, à Coulommes, une maladrerieabrite des malades et les religieux qui les soignent (voir l'article correspondant). Au total, la population du lieu doit donc être assez nombreuse pour qu'on juge nécessaire d'édifier l'église Saint-Laurent dont certains éléments architecturaux remontent au début du 13° siècle3

 

Plus tard, la population locale subit, comme toute la région, les vicissitudes de l'histoire. La Guerre de Cent Ans, en particulier, ravage et dépeuple les campagnes briardes. Les Guerres de Religion, et spécialement la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, provoquent l'exode d'un nombre considérable de protestants. Les disettes et les épidémies déciment périodiquement la population. 


démographie sous l'ancien régime

 

Le premier chiffre connu, en 1599, ne nous indique que le nombre de "feux" de la paroisse: 524. Ce nombre de feux intéressait l'autorité fiscale de l'époque pour lever des impôts. Aujourd'hui, on parle de foyers fiscaux (feux, foyers, la terminologie actuelle n'a pas beaucoup évolué en cinq siècles). Non seulement on ignore le nombre d'individus qui, à l'époque, composaient chaque feu, mais le nombre de feux pour chaque paroisse fiscale ne correspondait pas au nombre de ménages réels qui y résidaient. Seules les personnes taillables (imposables) étaient prises en compte, et les domestiques, les pauvres, les ouvriers agricoles et les nobles en étaient exclus. D'autre part, sous la pression des seigneurs locaux, des propriétaires de terres et de la communauté d'habitants, le nombre de feux d'une paroisse fiscale était parfois négocié et ajusté en fonction de la fécondité du terroir et de la prospérité de ses habitants.


On pourrait examiner les "aveux et dénombrements" par lesquels un vassal énumérait les terres et droits qu'il tenait de son suzerain. Ces documents mentionnaient parfois les personnes sur lesquelles s'étendait son pouvoir (serfs, tenanciers, etc.). Mais ces précisions "démographiques" n'étaient pas systématiques. De plus, un vassal n'établissait une tel "aveu et dénombrement" qu'au moment où il prenait possession de son fief et rendait "foi et hommage" à son suzerain, et seulement pour ce qui composait celui-ci, ce qui en excluait tout ce qui pouvait dépendre d'éventuels autres fiefs sur la même paroisse.

 

Selon un dénombrement de population de 1709, Coulommes compte alors 67 feux5. Pour la même date, Marie Le Mée-Orsetti et René Le Mée en indiquent 754.

 

En 1724, le Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne mentionne: «COULOMNE, dans la Brie, Diocèse de Meaux,  Parlement et Intendance de Paris, Election de Meaux, a 700 habitants»6. Il paraît évident qu'il s'agit d'une erreur: le même Dictionnaire donne par exemple 478 habitants pour Bouleurs, 477 pour Boutigny et 808 pour Crécy7. Or ces trois paroisses ont toujours été plus peuplées que Coulommes. D'ailleurs, en 1725, selon Marie Le Mée-Orsetti et René Le Mée, la paroisse ne comptait que 76 feux8, ce qui confirme l'irréalisme du chiffre de 700 habitants. 


quatre paroisse sous l'ancien régime

 

D'autres sources existent, émanant d'institutions comme le grenier à sel ou l'Eglise. Pour 1725 et 1726, on connaît le nombre des "gabellants", c'est-à-dire ceux qui payent la gabelle (impôt sur le sel): respectivement 236 et 2309. Coulommes dépend du grenier à sel de Meaux. En Ile de France, province de grande gabelle, les gabellants sont les habitants de plus de 8 ans, tenus d'acheter annuellement un peu plus de 5 litres de sel (un minot pour 14 personnes)10. En 1771, on connaît le nombre de "communiants" à Coulommes: 25011. Mais, que recouvre exactement ce terme? Emanant du clergé catholique, il désigne les paroissiens ayant communié pendant la semaine de Pâques. Il exclut donc les enfants en dessous d'un certain âge, les fidèles pas assez assidus et les protestants qui, sans doute, persistent à refuser de communier des mains du prêtre catholique.

 

On le voit donc, les rares chiffres disponibles sous l'ancien régime non seulement ne portent quasiment jamais sur la totalité de la population, mais il arrive qu'ils se contredisent. 

 

On est mieux renseigné après la Révolution, et en particulier à partir de la période napoléonienne, où l'on entreprend des recensements systématiques. S'ils sont moins détaillés qu'aujourd'hui pour ce qui touche la situation familiale ou professionnelle, du moins sont-ils exacts au plan strictement numérique. Les guerres empêchent la réalisation de ces recensements. Celui de 1871 est repoussé à 1872. Celui de 1916 n'est pas entrepris, ainsi que celui de 1941.


démographie contemporaine

 

La population de Coulommes est relativement stable pendant la première moitié du 19° siècle. Elle culmine en 1826 avec 481 habitants et commence à diminuer sensiblement en 1861. Cet déclin continue lentement mais sûrement pendant un siècle.

 

Plusieurs causes concourent à ce déclin. L'une, entraînant paradoxalement une baisse de la natalité, est l'amélioration des conditions de vie. Démographes et sociologues s'accordent à penser que l'enrichissement personnel et l'amélioration du confort matériel entraînent une diminution des naissances. Les mutations agricoles survenues au cours du 19° siècle concourent également à ce déclin démographique. A Coulommes, la plupart des habitants vit de petite culture, et les partages successoraux successifs entraînent un morcellement et une dispersion de la propriété foncière. L'exploitation des terres en est rendue difficile et de moins en moins rentable. Le phénomène est accentué par les catastrophes sanitaires et la concurrence qui affectent la viticulture locale au cours de ce siècle (oïdium, phylloxera, mildiou, vins du Midi). 


recensement 1836

Première page du recensement de Coulommes en 1836.

(Archives départementales de Seine-et-Marne).

 

Parallèlement, des entreprises industrielles et commerciales s'établissent dans les villes de la région, et recrutent de la main d'œuvre: filatures à Magny-Saint-Loup et Villiers-sur-Morin, usine oxhydrique de Beauval et filature à Meaux, bonneterie Verdier et imprimerie Plon à Nanteuil, l'Union Commerciale et sucrerie à Villenoy, imprimerie Brodard et sucrerie à Coulommiers, etc. De meilleurs salaires et des durées quotidiennes et hebdomadaires de travail régulières attirent ceux que l'agriculture a du mal à faire vivre. Des petits cultivateurs et des vignerons, découragés, vendent ou louent leurs terres et offrent leurs bras à ces entreprises. 


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A Nanteuil-lès-Meaux, une entreprise pourvoyeuse d'emplois,

l'imprimerie Plon.

 

Cet exode rural se poursuit au 20° siècle avec la modernisation de l'agriculture (amélioration des rendements grâce aux engrais et aux traitements, concentration des exploitations, remembrement, mécanisation) qui réduit le nombre d'exploitations et les besoins de main-d'œuvre. Dans beaucoup de familles d'agriculteurs, les enfants ne veulent plus travailler sur l'exploitation (trop dur, pas assez de loisirs, pas assez rentable...), et ils partent travailler en ville ("... ils seront flics ou fonctionnaires..." comme chante Jean Ferrat) à l'instar de nombreux ouvriers agricoles. Et quand le père prend sa retraite, les terres sont reprises par un autre exploitant. Le creux de la vague se situe en 1962, date à laquelle le chiffre de la population est descendu à 191, c'est à dire 40% de celui de 1826.


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Début du 20° siècle. Un partie de la population de Coulommes

sur la Grande Rue, devant la maréchalerie Lepage.

 

Coulommes, à ce rythme, aurait pu finir comme d'autres villages de la région, qui ont périclité au cours des siècles (Ségy, qui a été une paroisse et n'est plus qu'un hameau de Quincy), et, pour certains, ont disparu (Lihou, qui a aussi été un siège de paroisse, Saint-Martin-lès-Voulangis, Saint-Saturnin près de Chauconin). A notre époque, les symptômes qui précèdent le coma puis la mort des villages sont bien connus: exode des jeunes, vieillissement de la population, fermeture des commerces (épicerie, boulangerie, café...), disparition des artisans, suppression ou réduction des services publics (Poste, transports, fermeture de classes...), maisons à l'abandon ou transformées en résidences secondaires, difficultés à financer les équipements publics, etc. 


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Toujours au début du 20° siècle, des habitants de Coulommes

à l'entrée du village, sur l'actuelle avenue des Marronniers.

 

L'hémorragie s'est arrêtée, et la population s'est remise à croître à partir de 1968. En 1999, Coulommes comptait 394 habitants, c'est à dire 33 de plus qu'au recensement de 1990. Ce chiffre de 33 habitants supplémentaires résulte de la combinaison de 39 naissances, 21 décès et 15 arrivées de personnes extérieures à la commune. Entre 1999 et 2007, l'augmentation de 16 habitants résulte de la combinaison de 52 naissances, 11 décès et 25 départs de la commune. Ces chiffres, arrivées et départs, sont ce que l'INSEE appelle un "solde migratoire apparent". Il est apparent parce que, entre les recensements de 1990 et 1999, il n'est sans doute pas seulement arrivé 33 habitants. Il a pu en arriver 50 et en partir 17. De même, entre 1999 et 2007, il n'est sans doute pas seulement parti 25 personnes. Il a pu en arriver 15 et en partir 40. Le solde migratoire apparent ne représente que la différence entre le total des arrivées et le total des départs. Au total, l'emménagement dans la commune de personnes venues de l'extérieur a évidemment compté pour beaucoup dans le doublement de la population entre 1962 et 2007.  Coulommes sur le site de l'INSEE.


évolution entre deux recensements

 

A partir de 1968, la démocratisation de l'automobile a certainement contribué au renouveau démographique de Coulommes, en permettant à des populations urbaines de venir (ou de revenir) habiter à la campagne tout en continuant à travailler en ville. Les prix du foncier et de l'immobilier et la recherche d'une certaine qualité de vie ont aussi été des facteurs déterminants.

 

Le rêve serait que ce renouveau se renforce d'une revitalisation économique par la création d'emplois sur place, et la mise en place de services facilitant la vie quotidienne de ses habitants. 

 

1. Auguste Longnon. Documents relatifs au Comté de Champagne et de Brie, 1172-1361. Tome premier. Les fiefs. Paris, Imprimerie Nationale. 1901. Mention 1133, page 44.

2. Théophile Lhuillier. Monographie de Coulommes dans Almanach historique de Seine-et-Marne. 1887. page 119.

3. Jacques Piédeloup. L'église Saint-Laurent de Coulommes. Bulletin Coulommes et autres lieux voisins. Juillet 2002.

4. Marie Le Mée-Orsetti & René Le Mée. Paroisses et communes de France. Editions du CNRS. 1988.

5. Nouveau dénombrement par généralités, élections, paroisses et feux. Cité dans Mémoires des Intendants sur l'état des généralités. Paris. Imprimerie nationale. 1881. Appendice, page 436.

6. Claude-Marin Saugrain. Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne, etc. Paris. 1724. colonne 933.

7. Claude-Marin Saugrain. Ibidem. colonnes 483, 509 et 970.

8. Marie Le Mée-Orsetti & René Le Mée. Op. cit.

9. Marie Le Mée-Orsetti & René Le Mée. Op. cit.

10. Marcel Marion. Dictionnaire des institutions de la France. 17°-18° siècles. Picard. Paris. page 247.

11. Essais historiques, statistiques sur le département de Seine-et-Marne. Canton de Crécy. Michelin. 1829.

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9 décembre 2010. Coulommes sous la neige

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La lessive

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Dans le temps, l'hiver, on ne lavait pas le linge de corps et de maison au fur et à mesure qu'on se reblanchissait: impossible d'aller au lavoir, on y aurait pris la mort. On entassait donc le linge sale, et on faisait une première grande lessive au printemps. C'est pour cela que nos aïeules avaient souvent des trousseaux très conséquents.

 

On n'entreprenait pas non plus la lessive n'importe quel jour: «qui lave le vendredi, lave son suaire», ou «qui lave le vendredi, veut la mort de son mari». Avant l'invention de la lessiveuse métallique "moderne", on faisait tremper le linge dans un cuvier en bois, sortant de chez le tonnelier, et muni, près du fond, d'un robinet semblable à celui des tonneaux et appelé la pissotte. Le cuvier était posé sur une selle à trois pieds (la cheuve ou la bique), à proximité de l'âtre où chauffait une chaudronnée d'eau.

 

Au fond du cuvier, on disposait tout d'abord un fagot de sarments destiné à empêcher le linge de boucher la pissotte. Ensuite, on remplissait le cuvier de linge en suivant un ordre précis. On entassait, dans l'ordre, les torchons, les draps, les chemises d'hommes et enfin celles des femmes, les chemises, toujours "le nez dessus", faute de quoi, on risquait d'enterrer leur propriétaire dans l'année... On plaçait au milieu du linge des chapelets de javiots (racines d'iris séchées au four), pour embaumer la lessive, et on recouvrait le tout d'une toile du dessus ou charrier. Enfin, on complétait le cuvier avec un bon lit de cendres (celles de bois blancs étaient réputées les meilleures), mêlé d'herbes aromatiques et d'une poignée de sel pour éviter que n'apparaissent les "figures".  Ces "figures", outre qu'elles entachaient le linge et la réputation de la lavandière, étaient l'œuvre du diable et ne pouvaient plus être effacées. Ensuite de quoi, on "coulait" la lessive, en versant l'eau bouillante sur la cendre. On récupérait cette eau par la pissotte, après qu'elle ait trempé le linge en entraînant cendres et sel. On recommençait ainsi 8 ou 9 fois, puis on laissait tremper jusqu'au lendemain, jour de lavoir.

Germigny l'Evêque

A Varreddes, du linge s'égoutte sur un fil

 

Pour les femmes, ce lavoir, c'était à la fois la peine et le plaisir. La peine, parce qu'elles devaient passer de longues heures agenouillées dans la boîte à laver, les mains gercées, crevassées, les bras et parfois le reste trempés par l'eau froide, à savonner, frotter, battre, tordre le linge, le plus souvent dans les courants d'air. Le plaisir, parce que le lavoir était un lieu exclusivement féminin, où les seuls mâles admis étaient les jeunes garçons,  où l'on se retrouvait pour parler, chanter, échanger des nouvelles, parfois médire de l'un ou de l'autre (avec l'invention de la T.S.F., est née l'expression "radio-lavoir"), se faire des confidences... Ecoutez celles qui ont subi cette corvée, en vous expliquant comme c'était pénible, elles ont souvent un éclat dans l'œil qui vous raconte aussi un peu leur nostalgie.

Bouleurs

A Bouleurs, c'est jour de lessive pour tout le monde

 

A Coulommes, il y a eu trois lavoirs: un à Fontenelle, un à la Pissotte et un autre à la Grande Arche. On allait volontiers à la Pissotte parce que l'eau y était plus douce qu'à Fontenelle. Celui de la Grande Arche était loin du village, mais on s'y rendait en voiture à cheval, on y était au soleil, et on voyait passer les gens sur la route de Coulommiers. A Fontenelle, bien sûr, on était abrité du vent, et on y amenait le linge dans la brouette ou la hotte en osier. Parfois on choisissait l'un ou l'autre lavoir parce qu'on savait qu'Augustine y serait aussi, ou, au contraire, que Marguerite n'y viendrait pas. C'est que l'harmonie ne régnait pas toujours entre lavandières. Certaines s'attribuaient toujours la meilleure place, là où l'eau propre coule de la fontaine, d'autres accaparaient les tréteaux ou les lices en bois pour y étendre leur linge...

 

Le seul homme admis à fréquenter régulièrement le lavoir était le garde champêtre: il était chargé de le nettoyer fréquemment, et forcément quand les femmes n'y étaient pas.


Quincy

A Quincy, une femme va au lavoir ou en revient, une hotte de linge sur le dos.

 

femme à la hotte

 Autre femme à la hotte à linge (cliché Paul Bailly)

Monthyon

 A Monthyon, on a amené le linge sur des brouettes

Mary sur Marne

A Mary sur Marne, la lavandière est venue avec son baquet en bois

Lizy sur Ourcq

A Lizy, du linge attend d'être rincé avant de retourner dans le baquet

Guérard Montbrieux

A Montbrieux, du linge s'égoutte sur des licesCrécy en Brie

A Crécy, encore des brouettes

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le presbytère de Coulommes 4ème partie

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La loi du 9 décembre 1905 portant séparation des Eglises et de l'Etat se substitue au concordat de 1801. Le presbytère de Coulommes, propriété de la commune depuis 1820, n'est pas concerné par la mesure de confiscation des biens mobiliers et immobiliers de l'Eglise induite par cette loi. Le curé desservant, bien que ne résidant plus à Coulommes, a conservé jusqu'alors la jouissance gratuite du presbytère. Sans doute l'utilise-t-il quand il vient officier à Coulommes. Cette jouissance gratuite cesse le 13 décembre 1905, et du fait que le desservant ne réside plus sur place, la dévolution de cet édifice à l'association cultuelle qui remplace l'ancienne fabrique ne s'impose pas. Début 1907, la municipalité envisage de louer l'édifice moyennant 25 francs annuels, mais le préfet de Seine-et-Marne s'y oppose au motif que sa valeur locative est de 130 francs.

 

Finalement, en novembre 1907, la municipalité se résout à mettre l'édifice en vente et informe la population de l'ouverture d'une enquête publique.


mise en vente 1907

Affiche annonçant la mise en vente du presbytère (1907).

Archives départementales de Seine-at-Marne.

 

C'est Alfred BÉGAT (surnommé "Casse-carreaux"), aubergiste et distillateur qui achète l'ancien presbytère. C'est certainement le genre d'activités «pouvant troubler le déroulement des offices» que la municipalité  de 1820 souhaitait ne pas voir s'établir à cet endroit. Mais plus de 80 ans sont passés, ainsi que des idées républicaines et passablement anticléricales... Alfred BÉGAT installe même son alambic dans l'ancienne maison du curé. Et il fait construire, dans le jardin, la maison qui se trouve actuellement à l'angle de la Grande Rue et de la Place de l'Eglise. C'est là qu'Alfred BÉGAT exerce son activité jusque dans les années 1940. Leur fille unique étant décédée jeune, Alfred BÉGAT et son épouse ne laissent aucun héritier, et l'ensemble revient à l'Etat qui le met à la disposition de la commune.


pignon b

Sur cette carte postale, on voit le pignon du presbytère et la porte d'accès à son jardin.

 

Grâce à deux cartes postales, nous disposons d'images partielles de l'ancien presbytère. Sur l'une, qui représente l'église vue depuis la rue de Glatigny, on distingue seulement son pignon. Sur l'autre, qui représente l'église vue depuis l'entrée de la rue de Courcelles, on voit la grange qui abritait un cellier et une écurie, ainsi que la toiture de la partie "habitation". A la pointe formée par l'angle de la Place de l'église et une cour commune, on voit aussi un cabanon, certainement construit après 1820, et qui appartient encore de nos jours à la commune. En 1907, il a été démembré du reste de la propriété et, remanié, il a été transformé en poste de police. A ce titre, il a surtout servi de cellule de dégrisement. Aujourd'hui, toujours propriété de la commune, il est désaffecté.


avant après b

En haut, sur cette carte postale des années 1900, on voit au premier plan un petit cabanon formant pointe. Sur le cliché du bas (2001), on voit qu'il a été agrandi (et converti en "poste de police"). Au 2ème plan, la "grange abritant cellier et écurie" a disparu, ainsi que le presbytère lui-même dont on aperçoit la toiture au 3ème plan sur la carte postale de 1900 (par-dessus cette toiture, on devine la pointe du colombier de la grande ferme).

 

La maison BÉGAT, demeurée inoccupée, l'ancien presbytère et la grange commencèrent à se dégrader. Dans les années 1980, la grange avait disparu, et il ne subsistait de l'ancien presbytère que le bas du mur-pignon du côté de l'église, ainsi que quelques poutres du plancher de l'étage. Ultime vestige, un mur qui clôturait le jardin et les bâtiments et comportait une porte d'entrée sur le jardin. Cette porte a été murée, mais on en voit toujours l'emplacement. 


ancienne porte b

Vestige de l'ancien presbytère, la trace de la porte d'accès au jardin, aujourd'hui murée.

 

La municipalité, aux fins d'équiper la commune d'une salle des fêtes, propose à M. MAILLARD de Bouleurs d'échanger l'ensemble "café BÉGAT + terrain + ruine du presbytère" contre un bâtiment sur la rue de Glatigny, qu'elle aménage en foyer polyvalent. Le nouveau propriétaire de l'ancien presbytère, devant le danger que constitue la ruine, finit de la mettre à bas.


vue aérienne b

Sur cette vue aérienne (années 1970), le flèche de droite pointe le mur-pignon côté rue et les poutres qui soutenaient le plancher de l'étage. La flèche de gauche pointe un mur de l'ancienne grange encore debout.

 

En 1999, l'ancien café, lui, retrouve sa fonction le temps du tournage du téléfilm de Nadine TRINTIGNANT "Victoire ou la douleur des femmes", pour lequel il sert de décor.

 

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Pour les besoins du tournage de la série TV "Victoire ou la douleur des femmes, les décorateurs ont redonné vie à l'ancien café BÉGAT.

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le presbytère de Coulommes 3ème partie

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Une affiche manuscrite, conservée aux Archives Départementales, nous apprend qu'en décembre 1820, une enquête de commodo et incommodo invite les habitants de Coulommes à venir exprimer leur avis sur l'achat de l'ancien presbytère par la commune. Maître BERTHAULT, notaire royal à Couilly, "qui fera annoncer son arrivée au son de la caisse", recevra les déclarations des habitants en la maison de monsieur Jean Baptiste GUAY demeurant Grande Rue, laquelle maison a été jugée plus commode que la mairie pour cette circonstance. On a jugé aussi plus convenable de faire réaliser cette enquête - et certainement la vente proprement dite - par un notaire d'une autre commune. C'est, qu'en effet, il y a un notaire à Coulommes, Pierre Gilbert GALLAYX, qui est aussi premier magistrat de la commune. On a donc certainement cherché à éviter les soupçons de forfaiture, voire de concussion...

 

affiche 1820

Affiche annonçant l'enquête de commodo et incommodo (1820).

Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

En 1820, l'ancien presbytère est la propriété de la Comtesse de SAINT CHAMANS qui se propose de le vendre à la commune de Coulommes pour y loger le prêtre desservant. Quand et comment est-il passé du patrimoine de Nicolas TRONCHON à celui de la comtesse? Cette comtesse de SAINT CHAMANS n'est pas une inconnue pour le village. En effet, il s'agit de Françoise Marguerite BOULA de Montgodefroy, fille d'Antoine François BOULA de Montgodefroy et petite fille de François BOULA de Quincy qui, avant la Révolution et l'abolition des privilèges, furent seigneurs des terres de Coulommes et en conservèrent ensuite la propriété de la plus grande partie. Veuve, Françoise Marguerite a épousé en secondes noces Antoine Marie Hippolyte de SAINT CHAMANS le 12 juillet 1791. 

 

En 1820, elle cède donc cette maison, qui, à cette époque, ne sert plus de presbytère, moyennant une somme de 4.400 francs, payable par la municipalité en 4 termes annuels de 1.100 francs sans intérêts. Le dernier terme sera réglé entre les mains des héritiers de la comtesse, celle-ci étant décédée entre temps. Au nombre de ces héritiers se trouve sa petite fille, Ange Louise Paule de QUENGO, comtesse de CRENOLLE, que nous aurons l'occasion de rencontrer de nouveau dans l'histoire de Coulommes. 

 

Au cours de l'enquête, on fait valoir que le futur presbytère est une maison proche de l'église, séparée de toutes autres maisons, et n'ayant aucune communication avec les voisins, et, qu'en l'achetant, la commune évite qu'elle soit acquise par des personnes dont les activités pourraient troubler le déroulement des offices. On se demande quelles activités, selon la municipalité, seraient susceptibles de troubler les offices... une auberge, un cabaret?

 

plan de situation 1820

Plan de masse du presbytère et des parcelles attenantes (1820).

Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

Sept habitants viendront manifester leur approbation: Jean DELIGNY et Jean François LEROY, cultivateurs, Pierre Gilbert HOUDART, charron, Jean Baptiste GUAY, lieutenant en retraite, Georges MARNIESSE, maréchal ferrant, Jean François GIBERT, maçon et Claude PESTAIL, boucher. On retrouvera plus tard quelques uns de ces noms dans le conseil de fabrique de la paroisse et sur une cloche installée dans le nouveau clocher bâti en 1865.

 

Les Archives Départementales conservent aussi un plan de cette époque, qui nous permet de mieux imaginer la disposition du presbytère. Tout d'abord, il faut remarquer qu'il ne se compose plus que d'une maison d'habitation et d'une annexe servant de bûcher et de cellier, avec un jardin et une cour séparant les deux bâtiments. Le "bûcher-cellier" correspond certainement à la "grange de deux petites travées ... dans laquelle il y a une écurie et un cellier" mentionnée dans l'acte de vente de 1796. Mais plus de "petit colombier avec toit à porc en dessous", ni de "hangar couvert en paille, attenant au colombier". Le plan nous montre que les pignons de l'habitation se trouvent à l'ouest et à l'est, les façades (les costières mentionnées par le curé THURET en 1729) au nord et au sud. Toutes les pièces ont au moins une fenêtre sur la façade exposée au sud, pour bénéficier de la lumière du soleil, et toutes ont une cheminée. Au rez de chaussée, il y a une entrée côté jardin, et une autre côté cour. Le terrain contigu au presbytère appartient à Jean Louis RÉGNIER, garde champêtre de Coulommes de 1814 à 1836.

 

plan 1820

Plan du rez de chaussée et de l'étage du presbytère (1820).

Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

Comme à l'époque Du curé Alexis THURET, on peut se demander où habitait le prêtre desservant entre 1803, date du retour d'un curé dans la paroisse, et 1820, date à laquelle on redonne à l'ancien presbytère sa fonction initiale. On ne sait pas non plus si la comtesse de SAINT CHAMANS logeait quelqu'un dans l'ancienne maison curiale.

 

Après Claude BIENFAIT, la paroisse sera desservie par Pierre JOUMARD puis par Jean-Pierre Simon TERTEREAU. En 1868, ce dernier, en charge de la paroisse de Coulommes depuis 1836 environ, devient titulaire de celle de Vaucourtois. La famille OUDOT, après avoir obtenu l'érection en paroisse de la simple succursale qu'était Vaucourtois, y a fait bâtir un presbytère moderne et y attire le curé TERTEREAU; Celui-ci ne dessert plus alors l'église de Coulommes que secondairement. En 1899, c'est le curé CHARPIGNON, de Bouleurs, qui dessert Coulommes. Le presbytère de Coulommes n'est donc plus habité par un prêtre à partir de 1868. 

 

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