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Lavoirs.

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Dans nos localités rurales, sous l’Ancien Régime, les mentions d’équipements à usage collectif sont très fréquentes : moulins, fours et pressoirs banaux, indispensables à la vie des habitants, leur permettaient de moudre leur grain, de cuire leur pain et de presser leur vendange. Il est frappant de remarquer que, dans le même temps, on ne relève pas de mention de lavoirs. Si la plupart des cahiers de doléances du tiers état en 1789 réclament la suppression des banalités de moulin, de four et de pressoir, aucun n’évoque une éventuelle banalité de lavoir.

Les seigneurs locaux, détenteurs à la fois du pouvoir et des moyens économiques d’établir ces équipements à l’usage des populations de leur domaine, semblent n’avoir pas jugé utile de leur procurer un moyen de laver commodément vêtements et linge de maison. La rentabilité d’un moulin, d’un four ou d’un pressoir banal était assurée par l’obligation qui s’imposait au peuple de l’utiliser contre redevance et par la nécessité vitale de se nourrir et de presser sa récolte pour la vendre. Et quand bien même un seigneur aurait bâti un lavoir banal, il lui aurait été impossible d’empêcher les lavandières d’aller rincer leur linge dans quelque cours d’eau ou mare libres d’accès et d’utilisation. La lessive était donc affaire strictement privée, et l’on s’en arrangeait tant bien que mal en se passant des aménagements complexes que le pouvoir seigneurial aurait pu procurer. 

Par ailleurs, les inventaires après décès de cette époque ne mentionnent pratiquement jamais d’objets explicitement dédiés à la lessive. Tout au plus certains inventaires signalent-ils un ou deux objets pouvant avoir plusieurs fonctions, dont celle de la lessive, tels des cuviers. Enfin, pas plus les règlements de succession que les actes de transactions immobilières ne signalent d’installations pouvant faire fonction de lavoir.

Il est donc permis de supposer que, dans les campagnes, les femmes rinçaient leur lessive à des emplacements sommairement aménagés au bord d’une rivière, d’un ruisseau ou d’une mare. Il existait aussi des lavoirs privés. Seuls les villes et les bourgs de quelque importance, étaient dotés de lavoirs publics relevant des autorités communales.
 a lavandière 1800

Le 19° siècle voit progressivement émerger un courant hygiéniste le plus souvent tourné vers le monde ouvrier et le milieu urbain. Toutefois, dans le 5ème tome de l’Encyclopédie Méthodique (dite Encyclopédie Panckoucke) consacré à l’agriculture et publié en 1813, Louis-Augustin-Guillaume Bosc consacre un article au lavoir dans le monde rural  : 

Encyclopédie méthodique 001bEncyclopédie méthodique 002b

Après la révolution de 1848 et l’institution de la IIème République, Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République. Convaincu de la nécessité de lutter contre le paupérisme (il écrit «Extinction du paupérisme» en 1844) et admirateur de l’Angleterre, le prince-président établit en novembre 1849 une commission chargée d’ « étudier les moyens de doter notre pays d’établissements de bains et lavoirs pouvant rivaliser avec ceux que possède la Grande-Bretagne » . Le 6 février 1851, est promulguée une «loi relative à la création d’établissements modèles de bains et lavoirs publics» , portant ouverture d’un crédit extraordinaire de 600.000 francs pour encourager les communes qui en feront la demande (article 1 de la loi). Par une circulaire du 26 février 1851, le ministre de l’Agriculture et du Commerce ordonne aux préfets «de donner à la loi nouvelle la plus grande publicité possible» et précise ses modalités d’application : chaque commune ne pourra obtenir une subvention que pour un établissement et chaque subvention ne pourra dépasser 20.000 francs (article 2) ; la subvention ne pourra couvrir qu’un tiers de la dépense totale, les communes devant financer elles-mêmes les 2 autres tiers .  

Bains et lavoirs publics

en cliquant sur l'image ci-dessus, vous pouvez accéder à l'intégralité de ce document sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

En Seine-et-Marne, la nouvelle loi ne rencontre pas le succès attendu. En août 1851, dans son rapport au Conseil Général du département, le préfet :

«Malgré la publicité donnée à la loi du 3 février 1851, je n’ai encore reçu qu’une seule demande de la part des municipalités qui seraient disposées à réclamer une subvention pour la création d’établissements-modèles de bains et lavoirs publics gratuits ou à prix réduitsLa situation financière de nos communes explique leur silence au sujet d’une amélioration dont vous apprécierez la haute utilité.» .

Malheureusement, le préfet ne précise pas quelle commune lui a adressé la seule demande de subvention du département. Les comptes-rendus des délibérations du Conseil Général des années suivantes ne mentionnent aucune subvention accordée ou refusée pour cet objet au titre de cette loi, et on peut supposer que ni cette première demande ni d’éventuelles suivantes n’ont abouti. 

Il faut attendre l’institution de la IIIème République et les années 1873-1874 pour trouver dans les rapports et délibérations du Conseil Général les premières mentions de subventions accordées à des communes pour la construction d’un lavoir. Encore sont-elles accordées sur le produit des amendes de police et non au titre de cette loi de février 1851: Saint-Martin-en-Bière (arrondissement de Melun) 150 francs pour un lavoir en 1873 ; Chevru (arrondissement de Coulommiers), 400 francs pour la construction d’un lavoir couvert et Treuzy (arrondissement de Fontainebleau), 200 francs pour la construction d’un lavoir et d’un abreuvoir en 1874 .

Toutefois, selon la même source, des communes du département se sont équipées de lavoirs avant 1873. En 1876, une subvention de 300 francs est accordée à Lizines (arrondissement de Provins), pour des travaux au lavoir et à l’abreuvoir. La même année, une subvention de 400 francs est accordée à Rouilly (arrondissement de Povins) pour la reconstruction d’un lavoir public, et une autre de 800 francs est accordée à Pommeuse (arrondissement de Coulommiers) pour la reconstruction de la toiture des lavoirs communaux . La nature des travaux ainsi financés indique que ces équipements existaient sans doute depuis plusieurs années pour nécessiter des réparations. Au cours des années suivantes, les subventions se multiplient, tant pour la construction de lavoirs que pour des travaux: 

- 1877 : construction à Sourdun, Courpalay, Maisoncelles en Brie, Foujou, Serris, Saint-Augustin, Saints, restauration à Fresnes, rétablissement à Reuil, travaux à Boisdon ;

- 1878 : construction à Guignes, Nanteau-sur-Essone, Bussy-Saint-Martin, Mormant, Saint-Germain-sous-Doue, Lourps, couverture et pavage à Lesches ;

- 1879 : construction à Branles, reconstruction à Bernay, Meilleray ;

- etc.

Si, progressivement, des communes du département s’équipent ou améliorent le confort des lavandières, la situation reste longtemps contrastée d’une localité à l’autre selon le dynamisme des édiles, les moyens des municipalités, les ressources en eau, la dispersion des hameaux et des écarts et la pression des populations. Pour une municipalité, outre les moyens financiers, la première question à prendre en compte est l'approvisionnement en eau du lavoir. Les communes traversées par une rivière (la Marne, le Grand et le Petit Morin, l'Aubetin …), un ruisseau ou un ru pérenne, et celles disposant d'une source ou d'une fontaine suffisamment abondantes et proches du village, n'ont pas, de ce point de vue, de problème particulier.  Les communes pauvres en eau courante, comme celles du plateau briard, doivent mettre en œuvre des solutions complexes et souvent coûteuses. La-Houssaye, Marles, Crèvecœur, Châtres choisissent d'alimenter leurs lavoirs avec des "moulins" (des éoliennes). Les communes comptant des  hameaux nombreux ou éloignés du bourg doivent multiplier les équipements. En 1903, les délibérations du Conseil Général mentionnent la construction de 4 lavoirs à Bassevelle et la couverture des 3 lavoirs publics de Sainte-Aulde.

Toutefois, l'absence d'équipement ou le caractère sommaire de certains aménagements ne sont pas toujours dus à la mauvaise volonté ou la pingrerie d’une municipalité. C'est parfois par choix que des femmes se rendent au bord d'un ru ou d'une mare plutôt qu'au lavoir municipal, ou choisissent un lavoir aux équipements rudimentaires plutôt qu'un autre, parfaitement équipé. Ainsi, à Coulommes, certaines lavandières préfèrent aller au lavoir de la Grande Arche, dépourvu de couverture et éloigné du village, plutôt qu'à ceux de Fontenelle ou de la Pissotte, plus proches et abrités des intempéries, parce que l'eau, à la Grande Arche, est plus douce que dans les deux autres lavoirs.

Les cartes postales anciennes nous montrent quelques uns de ces lavoirs à l’époque de leur fonctionnement. Celles qui suivent concernent principalement des communes du nord du département. Elles sont plus ou moins classées par ordre croissant de sophistication des équipements.

 

Lavoirs improvisés au bord d'un ru.

Bellot

Bellot

Nanteuil lès Meaux

Nanteuil-lès-Meaux

Lavoirs improvisés au bord d'une mare.

Saint Cyr sur Morin

 Saint-Cyr-sur-Morin

Villevaudé a

 Villevaudé

Lavoirs improvisés au bord d'une rivière.

Isles des Villenoy

 Isles-lès-Villenoy

Lizy sur Ourcq

 Lizy-sur-Ourcq

Mary sur Marne a

 Mary-sur-Marne

Montevrain a

 Montévrain

Saacy

 Saacy-sur-Marne

Saint Jean c

 Saint-Jean-lès-Deux-Jumeaux

Villenoy-copie-1

 Villenoy

Lavoir improvisé au bord d'un canal.

Villenoy a

 Villenoy

Lavoirs simples sans abri.

Guérard Montbrieux

Guérard

Maisoncelles (1)

Maisoncelles-en-Brie

Quincy a

 Quincy-Ségy

Quincy

 Quincy

Saint Cyr b

 Saint-Cyr-sur-Morin

Signets b

 Signets

Voulangis c

 Voulangis

Lavoirs dotés d'un abri simple.

Villiers sur Morin c

Villiers-sur-Morin

Crécy c

 Crécy-en-Brie

Esbly b

 Esbly

Guérard a

 Guérard

Neufmoutiers en Brie

 Neufmoutiers

Congis

 Congis-sur-Thérouanne

Saint Cyr a

 Saint-Cyr-sur-Morin

Couilly

 Couilly-Pont-aux-Dames

Lavoirs ouverts avec toit à deux pentes.

Coulommiers a

Coulommiers

Sainte aulde a

 Sainte-Aulde

Varreddes

 Varreddes

Coupvray e

 Coupvray

Lavoirs ouverts avec toit à plusieurs pentes.

Coupvray c

Coupvray

Coutevroult b

 Coutevroult (?)

Saint Germain Misère b

 Villiers-sur-Morin (?)

 Saint Germain Misère a

 Saint-Germain-sur-Morin (?)

Les 3 cartes posatles qui précèdent représentent le même lavoir localisé dans 3 communes différentes.

Sucy

 Sucy-sous-Yèbles

Lavoirs fermés à impluvium.

Chalifert b

 Chalifert

Chessy

 Chessy

La Celle sur Morin

 La-Celle-sur-Morin

Lesches b

 Lesches

Monthyon a

 Monthyon

Mouroux b

 Coulommiers

Autres lavoirs clos.

Charny

 Charny

Lumigny

 Lumigny

Villemareuil

 Villemareuil

Lavoirs à éolienne.

Châtres

 Châtres

Crèvecœur b

 Crèvecœur-en-Brie

La Houssaye

 La-Houssaye-en-Brie

Marles

 Marles-en-Brie

Pézarches

 Pézarches

Lavoirs sophistiqués.

Bouleurs-aa.jpg

 Bouleurs

Bouleurs c

 Bouleurs

Ozouer le Voulgis

 Ozouer-le-Voulgis

Bateaux-lavoirs.

Condé a

 Condé-Sainte-Libiaire

Coulommiers c

 Coulommiers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crécy-en-Brie

Guérard b-copie-1

 Guérard

Isles les Villenoy a

 Isles-lès-Villenoy

la Ferté sous Jouarre b

 La-Ferté-sous-Jouarre

Mareuil lès Meaux

 Mareuil-lès-Meaux

Mary a

 Mary-sur-Marne

Meaux f

 Meaux

Montry b

 Montry

 

 

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