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Le prieuré Saint-Jean de Montdenis à Sancy-lès-Meaux 1ère partie..

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Le prieuré Saint-Jean de Montdenis

à Sancy-lès-Meaux.

1ère partie.

 

 

A Sancy-lès-Meaux, un peu en retrait de la route qui conduit de La Haute-Maison à Crécy-la-Chapelle, se trouve la ferme de Montdenis. Aujourd'hui, qui sait ou se souvient qu'il y eut là, jadis, un prieuré de religieuses bénédictines?

 

 Montdenis actuel 002

 

Par le passé, seul Théophile Lhuillier lui consacra un article dans le Journal de Seine-et-Marne de 18561. L'origine d'un prieuré en ce lieu y était évoquée, mais cette monographie portait principalement sur la période de 1633 à 1733, après que l'établissement eût été transféré à Crécy-en-Brie. En outre, cette publication était entachée de quelques erreurs que l'auteur corrigea dans un article ultérieur de l'Almanach de Seine-et-Marne2.

 

Avant Lhuillier, Dom Toussaints du Plessis, avait consacré au prieuré de Montdenis 3 pages sur les près de 800 de son Histoire de l'Eglise de Meaux3.

 

Enfin, un siècle après Lhuillier, Montdenis fut mentionné par Jean Deciry, dans une étude sur l'histoire du prieuré de Noëfort, dont il dépendait4.

 

 

Mont-Denis. Origine du nom.

Selon Théophile Lhuillier, au Moyen, Age, les terres de Sancy auraient appartenu à un diacre nommé Chainon qui devint abbé de l'abbaye de Saint-Denis5. Lhuillier se réfère à un diplôme du 7° siècle portant donation par Thierry, troisième fils de Clovis, des terres de Saocitho, Muntecellis seu et Alniti, identifiées comme Sancy, Montceaux et Aulnoy6. Toutefois, Théophile Lhuillier signale que l'authenticité de ce diplôme a donné lieu à des controverses. Il en infère néanmoins que l'abbaye de Saint-Denis aurait possédé Sancy et ses environs. Il est vrai que, dans la région, cette abbaye, qui possédait de nombreuses terres et forêts, a laissé sa trace dans le nom de localités et de lieux-dits: Villeneuve-Saint-Denis, Saint-Denis-lès-Rebais, la Motte Saint-Denis à Maisoncelles, l'Etang Saint-Denis à Pierrelevée, les Loges Saint-Denis à la Haute-Maison. Cette abbaye était, en particulier, seigneur de Maisoncelles, localité limitrophe de Sancy.


 Montdenis Cassini 001

Mont St Denis sur la carte de Cassini (milieu du 18° siècle.

 

Il est donc possible que ce lieu, Mont-Denis, ait tiré son nom de celui de l'abbaye.

 

La région proche est constellée de toponymes formés sur le substantif "Mont": Montry, Monthyon, Montceaux, Montévrain, Montbarbin, Montpichet, Montanglaust, Montgodefroy, Mont Bénard, Montguillon, Montretout, Montebise, Montguichet, Montmartin, le Montcet, Montaigu, Montansou, Montaudier, Montaumer, Monthérand, Montlevée

 

Différentes formes du nom.

La plus ancienne mention connue de Montdenis remonte à 1177: Monduys (Cartulaire du prieuré de Noëfort)7. En 1213, la même source mentionne La Granche de Montdenis. Par ailleurs, Stein et Hubert relèvent les variantes suivantes: Montdanois (1231. Cartulaire de Noëfort); La chapelle qui est appelée de Mont Danays (1235. manuscrit de la Bibliothèque nationale); Montdenis (1274. Du Plessis); Mont Saint Denys en Brie près de Roize (1487. Cartulaire de Noëfort); Mons Sancti Dyonisii prope Meldas (1531. Gallia Christiana); Montdenys (1634. Du Plessis); Mont Saint Denis (1757. Carte de Cassini)8.

 Cartulaire de Noëfort folio 102

"Lettre d'un quartier de pré A mon danays". Cartulaire du prieuré Saint-Nicolas de Noëfort 12°-15° siècles. Bibliothèque Nationale de France.

 

Une identification erronée avec Montdoly.

En 1841, Louis Michelin écrit: «Mont-Denis étoit anciennement une paroisse qui portoit, au XV° siècle, le nom de Montdoli; l'église étoit sous le titre de Saint-Martin de Montelodi, et la cure à la présentation du chapitre de Meaux. On voit, par un titre de l'église cathédrale, que Eustache de Vienne en fut pourvu en 1467, au mois de novembre, sur la résignation de Jean de Sanction. Au XVII° siècle, Mont-Denis étoit un monastère de religieuses–bénédictines9. Visiblement, Michelin déduit cette affirmation d'un titre de la cathédrale de Meaux que Toussaints du Plessis transcrit dans les pièces justificatives de son Histoire de l'Eglise de Meaux10. Or du Plessis ne déduit pas de ce document que Montdoly (Montdoli ou Montelodi) serait identifiable à Montdenis. Se référant à cette pièce justificative et parlant des chanoines de la cathédrale, il écrit: «Il paroît par un titre de l'Eglise de Meaux, qu'ils présentoient encore à une autre Cure qui portoit aux quinzième siècle le nom de Montdoly. Cette Paroisse etoit située selon quelques papiers de l'Abbaïe de S. Faron, sur le chemin ferré qui conduisoit de Meaux à Pomeuse; mais on n'en a aujourd'hui aucune connoissance, & il n'en reste pas seulement le moindre vestige11 

 

Malheureusement, l'affirmation de Louis Michelin sera reprise par d'autres auteurs. Dans la série d'articles qu'il consacre en 1856 au prieuré de Montdenis dans le Journal de Seine-et-Marne, Théophile Lhuillier écrit: «Un titre de cette époque (1467) constate la résignation que fit Jean de Sanction en faveur d'Eustache de Vienne, de Montedoly, que dom Duplessis […] regarde à tort comme une paroisse dont il ne reste plus de trace. Jean de Sanction n'était pas un prêtre paroissial, mais seulement un chapelain de Montedoly qu'on ne doit pas distinguer du prieuré de Mondenys, Montelody, Montdanays et Mont-Saint-Denis, ainsi qu'il est nommé dans certains titres12. On le voit, Lhuillier, faisant lui aussi référence au même titre de la cathédrale de Meaux, est alors catégorique quand à l'identification de Montedoly avec Montdenis.

 

Toutefois,  en 1891, dans l'Almanach de Seine-et-Marne, Lhuillier atténue cette première affirmation. Il écrit qu'on voit Montdenis «figurer dans quelques documents sous le nom de Mont-Saint-Denis et même de Montdoly»13. Il cite alors une mention relevée par Dom Du Cange dans une charte de l'année 1227 des archives de l'Eglise de Meaux («A monte Dolio, usque ad Cheminum ferratum, quod vadit de Meldis ad pontmorte» que l'on peut traduire par «Monte Dolio, proche du chemin ferré qui va de Meaux à Pommeuse»)14.  S'il est vrai que Montdenis se trouve en bordure du Chemin Paré (autre nom du chemin ferré), Du Cange n'identifie pas pour autant Monte Dolio à Montdenis. Si la forme Mont-Saint-Denis est avérée (voir plus haut), Lhuillier n'indique aucune source dans laquelle Montdenis aurait été explicitement désigné sous le nom de Montdoly. Il se contente de préciser, sous forme de note de bas de page15, que «Quelques auteurs (Lhuillier lui-même. NDR), trompés par cette similitude de noms ont pensé que Montdenis aurait été le siège d'une paroisse [...] parce qu'un titre de la cathédrale de Meaux reproduit par dom Duplessis porte nomination, en novembre 1467, de Eustache de Vienne [...] curé de l'église de Saint-Martin de Montdoly» («…Ecclesiam Parochialem Sancti Martini de Montedoly…»)16. Lhuillier explique plus loin que cette dernière mention pourrait désigner la paroisse de Doue dont l'église avait saint Martin pour patron (Sancti Martini).

 

C'est vraisemblablement la mention relevée par Du Cange et citée par Lhuillier, qui est reprise par Stein et Hubert: «A monte Doli, usque ad Cheminum ferratum, qui vadit de Meldis ad Pomoure»17. Ces auteurs attribuent ce toponyme monte Doli (et non monte Dolio) à Mondollot, hameau et ferme dépendant de la commune de Saint-Siméon, et ils attribuent aussi à Montdollot la citation de Duplessis mentionnée plus haut (qu'ils transcrivent différemment de Du Cange: «Ecclesia parochialis Sancti Martini de Montdoly» au lieu de «Ecclesiam Parochialem …»)18. Si Mondollot se trouve effectivement en bordure d'une voie antique présumée être celle comprise entre Calagum et Bibe sur la Table de Peutinger, il ne s'agit pas à proprement parler du tronçon qui va de Meaux à Pommeuse. Etrangement, on voit que l'affirmation de Louis Michelin continue de polluer cette question dans l'esprit de Stein et Hubert puisqu'ils reprennent à leur compte l'assertion selon laquelle «Montdenis fut autrefois une paroisse dépendant du chapitre de Meaux» sans toutefois citer aucune source19


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Doue et Montdollot. Carte de Cassini. Milieu du 18° siècle.

 

Quoi qu'il en soit de l'identification de monte Dolio, monte Doli ou Montdoly, il est clair que ces toponymes ne sauraient s'appliquer à Montdenis.

 

Les débuts de l'histoire du prieuré de Montdenis.

En 1177, «Je Symon, par la grace de Dieu Evesque de Meaulx, savoir fait à tous presens & advenir, que […] Pierre, vicomte de Crécy a vendu ausdites Religieuses (de Noëfort) la terre Montdenys, laquelle il avoit achetée de Girad de Bregy, par l'accord de sa femme & enfans»20.

 

Cet acte de Simon de Lizy, évêque de Meaux, nous apprend non seulement que le vicomte de Crécy a vendu la terre de Montdenis aux religieuses de Noëfort, mais aussi qu'il l'avait lui-même achetée de Girad (Girard) de Brégy. Selon Lhuillier, Girard de Brégy la détenait déjà en 115021. Mais, là encore, il ne cite pas sa source. Le Rôle des fiefs du Comte de Champagne établi vers 1172, mentionne Guiard de BrégyFeodum Guiardi de Bregi, apud Bregi»)22 ainsi que le vicomte de CrécyVicecomes de Creci, ligius»)23, mais ne signale aucun fief à Montdenis. 

 

Noefort Cassini 001

Noëfort, Saint-Pathus & Oissery. Carte de Cassini, milieu du 18° siècle.

 

Le prieuré de Noëfort et l'abbaye du Paraclet.

La terre de Montdenis est donc acquise par le prieuré de Noëfort. Le prieuré Saint-Nicolas de Noëfort a été fondé à Saint-Pathus, à quelques kilomètres au nord de Meaux, sans doute dans la première moitié du 12° siècle. Toussaints du Plessis, à propos de Manassés II, évêque de Meaux de 1134 à 1157, indique: «Sous son pontificat, ou peut-être même sous celui de Burchard son predecesseur24, le Monastère de Noëfort fut fondé pour des Religieuses sous le titre de S. Nicolas …»25. Une bulle du pape Adrien IV, datée de 1157, confirme sa dépendance de l'abbaye du Paraclet. Etabli sur les terres de la famille des Barres, seigneurs de Oissery et Saint-Pathus, on peut présumer que ceux-ci ont contribué à la fondation du prieuré de Noëfort26.

 

Quoi qu'il en soit, dès les années 1170, Saint Nicolas de Noëfort bénéficie des bienfaits de Marie, épouse du comte de Champagne, du vicomte de Dammartin et de Guillaume 1er des Barres27. Selon l'acte de vente de 1177 évoqué plus haut, ce dernier donne aux religieuses de Noëfort 10 sols (sous) de rente annuelle, avec l'assentiment de son épouse et de son fils Guillaume II des Barres28

 

L'abbaye du Paraclet, proche de Nogent-sur-Seine au diocèse de Troyes (aujourd'hui sur la commune de Quincey, département de l'Aube), est fondée par Pierre Abélard, qui s'y réfugie lorsque ses controverses avec Bernard de Clairvaux lui font craindre pour sa liberté et pour sa vie. Héloïse en est la première abbesse. La famille des Barres est aussi très attachée à cette abbaye du Paraclet dont dépend Noëfort. Guillaume IV des Barres y constitue une rente pour que soient célébrées des messes anniversaires pour lui-même, sa femme et ses enfants29. Par ailleurs, entre 1320 et 1423, cinq abbesses du Paraclet sur six porteront le nom de la famille des Barres30.


Paraclet-Cassini.JPG

L'abbaye du Paraclet au diocèse de Troyes. Carte de Cassini, milieu du 18° siècle.

 

Une chapelle à Montdenis.

Un acte de 1341 mentionne le règlement par Simon, évêque de Meaux, d'un différend survenu entre Robert, curé de Sancy, et Marsilie, prieure de Noëfort, à propos d'une chapelle située à Sancy31. Le seul Simon qui ait été évêque de Meaux avant 1341 est Simon de Lizy, évoqué plus haut et dont l'épiscopat dura de 1176 à 119632. On peut en déduire qu'une chapelle, en rapport avec le prieuré de Noëfort, existe à Sancy entre ces deux dates, c'est-à-dire au moment où cet établissement religieux acquiert la terre de Montdenis, ou au cours des 20 ans qui suivent. Le différend implique la prieure de Noëfort, et il est donc probable que la chapelle, objet du litige, se trouve à Montdenis, bien que l'acte de 1341 reproduit par du Plessis ne soit pas explicite sur ce point.

 

Les fondateurs et le vocable originel de cette chapelle sont connus. En effet, vers 1216, Pierre de Cornillon fait don de 40 livres provinoises pour l'entretien d'une chapelle sous le vocable de Sainte-Marie et de Saint-Jean-Baptiste, érigée à Mont-Denis par les seigneurs de Quincy33. Théophile Lhuillier, dans l'article qu'il consacre au prieuré dans le Journal de Seine-et-Marne de 1856, note: «déjà, les seigneurs de Quincy, village voisin, avaient fait édifier sur la terre de Montdenis une chapelle sous le vocable de Saint Martin»34. Il est probable que cette erreur est à rapprocher de l'identification évoquée plus haut et elle-même erronée, d'une paroisse nommée Montdoly (dont l'église est sous le vocable de saint Martin), avec Montdenis. Lhuillier corrige cette erreur dans la monographie qu'il consacre à Sancy en 1891.

 

Quoi qu'il en soit, l'origine de la fondation de cette chapelle est confirmée en 1235 par un acte de Pierre de Cuisy, évêque de Meaux, qui entérine les donations faites par Pierre de Quincy au prieuré de Noëfort pour la "substentation" d'un chapelain chargé de célébrer la messe en la chapelle «qui est appellée de Mont danays» instituée par les prédécesseurs dudit Pierre de Quincy. Ceux-ci n'ayant pas pourvu à la rémunération du chapelain, la prieure n'était donc pas tenue de faire célébrer la messe que Pierre de Quincy exige35. Ses donations consistent en deux muids de vin blanc et deux muids de vin "vermail" à prendre sur la dîme de Quincy, ainsi que 10 livres pour constituer une rente au chapelain. Par le même acte, et en contrepartie de cette rente, la prieure de Noëfort affecte un muid de blé que son prieuré a le droit de prendre au moulin de Quintejoie à Couilly, pour la rémunération du chapelain, qui doit obligatoirement être de l'ordre du Paraclet36

 

Une communauté religieuse à Montdenis.

Une chapelle est donc érigée assez rapidement à Montdenis, et la subsistance d'un chapelain est assurée pour y célébrer la messe. Toussaints du Plessis pense néanmoins que «en 1274, il n'y avait point encore en ce lieu de Communauté Religieuse»37. Pour ce, il se réfère à un acte du cartulaire de Noëfort énumérant les terres que le prieuré possède à Montdenis:

«Premier. Une piece de terre contenant quatre arpens, etc…

Item une autre piesse contenant trente arpens ou environ, séans au-dessus de l'Ostel dudit Montdenis, laquelle est en bois.

Item une piece contenant vingt arpens ou environ, séans au-dessoubs de l'Ostel, tenans aus jardins dudit Ostel, etc….

Somme. Quatre-vingt arpens ou environ.

. . . . . . 

Item une piece de pré, contenant environ onze arpens, séans au-dessoubs de l'Ostel, etc….

Item l'Ostel dudit Montdenis, & le jardin, qui contient environ un arpent»38.

 

En 1734, l'official  de l'évêque de Meaux, dans la sentence portant réunion du prieuré de Montdenis à celui de Noëfort, et dont il sera question plus loin, se réfère au même mesurage de 1274 et précise: «le monastère de Mont Denis n'existant pas encore»39. Certes, cet acte de 1274 ne fait mention d'aucune communauté religieuse. Mais il ne s'agit que d'un terrier, et il n'exclut pas explicitement que des religieuse occupent «l'Ostel». Il serait d'ailleurs surprenant qu'on entretienne une chapelle et un chapelain en un lieu désert, puisque, pour autant que l'on sache, Montdenis «ne fut jamais un centre d'habitation»40, et il serait non moins surprenant qu'on y ait érigé un "hôtel" pour le laisser inoccupé. 

 

Toussaints du Plessis indique en outre que «quelque temps après (après 1274), soit que le prieuré de Noëfort fût trop rempli, soit que les Religieuses de ce monastère voulussent ériger une nouvelle Maison de leur dépendance, on en detacha quelques unes, que l'on etablit à Montdenys, & on leur construisit un Monastere, auquel on attribua pour revenus la terre de Montdenys même, et quelques autres biens»41. Toussaints du Plessis ne produit cependant aucun justificatif à l'appui de sa thèse.

 

Paraclet 004

L'abbaye du Paraclet au diocèse de Troyes.

 

En revanche, un autre fait plaide en faveur de l'installation de religieuses à Montdenis avant 1274. En effet, les abbayes et prieurés de bénédictines attirent alors tant de vocations que leurs ressources suffisent à peine à entretenir les moniales. Après qu'un envoyé du Paraclet eût inspecté Noëfort, en 1229, l'évêque de Meaux, Pierre de Cuisy, prescrit de limiter à 25 le nombre de moniales à admettre au prieuré de Saint-Pathus42. Il confirme cette décision en août 1250 en raison de «la povreté d'icelluy Prioré»43. Il est donc permis de penser qu'en conséquence de cette ordonnance, dès 1229 ou 1250, d'éventuelles nouvelles candidates à la vie monacale ou des moniales issues de Noëfort ont pu être envoyées à Montdenis. Mais, là également, rien ne vient appuyer positivement cette hypothèse. On peut noter que, dès 1196, les religieuses du Paraclet elles-mêmes s'étaient plaintes d'être forcées de recevoir trop de moniales, et avaient obtenu du Saint-Siège le droit de limiter leur effectif à 60 religieuses44.

 

Que ce soit avant ou après 1274, une communauté religieuse finit donc par s'installer à Montdenis. A sa tête, une prieure perpétuelle, c'est-à-dire prieure jusqu'à son décès ou jusqu'à la résignation de sa charge, est nommée par la prieure de Noëfort.

 

Les constitutions et la règle de l'ordre du Paraclet.

Outre la règle de saint Benoît, chaque abbaye bénédictine est régie par des "constitutions" qui lui sont propres, réglant ou précisant pratiques liturgiques et conditions de vie. Pierre Abélard impose lui-même une règle45 aux religieuses du Paraclet, instituant des coutumes particulières dans la liturgie, dans la nourriture, dans le vêtement, dans le mode d'élection de l'abbesse, etc.46   

 

Les prieurés dépendant du Paraclet, tels que Noëfort et Montdenis, sont probablement soumis à la même règle bénédictine "aménagée" que l'abbaye fondée par Abélard. 

 

Une ordonnance prise en août 1675 par Dominique de Ligny, évêque de Meaux, à l'occasion d'un litige avec la prieure de Montdenis, fait mention de «… Constitutions accoutumées de cette Maison de Montdenis, ditte la Crèche de Jésus»47. Montdenis avait donc sans doute ses propres constitutions, mais il n'a pas été possible de les retrouver.

 

Les rigueurs de la règle de saint Benoît.

La vie des religieuses est consacrée à la prière, à la célébration de l'office divin et au travail manuel. Elles sont soumises à un enfermement strict, la clôture, leur interdisant pratiquement tout contact avec les personnes extérieures, y compris de leur famille, elles sont contraintes à un mutisme presque absolu, à une obéissance totale à leur supérieure, à une vie toute faite de frugalité, etc. Faute de connaître le détail des règles ou des constitutions de Montdenis, de Noëfort ou du Paraclet, on peut juger de la rigueur de la condition des religieuses bénédictines au travers de quelques règles tirées des constitutions de l'abbaye bénédictine Notre-Dame-de-Consolation de la rue du Cherche-Midi au faubourg Saint-Germain à Paris48.

 

La clôture: «les religieuses sont présentement obligées de garder la Clôture, & il ne sera point permis aux Sœurs de sortir après leur Profession, pour quelque peu de temps que ce soit, & sous quelque prétexte que ce puisse être, si ce n'étoit pour éviter les accidents du feu, de la peste ou de la guerre … »49 

 

Les personnes de l'extérieur: «Aucunes des Sœurs ne parleront aux personnes qui sont entrées dans la Monastère […] Il est aussi défendu de parler aux personnes du dehors, qui viennent rendre quelque service dans le Monastère, & même à ceux qui travaillent au Jardin50/ «Quand il entrera des Confesseurs, des Médecins, des Chirurgiens ou des Ouvriers, il y aura toujours deux Sœurs pour les conduire; la plus jeune marchera devant, & sonnera une petite cloche de temps en temps pour avertir les Sœurs de se retirer. »51  

 

L'obéissance: «La première (condition de l'obéissance) est d'être prompte & sans retardement […] La seconde condition de l'obéissance est d'être aveugle, ne se donnant jamais la liberté d'examiner ce qui est ordonné […] La troisième condition de l'obéissance est d'être entière, faisant exactement ce qui est ordonné pour le lieu, le temps et la manière d'obéir52 

 

Le silence: «Les personnes consacrées à Dieu par une profession toute particulière y sont doublement obligées, & sur tout dans l'ordre de Saint Benoist, dont l'esprit particulier est la solitude et le recueillement intérieur. […] Il sera donc permis aux Sœurs de s'entretenir toutes ensemble une heure après dîner (à l'époque, repas du midi. NDR); & depuis la fin du Réfectoire du soir jusqu'à Complie …»53 

 

La pauvreté des cellules: «le lit ne sera qu'une couche où il n'y aura point de ciel de lit; on aura seulement un rideau de futaine depuis la saint Remy jusqu'à Pâques […] Il y aura une armoire de bois de chêne dans les cellules, qui servira de table […] une chaise de paille, un Benitier de fayence blanche, un bougeoir de cuivre et des mouchettes, un pot et un petit bassin de fayence pour laver les mains. L'on pourra avoir quatre ou cinq images de papier, un Crucifix & une petite Vierge en bosse, pourvû que rien de tout cela ne soit de prix […] Il n'y aura point de cheminée dans aucune Cellule, et on n'y portera point de feu…»54 

 

Le service des autres religieuses: «... il y aura toutes les semaines une ou deux Sœurs du Chœur nommées pour servir au Réfectoire, qui travailleront aussi à la Cuisine pendant les heures du travail …»55 .

 

La maladie: «Que les Sœurs regardent donc les maladies que Dieu leur envoie comme des biens, & qu'elles tâchent de s'occuper davantage du bonheur qu'il y a de souffrir que de la peine qu'elles en ressentent. »56 «Les Sœurs ne sortiront point pour allez aux eaux, ny en aucun autre lieu pour leur santé; elles se contenteront des remèdes qu'on leur pourra faire dans leur Convent.»57.

 

Le travail: «Que les Sœurs ne se contentent pas de coudre, de filer & de s'occuper à ces sortes d'ouvrages, mais qu'elles aiment les plus bas et les plus pénibles du Monastère, comme de balayer, travailler à la Cuisine, au Four, au Jardin, etc, & que celle qui aura le travail le plus humiliant & le plus pénible s'estime la plus heureuse puisqu'elle aura plus de moien de satisfaire à la justice de Dieu …»58.

 

Les lettres: «La Mère Prieure lira les lettres qu'on écrira aux Sœurs, & toutes celles qu'elles écriront; elle les donnera et les envoyera si elle le juge à propos.»59.

 

religieuses bénédictines

Habits des religieuses bénédictines. Abbé Migne, dictionnaire des ordres religieux. 1847.

 

L'organisation du prieuré. 

Si dans certains prieurés bénédictins, la supérieure est élue par les sœurs de chœur, celle de Montdenis est nommée par la prieure de Noëfort60. Dans les premiers temps, la prieure de Montdenis est perpétuelle, c'est-à-dire quelle reste en fonction jusqu'à son décès ou jusqu'à ce qu'elle résigne sa charge. Après 1633, elle sera triennale (nommée pour 3 ans) pendant quelque temps, avant de redevenir perpétuelle61. Plus loin, on trouvera le nom de quelques prieures de Montdenis.

 

Les archives relatives à Montdenis nous fournissent quelques mentions d'une sous-prieure: Margueritte Gagnyes "de la Présentation" en 171462, et Jeanne Phlippot (ou Philippon) "de Saint Benoist" en 1730-173163. La sous-prieure est nommée par la prieure, et chargée de la seconder et de la remplacer en son absence.

 

En principe, la prieure nomme aussi une doyenne64 qui n'est pas nécessairement choisie parmi les sœurs les plus âgées, et des discrètes, l'une et les autres servant, avec la sous-prieure, de conseil et d'assistance à la prieure. Un acte notarié de 1730 nous fournit les noms de plusieurs discrètes de Montdenis: Catherine Ronsin "de Saint François", Elisabeth Nivelle "de Sainte Farre", Marie Anne Boullard "des Séraphins"65

 

En certaines occasions, les religieuses se réunissent en chapitre, en particulier pour décider d'acquisitions foncières, ou lors de la profession de foi de nouvelles religieuses. Les sœurs converses n'ont pas voix au chapitre:

«Pardevant Arnoul Lazaret et Louis Auguste Laguillaumy, notaires et tabellions royaux, gardenottes hérédittaires en la ville et chastelenie de Crecy en Brie furent présentes les reverendes dames et prieures et religieuses de Montdenis dit de la Crèche de Jésus establies en cette ville de Crécy, comparantes par Dame Louise de Moucy, prieure dudit couvent de Montdenis, Sœur Marguerite Cagnyes de la Présentation, sous prieure, Catherine Roncin de St François etc. (voir plus loin la liste des 20 autres religieuses) toutes assemblées à la grille et parloir de madite Dame de Moucy, ordinaire et accoutumé pour travailler de toutes affaires temporelles, et après avoir la cloche sonné en la manière accoutumée, lesquelles en conséquence de l'acte capitulaire fait entre elles le sept du présent mois, etc…»66 

 

Certaines religieuses assument des fonctions matérielles:

- la dépositaire a la charge de la garde et de la conservation des actes concernant le prieuré (acquisitions de terres, baux de fermage, etc.) et les sœurs (actes de profession par exemple). Elle est secondée par une seconde dépositaire ou sous-dépositaire. Marie Fanier "de Sainte Gertrude", dépositaire en 1714. Marguerite Bourdon "de Sainte Bertilde" sous-dépositaire en 1730.

- la cellerière ou dépensière s'occupe de la nourriture;

- la boursière est chargée des mouvements d'argent et de l'approvisionnement du prieuré, tant pour la nourriture et les vêtements que pour tous autres besoins;

- la tourière est responsable de tout ce qui entre ou sort du prieuré par le tour, sorte d'armoire pivotante placée à l'intérieur d'un mur et ouvrant sur l'extérieur.

 

Des biens et des revenus.

Outre les dons sous forme de rente et en nature de Pierre de Cornillon pour l'entretien de la chapelle et de son chapelain, le prieuré de Montdenis bénéficie des bienfaits de donateurs. Ainsi, en 1213, Bordin et Girard abandonnent à Noëfort le cens qu'ils percevaient sur le «gagnage de la granche de Montdenis»67.

 

On a vu qu'en 1274 la superficie des terres de Montdenis est d'environ 80 arpents (près de 41 hectares sur la base de l'arpent du roi qui était employé à Sancy). Un inventaire précise leur localisation: «30 arpents en la couture devant la porte du prieuré, 13 arpents en la couture de Roise, 4 arpents au Fresne de Roise, 9 arpents de lèz le chemin pierré, 7 arpents au Val de Sart, etc...»68 (Lhuillier date cet inventaire de 1274, alors que du Plessis, pour cette date, ne mentionne que celui repris au paragraphe précédent). Le prieuré reçut d'autres terres, et selon un arpentage réalisé en 1502, il possède 119 arpents69

 

Au cours du temps, le prieuré étend son domaine foncier et immobilier dans plusieurs paroisses de la région:

- à Montbarbin, hameau de La Chapelle, une pièce de vigne de 2 arpents et demi, au lieu-dit Sur les Marets et Préz de Chapittre, donnée à bail pour 99 ans à Jean Morel, Regnault Morel et autres, en janvier 148970;

- à Maisoncelles, près de 5 arpents de terre en trois parcelles et 80 perches de prés en deux parcelles, acquises en 1649 et déclarées au terrier de Maisoncelles en juillet 167371; 

- à Maisoncelles, la ferme de Montbénard comprenant environ 89 arpents de terres et de prés, donnée à bail en 1730 moyennant un loyer annuel de 300 livres, 30 setiers de blé, un cent de gerbes et le charriage de poissons pris dans l'étang de Maisoncelles72;

- à Guérard, la ferme de la Ronce «consistant en logis, granges, escuries, estables, cour et jardin avec la quantité de quarante huit arpents d'héritages, tant terres labourables, jardins à arbres et herbes de prés et autres héritages … »73; la date de son acquisition reste indéterminée.

- à Voulangis, une ferme, donnée au prieuré par la Damoiselle du Hautoy74 à une date indéterminée (il n'a pas été possible de localiser cette ferme, sur laquelle se trouvait une tuilerie, et dont il sera de nouveau question plus loin. Concernant la donatrice, on peut noter qu'Antoine Bossuet, frère de l'évêque de Meaux, avait épousé Renée-Madeleine de Gaureault du Mont, fille de Nicolas-René et de Catherine du Hautoy).  

 

La-Ronce-c.JPG

Sur les Marets à Montbabin, Voulangis et La Ronce à Guérard. Carte de l'évêché de Meaux par Hubert Jaillot. 1698.

 

Par ailleurs, le prieuré de Montdenis bénéficie d'un droit d'usage et de chauffage dans la forêt de Crécy, ainsi que de rentes en grains s'élevant «entour 4 muis d'avoine et 18 setiers de blé, plus 3 muis et demy de blé pour le chapelain et 3 muis au couvent...»75. Au 18° siècle, il apparaît que des «… rentes constituées sur les aydes et gabelles payables en l'hôtel de ville de Paris …» ont été constituées au bénéfice du prieuré76.

 

Ces biens appartiennent au prieuré et les revenus qu'ils génèrent pourvoient aux dépenses communes telles que travaux, entretien des bâtiments et des meubles, achats, frais de maladie, rémunération du chapelain, des domestiques, etc. 

 

Les dots des religieuses.

Bien qu'il soit, en principe, interdit par le droit canon de donner de l'argent à un établissement religieux pour qu'il accueille une fille qui veut faire profession, l'usage est établi de fournir une dot aux religieuses77. C'est particulièrement vrai pour les établissements disposant de peu de ressources propres tels que le Paraclet et Noëfort dont on a vu que le nombre de moniales avait été limité en raison de leur pauvreté.

 

Concernant les bénédictines de Montdenis, plusieurs mentions font référence à cette pratique. Lors de la réunion de Montdenis à Noëfort en 1734, il est question «…des dots de quelques religieuses qui auraient dües être placées en fonds …» et de «… la pension de quinze cent livres dont jouit la Révérende mère Bonnardy, prieure …»78. La plupart de ces rentes sont de 200 livres pour les religieuses de chœur et de 100 livres pour les converses, mais certaines sont plus élevées. Celle de la sœur Raoul "de sainte Victoire" est de 275 livres79. Il est aussi fait mention de "petites pensions": 14 livres à la sœur Favière "de sainte Gertrude", de 50 livres à la sœur Blondel "de sainte Marie", de 10 livres à la sœur Bourache "de sainte Scholastique", 10 livres à la sœur Denise "de saint Dominique" et six livres à la sœur Ponroy "de sainte Marthe"80

 

Ces dots ou pensions sont généralement à la charge des familles, et incluses dans les contrats de profession des religieuses. Elles peuvent aussi être accordées par le roi ou sa famille. La sentence de l'official de Meaux sur la réunion de Montdenis à Noëfort mentionne «… la pension dont le Roy a gratifié lad. Sœur de Castelnau de sainte Batilde …» et celle dont il a gratifié la sœur de Rix de Sainte Maure "de Ste Melchide". La famille de Breteuil paye en outre pour cette dernière une rente de 150 livres. De même, le contrat d'achat de la ferme de Montbénard en 1718, stipule qu'un capital de 5.000 livres avait été constitué par «son altesse Royale Madame»81  pour produire 250 livres de rente au profit du prieuré de Montdenis «pour la dot et les frais de profession de religieuse de Dame Denise Thierry de Sainte Cécile»82

 

Le calme puis la tempête. Départ de Montdenis.

Après 1274, les archives restent muettes sur notre prieuré pendant environ deux siècles. On peut donc penser que pendant ce laps de temps, la vie s'écoule sans événement notable à Montdenis. Toutefois, comme d'autres établissements religieux du diocèse de Meaux, le prieuré n'est pas épargné par les dévastations de la Guerre de Cent ans. 

 

Les guerres civiles, l'occupation anglaise, la dévastation de la région par des bandes incontrôlées créent un tel climat d'insécurité que les religieuses de Montdenis, au 15° siècle, abandonnent leur maison et se réfugient dans le prieuré de Noëfort. En 1487, l'établissement de Montdenis n'existe plus. Néanmoins, dans l'attente que, le calme revenu, on puisse réoccuper l'établissement abandonné, on continue de nommer une prieure de Montdenis, qui réside à Noëfort. L'une d'elles, Jeanne d'Egreville, loue les terres de Montdenis en décembre 1487 à un laboureur de Mongrolle, Michel Buton «fors excepté, & en ce bail non comprins la Chapelle & Eglise, manoir, pourpris (jardin clos) & lieu que soulloient (qu'avaient l'habitude de) occuper & tenir pour leurs residances, demourances, & aisances les Religieuses dudit lieu». Pour se réserver ainsi lieux de culte et lieux de vie (qui existent donc toujours lors de la signature de ce bail), c'est que les religieuses envisagent de revenir à Montdenis. Les terres paraissent avoir été laissées longtemps à l'abandon et le montant des redevances s'en ressent. Le laboureur en fait une ferme, et en octobre 1502, un mesurage général de l'exploitation indique qu'elle englobe environ 119 arpents (sur la base de l'arpent de roi, contenant 51,07 ares, qui avait cours à Sancy, cela représente près de 61 hectares).

 

Un retour temporaire de la communauté à Montdenis.

Toussaints du Plessis indique que la communauté de Montdenis fut rétablie peu de temps après 150283. Th. Lhuillier, affirme sans préciser ses sources qu'en 1510 le prieuré est rétabli et qu'il a, entre autres prieures Charlotte de Coligny qui deviendra abbesse du Paraclet84. Celle-ci, après avoir été trésorière de l'abbaye des Dames de Troyes en 151085, est effectivement abbesse du Paraclet, et nomme en 1527 Huberte de Melun prieure de Montdenis86.

 

Toussaints du Plessis rapporte également qu'en juillet 1501, Jean de Buz, évêque de Meaux, permet aux religieuses de Noëfort de prendre l'habit, le chant et les autres usages de Fontevrault, permission confirmée par le pape Jules III en décembre 155487. Si le fait est exact (quoiqu'aucune archive ne le confirme), la date de 1501 est nécessairement erronée, parce que Jean de Buz ne fut nommé évêque de Meaux qu'en 153588. Il ne prit effectivement possession de son évêché qu'en 1542, mais il avait pu y exercer son autorité avant entre 1535 et 154289. Quoi qu'il en soit, si les religieuses de Noëfort adhèrent à la règle fontevriste, il est probable que les religieuses de Montdenis s'y soumettent également. Du Plessis précise que les religieuses de Noëfort reprendront ultérieurement l'habit bénédictin.


religieuses de Fontevrault

Habit des religieuses de Fontevrault. Abbé Migne, dictionnaire des ordres religieux. 1847.

 

Un nouveau départ de Montdenis.

Les troubles religieux liés à la diffusion du protestantisme dans la région amènent les religieuses à abandonner de nouveau leur établissement en 1570. Mais on continue de nommer une prieure de Montdenis afin de maintenir Noëfort dans ses droits, pour le cas où un nouveau retour deviendrait possible90.

 

A Noëfort même, un sentiment d'insécurité a conduit la prieure, Marie de la Rochefoucault, à envisager le transfert de son établissement au Faubourg Saint Nicolas de Meaux, dès 1619. C'est chose faite en mars 1629. Quatre ans plus tard, Anne Moriau, dite "de Saint Placide", prieure de Montdenis, demande à Françoise de la Rochefoucault, nouvelle prieure de Noëfort, le rétablissement du prieuré de Sancy. La supérieure de Noëfort profite de cette occasion pour demander que la prieure de Montdenis ne soit plus nommée que pour une durée de 3 ans, au lieu d'être, comme jusqu'alors, "perpétuelle". Ce dernier  projet n'aboutit pas immédiatement.


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Meaux au 17° siècle. Au premier plan, le faubourg Saint-Nicolas.

 

Le transfert du prieuré de Montdenis dans la ville de Crécy.

Néanmoins, en août 1633, l'évêque Jean de Belleau autorise le rétablissement de Montdenis mais, «attendu même la ruine totale des bâtiments de l'Église, Maison, & Cloistre du dit Prieuré de Montdenis il y a plus de soixante ans, & les aliénations du bien et revenu du dit Prieuré, de remettre & rétablir le dit Prieuré, qui étoit cy-devant Conventuel, & le transférer dans la Ville ou Marché du dit Crécy en Brie»91. L'évêque pose comme autre condition qu'il soit sous sa juridiction directe, sauf pour la nomination de la prieure, devenue triennale entre temps, et qui reste au choix de Noëfort. 

 

Les religieuses de Montdenis s'installent donc à Crécy dans quelques propriétés disparates qu'elles ont acquises, dont une, appelée La Grosse Tour. Leur maison prend le nom de "Crèche de Jésus". En 1641, alors que le Roi autorise cet établissement par lettres patentes, la première pierre d'un nouveau prieuré est posée par Octavien Le Bis , seigneur de La Chapelle et Marie d'Alvimar son épouse92. La Crèche de Jésus accueille vingt religieuses (leur nombre passera à vingt cinq ultérieurement). A cette date, Anne de Castille, dite "de Jésus", de la maison de Villemareuil, en est prieure. Ancienne chanoinesse régulière et professe de l'abbaye Saint Etienne de Reims, elle fait rétablir la perpétuité au lieu du triennat pour la prieure de "Montdenis de la Crèche de Jésus", fonction qu'elle conserve jusqu'à son décès en 1693. 

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La Vieille Tour des Minimes, qui était sans doute la Grosse Tour des bénédictines.

 

Un adoucissement de la règle du Paraclet pour les seules religieuses de Montdenis.

La règle initiale du Paraclet, instituée par Pierre Abélard, imposait pour la nourriture des religieuses un certain nombre de préceptes relatifs à la consommation de viande et au jeûne. Notamment, prévoyait-il qu'on ne permît aux religieuses de manger de la viande (ou à défaut des œufs, des légumes ou du poisson) qu'une fois par jour et uniquement les dimanche, mardi et jeudi, et uniquement des fruits au souper (ce que nous nommons le dîner)93. Il semble que, dans les grandes lignes, les mêmes préceptes étaient appliqués dans toutes les communautés bénédictines. 


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Pierre Abélard et Héloïse. Manuscrit du Roman de la Rose. 14° siècle. Musée Condé.

 

Toutefois, les religieuses de Noëfort et de Montdenis ont vraisemblablement été soumises à un régime plus strict, la vie perpétuelle quadragésimale (quadragésimale, de carême), c'est-à-dire le carême perpétuel ou abstinence perpétuelle. En effet, en 1634, Jean de Belleau, après avoir autorisé le rétablissement de Montdenis dans la ville de Crécy, rend l'ordonnance suivante: «… après avoir visité le monastère de Montdenys […] & après avoir meûrement considéré la difficulté que les filles que dorenavant on recevroit en ce petit Monastere, auroient à garder la vie perpetuelle quadragesimale, pour les incommoditez du lieu, & autres semblables: avons ordonné que dorevavant en ce Monastere on useroit de la Regle de S. Benoist mitigée, & suivant & conformement à la Bulle Benedictine, sauf aux deux Sœurs qui sont venües du Monastere de Nonfort (Noëfot. NDR), lesquelles nous n'entendons pas relacher de l'abstinence perpetuelle, de la quelle elles ont fait vœu au susdit Nonfort…»94.

 

Il permet donc aux moniales de Montdenis de consommer de la viande suivant la règle bénédictine, mais exclut de cet adoucissement deux sœurs venues du prieuré de Noëfort et qui ont fait vœu d'abstinence perpétuelle!

 

D'autres adoucissements, dont ne bénéficient pas les religieuses de Noëfort, sont accordées à une date indéterminée à celles de Montdenis: «… elles ne seront tenues de se lever la nuit, ny de coucher sur la dure, ny de porter la serge, et useront sur ce des mitigations usitées audit Montdenis …»95

 

Tentative pour se soustraire à la juridiction de l'évêque.

En 1675, Anne de Castille tente de soustraire son établissement à l'autorité de l'évêque de Meaux. C'est une pratique qui se retrouve régulièrement de la part des supérieurs de communautés religieuses du diocèse. L'abbé de Saint Faron de Meaux, celui de Rebais, les abbesses de Faremoutiers et Jouarre se sont ainsi efforcés d'échapper à la juridiction de l'évêque, avec plus ou moins de pugnacité et de succès. 

 

A plusieurs reprises, la prieure de Montdenis exige que les novices prononcent leurs vœux selon une formule qui exclut la juridiction de l'évêque de Meaux. S'inspire-t-elle de l'abbaye du Paraclet qui ne relevait pas de la juridiction de l'évêque de Troyes, mais directement du Saint Siège96? Les motivations et les arguments de la prieure ne sont pas citées dans les archives. Après une réprimande de l'évêque Dominique de Ligny le 28 août 167597, la prieure, qui a fait appel auprès du Parlement, est définitivement condamnée à se soumettre en août 167898.

 

Notes de renvoi.

 -----------------------------------------    

 

1.Théophile Lhuillier. Crécy-en-Brie. Son ancien couvent de bénédictines de Montdenis (1633-1733). Journal de Seine-et-Marne. janvier 1856.

  2.Th. Lhuillier. Almanach historique, topographique et statistique du département de Seine-et-Marne et du diocèse de Meaux. Meaux. Le Blondel. Notices historiques sur les communes du département. Sancy. 1891.

 3.Toussaints Du Plessis. Histoire de l'Eglise de Meaux. Tome I.Paris. 1731.

 4.Jean Deciry. Le prieuré Saint-Nicolas de Noëfort. Bulletin de la Société Littéraire et historique de la Brie. 1988.

 5.Th. Lhuillier. Notices historiques sur les communes du département. Sancy. Op. cit. page 105.

 6. Michel Félibien. Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denys en France. Léonard. Paris. 1706. page 28.

 7. Henri Stein & Jean Hubert. Dictionnaire topographique du département de Seine-et-Marne. Imprimerie Nationale. Paris. 1954. alinea Montdenis.

 8. Ibid.

 9. Louis Michelin. Essais historiques et statistiques sur le département de Seine et Marne volume 2. Michelin, Melun 1841. Page 674.

 10. T. Du Plessis. Tome II. Pièces justificatives, pièce 524 page 258

 11. T. Du Plessis. Tome I page 145.

 12. Th. Lhuillier. Crécy-en-Brie. Son ancien couvent de bénédictines de Montdenis . Op. cit.

 13. Th. Lhuillier. Notices historiques sur les communes du département. Sancy. Op. cit. page 110.

 14. Charles Du Cange. Glossarium madiae et infimae latinitatis. Favre. Niort. 1887. page 303. 

 15. Th. Lhuillier. Notice historique … Op. cit. page 111.

 16. T. Du Plessis. Tome II. Pièces justificatives, page 258

 17. Stein & Hubert. Op. cit. alinea Montdollot.

 18. Ibid.

 19. Stein & Hubert. op. cit. alinea Montdenis

 20. T. Du Plessis. Tome II. Pièces justificatives. pages 64 et 65.

 21. Th. Lhuillier.  Notices historiques sur les communes du département. Sancy. op. cit. pages 110-111

 22. Auguste Longnon. Documents relatifs au Comté de Champagne et de Brie (1172-1361). Tome 1er, les fiefs. Paris, Imprimerie Nationale. 1901. n° 1057, page 41

 23. Auguste Longnon. op.cit. n° 1124, page 44.

 24. Burchard, évêque de Meaux de 1120 à 1134. T. du Plessis. op. cit. Tome I. page 554

 25. T. du Plessis. op. cit. Tome I. page 155.

 26. Jean Deciry. Op. cit. page 46.

 27. Ibid.

 28. T. du Plessis. op. cit. Tome II page 64.

 29. Gustave Estournet. La Ferté-Alais, ses origines, ses noms, ses premiers seigneurs. Bulletin de la Société historique et archéologique de Corbeil, d'Etampes et du Hurepix. 1944. page 91

 30. site http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_abbesses_du_Paraclet d'après Gallia Christiana

 31. T. du Plessis. Tome II page 65.

 32. T. du Plessis. Tome I. page 555.

 33. Th. Lhuillier. Notices historiques sur les communes du département. Sancy. op. cit. page 111

 34. Th. Lhuillier. Crécy-en-Brie. Son ancien couvent de bénédictines de Montdenis (1633-1733). Op. cit.

 35. T. du Plessis. op. cit. Tome II page 135.

 36. T. du Plessis. op. cit. Tome II page 135.

 37. T. du Plessis. op. cit. Tomme I. page 446.

 38. T. du Plessis. op. cit. Tomme II. page 177.

 39. Réunion du prieuré conventuel de Montdenis. Sentence de l'official de l'évêque de Meaux. 13 mars 1734. ADSM. cote H 621.

 40. Th. Lhuillier. Notices historiques sur les communes du département. Sancy. op. cit. page 111, note de renvoi.

 41. T. du Plessis. op. cit. Tome I. page 446.

 42. Jean Deciry. op. cit. page 48.

 43. T. du Plessis. op. cit. Tome II, page 154, article CCCLIX.

 44. Charles Lalore. Cartulaire de l'abbaye du Paraclet. Thorin. Paris. 1878. Tome 2, page XII

 45. Abbé Migne. Nouvelle Encyclopédie théologique. Migne éditeur. Paris 1831. Tome vingtième, dictionnaire de patrologie, colonnes 39 et s.

 46. Charles Lalore. Op. cit. page VII

 47. T. du Plessis. Op. cit. tome II. Page 400.

 48. La règle du B. père S. Benoist avec les constitutions pour les Religieuses bénédictines de Notre-Dame-de-Consolation de la rue du Cherche-midy, du faubourg Saint-Germain des Prez lez Paris. Paris. 1687.

 49. La règle du B. père S. Benoist …Op cit. page 18

 50. Ibid. pages 307 & 308.

 51. Ibid. pages 419 & 420

 52. Ibid. pages 84 & s.

 53. Ibid. pages 88 & s.

 54. Ibid. pages 162 & s.

 55. Ibid. page 224

 56. Ibid. page 230 & 231

 57. Ibid. page 21

 58. Ibid. pages 279 & s.

 59. Ibid. page 310

 60. T. du Plessis. Tome I. Op. cit. page 446.

 61. Ibid. page 447

 62. Domaine du prieuré de Montdenis. Acte notarié. 1714. ADSM. cote H 622

 63. Domaine du prieuré de Montdenis. Acquisition de la ferme de Montbénard. 22/12/ 1718. ADSM cote H 622

 64. La règle du B. père S. Benoist, etc. Op. cit. page 412 et s.

 65. Domaine du prieuré de Montdenis. Déclaration de la ferme de Mont Bénard. 19 octobre 1730. ADSM. cote H 622

 66. Domaine du prieuré de Montdenis. acte notarié. 1714. ADSM. cote H 622

 67. Th. Lhuillier. Notices historiques sur les communes du département. Sancy op. cit. page 111,

 68. Th. Lhuillier. Notices historiques sur les communes du département. Sancy op. cit. page 112,

 69. Th. Lhuillier. Notices historiques sur les communes du département. Sancy op. cit. pages 112 et 113,

 70. Domaine du prieuré de Montdenis. Baux emphytéotiques. ADSM. cote H 618

 71. Domaine du prieuré de Montdenis. ADSM. cote H 622.

 72. Domaine du prieuré de Montdenis. Bail de la ferme de Montbénard. 19 octobre 1730. ADSM cote H 622.

 73. Domaine du prieuré de Montdenis. ADSM. cote H 622.

 74. Sentence de l'official de Meaux etc.. 13 mars 1734. ADSM. cote H 621.

 75 Th. Lhuillier.  Notices historiques sur les communes du département. Sancy op. cit. pages 112 et 113.

 76. Sentence de l'official de Meaux etc. 13 mars 1734. ADSM. H621

 77. Claude-Joseph de Ferrière. Dictionnaire de droit et de pratique. Paris. 1749. Tome I. page 744. Et Encyclopédie Diderot & d'Alembert. Paris. 1755. Tome V. Pages 65 et s.

 78. Sentence de l'official de Meaux etc. 13 mars 1734. ADSM. H621

 79. Ibid.

 80. Ibid.

 81.  Elisabeth Charlotte de Bavière, épouse de Philippe, frère de Louis XIV.

 82. Domaine du prieuré de Montdenis. Achat de la ferme de Montbénard. 22 décembre 1718. ADSM cote H 622.

 83. T. du Plessis. Tome I. Op. cit. page 446

 84. Th. Lhuillier.  Notices historiques sur les communes du département. Sancy op. cit. page 113.

 85. Louis Moréri. Le grand dictionnaire historique etc. Tome III. Paris. 1759. page 807

 86. Louis Moréri. Le grand dictionnaire historique etc. Tome X. Paris. 1759. page 45

 87. T. du Plessis. Tome I. Op. cit. page 157

 88. T. du Plessis. Tome I. Op. cit. page 558

 89. T. du Plessis. Tome I. Op. cit. page 345

 90. Th. Lhuillier. Notices historiques sur les communes du département. Sancy op. cit. page 113.

 91. T. du Plessis. Tome II. Op. cit. page 342

 92. T. du Plessis. Tome I. Op. cit. page 447

 93. Abbé Migne. Op. cit. colonne 41.

 94. T. du Plessis. Tome I. Op. cit. page 347.

 95. Sentence de l'official de Meaux etc. 13 mars 1734. ADSM. H621

 96. Charles Lalore. Op. cit. page IX.

 97. T. Duplessis. Op. cit. Tome II. Page 399.

 98. Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France. Tome IV. Paris. 1768. Colonnes 1790 et suivantes.

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Le prieuré Saint-Jean de Montdenis à Sancy-lès-Meaux 2ème partie..

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Le prieuré Saint-Jean de Montdenis

à Sancy-lès-Meaux.

2ème partie.

 

 

Vers le déclin de Montdenis.

Après Anne de Castille, prieure jusqu'à son décès en 1693, trois religieuses professes de l'abbaye de Chelles dirigent successivement le prieuré: Marie-Françoise de Richelieu, qui abdique en novembre 1709 pour devenir prieure de Noëfort, Louise de Moussy, qui décède le 30 décembre 1725, et Marie-Ulphe Bonnardy qui prend ses fonctions le 6 mai suivant. 

 

En 1700, le Mémoire de la Généralité de Paris indique: «Le prieuré de Mont-Denis, ordre de Saint-Benoît, établi à Crécy, est possédé par Mme de Richelieu. Il y a dix-huit religieuses et sept converses; elles n'ont que 1.500 livres de revenu. Ce prieuré est à la nomination de la prieure de Noëfort.»99.  L'Intendant, qui rédige ce Mémoire, juge donc le revenu du prieuré trop faible au regard du nombre de religieuses qui l'occupent. En effet, dans le même temps, Noëfort, qui ne compte guère plus de pensionnaires, 20 religieuses et 8 converses, dispose d'un revenu de 4.000 livres.100 

 

La location des terres ne rapporte sans doute pas suffisamment. Bien qu'on ne possède pas de bail de cette époque pour les 120 arpents de terres du prieuré à Sancy, il est presque certain qu'ils sont loués, tout comme la ferme de la Ronce à Guérard et d'autres parcelles dans diverses paroisses de la région. 

 

Il semble que ce soit pendant le priorat de Marie-Françoise de Richelieu (1693-1709) que la situation du prieuré se dégrade le plus gravement, en particulier au plan financier. Naïveté, incompétence, prodigalité? En novembre 1709, au moment où cette prieure abdique sa charge de Montdenis pour celle de Noëfort, la Crèche de Jésus est «… oberée de vingt mille livres de dettes dont la somme de six mille livres a été payée par les libéralités de Sadte Eminence (l'évêque de Meaux, NDR) et le surplus de la vente d'une ferme et des dots de quelques religieuses qui auroient dües être placées en fonds.»101  

 

Des opérations foncières malheureuses.

La ferme vendue pour apurer une partie des dettes contractées sous le priorat de Marie-Françoise de Richelieu est sans doute celle de La Ronce à Guérard. Quelques mois avant son abdication, Marie-Françoise de Richelieu vend cette ferme et les quarante huit arpents qui en dépendent à Pierre Raoult, receveur des tailles de l'élection de Coulommiers, moyennant «… une modique somme de quatre mille cent livres»102. Quelques années plus tard, la nouvelle prieure en appelle au roi et sollicite l'annulation du contrat, arguant que «… sans aucune nécessité dame Françoise de Richelieu pour lors prieure dudit prieuré de Montdenis a engagé et allienné au préjudice des possessions de la maison dudit prieuré une ferme faisant partie des fonds de ladite maison […], que par icelle les exposantes sont considérablement lézée que cette lézion diminue beaucoup le fond de cette maison […], qu'iceluy contrat ait été fait sans causes et besoins légitimes […], que ce contrat est fait sans aucune formalité qu'il y manque entre autres celle qu'il n'est point homologué en Parlement de Paris ce qui est essentiel et qui rend pour ainsy dire le contrat nul …»103. Le 4 août 1714, le roi donne droit aux religieuses de Montdenis. Cette ferme a-t-elle été vendue ultérieurement à meilleur prix? Cela paraît probable, bien que les documents ultérieurs consultés ne le disent pas.

 

Montbénard

Montbénard à Maisoncelles. Carte de Cassini, millieu du 18° siècle.

 

Le 22 décembre 1718, les religieuses de Montdenis achètent de Christophe Despinas et Charlotte Despinas sa sœur «… la maison, bastiments, métairie et ferme de Montbénard située en la terre et seigneurie des loges Saint Denis et Maisoncelles près Meaux, consistante en corps de logis, grange, escurie, vacherie, estables et autres logis, le tout couvert de thuilles, court entourée desd. bastiments et de murs, jardin à arbres et herbes, derrière le grand corps de logis, fermé de murs, pasture, saulsaye et terre à faire chennevière derrière lesd. logis dans lesquels il y a une grande mare, le tout comprenant quatre arpents trois quartiers et demy faisant plusieurs haches, scis comme dit est audit Montbenard, avec touttes les terres, prez, aulnaye, bois, broussailles et autres heritages …»104. La vente est conclue moyennant le prix de 8.000 livres, dont 2.000 livres au comptant, 4.000 livres à terme et 2.000 livres au moyen d'une rente de 100 livres par an.

 

Du temps de Christophe et Charlotte Despinas, cette ferme était louée moyennant 420 livres par an «et autres charges» dont on ignore malheureusement la consistance. En 1730, cette ferme n'est plus louée que moyennant 300 livres. Certes le fermier doit aussi livrer au prieuré  30 septiers de blé, un cent de gerbes et 20 tonneaux de poissons pris à l'étang de Maisoncelles105. Mais si l'on tient compte de la rente annuelle de 100 livres, le revenu en deniers n'est que de 200 livres pour un fond qui a en coûté 8.000.

 

Quand à la ferme du Hautoy à Voulangis, elle a été reçue en donation, mais elle «… ne produit aucun revenu à cause des charges auxquelles elle est hypothéquée …»106.

 

Enquête de la Commission des secours.

Au tournant des 17° et 18° siècles, la situation des établissements religieux du royaume tend à se dégrader. En 1695 et 1696, dans notre région, le roi unit des fondations charitables, maladreries rurales et petits hôtels-Dieu, à des établissements plus importants107. Le roi se préoccupe également de la situation de communautés régulières. A la demande de l'assemblée du clergé de 1725, il institue par arrêt du Conseil du 19 avril 1727 la Commission des secours. Egalement appelée Commission pour le soulagement des communautés de filles, elle est chargée d'examiner la situation morale et financière des communautés religieuses féminines et de proposer des mesures au roi. 

 

L'enquête des commissaires sur le cas de Montdenis conduit à y interdire, par lettre de cachet du 5 mai 1732, la réception de nouvelles novices108. Toutefois, les difficultés subsistent. Des travaux avaient été entrepris à Crécy dès 1641, mais un siècle plus tard, en 1733, «… le peu de bâtiments dudit monastère a besoin de réparations considérables et pressantes …», et il y manque encore «… de beaucoup de choses nécessaires à une communauté régulière comme d'un chapitre, d'une infirmerie, d'un cloître …»109. Selon l'expert missionné pour évaluer l'état des bâtiments, le coût d'une éventuelle réparation est estimé à 9.000 livres et celui de la reconstruction complète à 50.000 livres.

 

Crécy 005

Rue du couvent et rue des Minimes à Crécy. En haut à droite, probablement la Grosse Tour. Plan de Crécy par Georges-Louis Le Rouge. 1778. BnF.

 

De plus, les ressources courantes du prieuré demeurent insuffisantes: «… la recette totale des revenus, tant fixes que viagers, ne monte qu'à cinq mille cent trente une livres, et les charges à deux mille sept cent vingt neuf, ensorte qu'il ne reste que la somme de deux mille quatre cent pour la nourriture des dix huit religieuses de chœur, sept converses et six domestiques, et pour les autres dépenses communes inévitables comme la réception des hôtes, l'entretien des meubles communs, les frais de maladie… »110 

 

Enfin, en 1733, le prieuré de Montdenis est encore chargé «… de cinq à six mille livres de dettes …», alors qu'une autre dette de 7.000 livres a été réglée grâce aux libéralités de l'évêque et des parents de la prieure Marie-Ulphe Bonnardy111.  

 

Malgré ces libéralités, malgré qu'on ait disposé des dots de quelques religieuses pour apurer une partie des dettes, malgré que la prieure ait affecté sa pension de 1.500 livres aux revenus du prieuré, l'état des finances de celui-ci paraît irrémédiablement compromis.

 

Réunion définitive de Montdenis à Noëfort.

Par lettre de cachet du 25 septembre 1733, il est enjoint aux religieuses de la Crèche de Jésus de «… se retirer incessamment dans tel monastère qui leur seroit indiqué par sadite Eminence (l'évêque de Meaux. NDR) ou ses vicaires généraux …»112. Cependant, si elles doivent toutes quitter le prieuré de Crécy, celui de Noëfort est dans l'incapacité de les accueillir toutes. 

Quartier-Saint-Nicolas.jpg 

Le prieuré de Noëfort est implanté dans le faubourg Saint-Nicolas. Ici au 19° siècle.

 

Toutefois, plusieurs d'entre elles ont déjà quitté Montdenis pour d'autres établissements113: la sœur de Castelneau "de sainte Batilde" est depuis plusieurs années au monastère de la Visitation-Sainte-Marie à Meaux, la sœur de Rise de Sainte Maure "de sainte Melchide" est depuis longtemps au monastère du Parc aux Dames à Auger-Saint-Vincent au diocèse de Senlis, la sœur de Reilhac "de sainte Félicité" est depuis plusieurs années à l'abbaye de la Barre à Château-Thierry au diocèse de Soissons.

 

Au cours des mois de janvier et février 1734, les autres religieuses, les converses et la prieure font part de leur choix à l'official de Meaux. La prieure Bonnardy, six religieuses de chœur et trois converses sont transférées à l'abbaye royale de Notre-Dame de Meaux, et une religieuse professe est transférée au monastère des Ursulines de Meaux114. Marie-Ulphe Bonnardy conserve le titre honoraire de prieure jusqu'à ce qu'elle devienne coadjutrice de l'abbesse de Notre-Dame de Meaux. Celles qui sont agrégées au prieuré du faubourg Saint-Nicolas de Meaux «… seront dispensées des austérités de la réforme pratiquée aud. monastère de Noëfort, en conséquence, elles pourront user du gras en commun au réfectoire, ainsi qu'il est d'usage pour les infirmes dud. monastère de Noëfort, elles ne seront tenues de se lever la nuit, ny de coucher sur la dure, ny de porter la serge, et useront sur ce des mitigations usitées audit Montdenis… », alors que les religieuses de Noëfort restent soumises à la rigueur extrême de la règle du Paraclet.

 

Notre dame du Marché

L'abbaye royale de Notre-Dame dans le Marché à Meaux. Atlas de Trudaine. Milieu du 18° siècle. BnF.

 

Tous les biens, titres et revenus de Montdenis sont réunis à ceux de Saint-Nicolas de Noëfort, à l'exception de la ferme du Hautoy à Voulangis, affectée à l'abbaye de Notre-Dame pour l'entretien des sœurs qui y sont transférées. 

 

Il est décidé de vendre «… la maison et l'enclos avec ses dépendances … ainsi que les meubles communs qui n'ont été portés en aucune des maisons de Noëfort et de Notre-Dame» pour l'apurement de dettes du prieuré. La chapelle et le cimetière sont «…conservés en état décent et sans prophanation», en attendant que l'évêque décide de leur conservation ou de leur destruction. Il s'agit là des bâtiments, de la chapelle et du cimetière situés à Crécy. Ce qui reste des édifices et des terres du prieuré à Sancy est conservé.

 

Le titre de prieuré de Montdenis est éteint.

 

Le domaine de l'ancien prieuré de Sancy converti en ferme.

Le domaine du prieuré à Sancy, une fois déserté par les religieuses en 1570, demeure néanmoins la propriété de la communauté. Bâtiments et terres sont certainement loués dès cette date, comme cela avait été le cas en 1487. Si on ne connaît pas de baux de fermage ou de location entre le deuxième abandon des lieux à Sancy et le départ de Crécy, les archives conservent deux baux de fermage du début du 18° siècle.

 

Montdenis Plan d'intendance a

Montdenis sur le plan d'Intendance de Sancy. Fin 18° siècle. ADSM.

 

Le 20 juillet 1735, par un bail faisant suite à celui qui avait été consenti en mai 1727 à son père, décédé depuis, la prieure de Noëfort loue à Michel Richard, pour une durée de neuf années et neuf dépouilles, la première intervenant en 1727, «… la maison et ferme de Montdenis, située en la paroisse de Sancy, consistante en logis manables, grange, coulombier au dessus du portail de ladite grange, écuries, toits à porcs, petite grange et autres logis, cours, clos, bois derrière, terres labourables et prez en dépendant, contenant le tout en fond de terre cent quatorze arpents quatre vingt seize perches trois quart de perche […] moyennant la quantité de treize septiers de bled mesure de Meaux, vanné et hottonné, et du meilleur, de celuy qui proviendra des récoltes desdites terres, et la somme de quatre cent cinquante livres en deniers …»115.

 

Par un bail signé le 18 mars 1769, la prieure de Noëfort loue à Etienne François Rossignol, pour une durée de neuf années et neuf dépouilles, la première intervenant en 1773, «une ferme appellée Montdenis située en la paroisse de Sancy en Brie consistante en logis, granges, colombier, écuries, cour, clos, et bois derrière ladite ferme, terres, prez et autres héritages en dépendant contenant le tout en fond de terre la quantité de cent vingt quatre arpents vingt huit perches trois quart de perche …». Le loyer annuel est de 1.200 livres, et 40 minots d'avoine, mesure de Meaux116.

 

Les malheurs de la ferme de Montdenis.

Le 20 septembre 1776, un incendie ravage une grande partie des bâtiments de la ferme: «la grange à bled de cinq travées et la grande bergerie de deux travées, plus la petite bergerie, les poullaillers et les deux toits à porcs qui étoient attenants de la grange à bled et de la grande bergerie, le colombier qui étoit audessus de la grande porte de la grange à bled, la grange à avoine d'une travée, une autre bergerie d'une travée, et l'étable à vaches de deux travées, tous lesquels bâtiments ont été  tellement embrasés qu'il n'en reste plus que les murailles, si ce n'est l'étable dont le plancher n'est pas tombé, mais dont la poutre s'est un peu brûlée par un bout, et aussi afin de réparer l'écurie attenant de ladite étable dont la couverture est environ à moitié découverte.»117. Les dégâts sont estimés à 2.000 livres.

 

Les religieuses rendent Etienne François Rossignol, le fermier, et ses parents, cautions, responsables «des pertes que ce feu a occasionné qui n'a pu être causé que par la faute ou négligence de ces fermiers ou de leurs domestiques dont ils sont responsables, ou enfin pouvoir avoir été mis par des personnes du dehors par esprit de vengeance, pour faits personnels arrivés entre eux et ces fermiers, soit par querelles, soit en leur refusant l'aumône et l'hospitalité ou autres faits dont les fermiers sont également responsables.»118 

 

Bien évidemment, l'incendie ayant éclaté après la récolte des foins et les moissons d'avoine et de blé, la plus grande partie des récoltes engrangées dans les bâtiments cette année-là est détruite, mettant le fermier dans l'incapacité d'acquitter le solde de son loyer (504 livres sur 1.200, et 40 minots d'avoine). Le fermier et ses parents font valoir que «le feu n'ayant point paru aux premiers instants dans l'intérieur de ladite ferme, et s'étant au contraire en premier lieu manifesté au dehors aux meules de bled qui étoient derrière la grange à bled d'où il s'est communiqué aux bâtiments de la ferme […] que ce feu n'a été mis par aucunes personnes de la ferme en ce qu'au moemnt qu'ils s'en sont apperçus, ils étoient à souper eux et leurs domestiques, qu'en fin il est certain qu'il a été mis par des personnes étrangères ...»119

 

Les religieuses acceptent de transiger, renoncent au solde du loyer de l'année précédente, aux indemnités pour la reconstruction des bâtiments, aux dommages et intérêts, et résilient le bail qui devait courir jusqu'à la récolte de 1782. En contrepartie, elles retrouvent la disposition immédiate des terres, prés et bois, tandis que le fermier abandonne tous ses droits découlant des labours, façons et amendements qu'il a effectués sur les terres, et des boutures qu'il a réalisées sur les bois taillis120.

Montdenis Plan d'intendance b

Montdenis sur le plan d'Intendance. Détail. Fin 18° siècle. ADSM. 

 

La propriété de Crécy occupée par les Minimes de Fublaines.

Dès de départ des religieuses, les Minimes demandent à être transférés dans les murs de l'ancien couvent bénédictin. Ils y sont autorisés par lettres patentes de janvier 1735. En 1740 a lieu la dédicace de leur église sous le titre de Saint-Pierre, ainsi que la translation des cendres de leur fondateur, le chanoine Pierre Poussemie121

 

Et …

En 1790, la ferme de Montdenis, qui appartient toujours à Noëfort, compte 124 arpents. Elle est vendue comme bien national le 12 octobre 1791. 

 

Les bâtiments du prieuré de Noëfort, au début du 20° siècle, abritent la Manutention des subsistances militaires. Après le 2ème guerre mondiale, on y installe le Dépôt central des archives de la justice militaire, puis l'ensemble passe à la Gendarmerie.

 

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La Manutention. Vue de l'entrée et de la cour de l'ancien prieuré de Noëfort.


A Sancy, la ferme exceptée, dont les bâtiments d'habitation sont de construction moderne, il ne subsiste rien de l'ancien prieuré.

 

Montdenis actuel 004

La ferme de Montdenis au 20° siècle. Dans l'angle en bas à droite, on distingue le Chemin Paré à travers les arbres.

 


Quelques religieuses de Montdenis.

Les archives et la littérature nous fournissent les noms et parfois quelques informations (statut, fonction, patronyme civil, nom en religion ...) sur des religieuses de Montdenis, principalement pour la période suivant l'installation du prieuré à Crécy. Elles sont ici classées par ordre chronologique. Nous en retrouvons certaines à plusieurs reprises. Des religieuses portent le même nom en religion. Les archives mentionnent ainsi deux sœurs "de Saint Bernard": l'une, citée en 1714 et 1734, est "au monde" Françoise Caron; l'autre, citée dans la correspondance de Bossuet entre 1692 et 1695, est "au monde" Catherine de Vaultier de Moyencourt (voir plus loin).

 

Entre 1176 et 1196

Marsilie, prieure122 .

 

1527.

Huberte de Melun, prieure123 

présente en 1497 au Paraclet lors du déplacement des corps des fondateurs de l'abbaye124, elle fut nommée en 1527 à Montdenis par Charlotte de Coligni, abbesse du Paraclet, puis à Saint Thomas de la Val, autre prieuré du diocèse de Sens dépendant du Paraclet, par Marie de Melun125.

 

1633.

Anne Moriau, prieure

fait rétablir le prieuré de Montdenis et le fait transférer à Crécy126.

 

1673.

Marguerite Burel "de Saint Antoine", novice127.

 

1675128.

Anne de Castille, prieure

1610-1693. Selon Toussaints du Plessis, elle fait partie de la Maison de Villemareuil, et est une ancienne chanoinesse régulière et professe de l'abbaye Saint Etienne de Reims (abbaye de chanoinesses régulières de saint Augustin)129. En fait, elle appartient à la branche de Montjeu de la famille de Castille, et non à la branche de Villemareuil: elle est la fille de Pierre de Castille, baron de Montjeu (frère de François de Castille, seigneur de Villemareuil) et de Charlotte Jeannin, et elle est religieuse au Pont aux Dames130. Elle est la cousine au second degré de Marie-Madeleine de Castille-Villemareuil, seconde épouse du surintendant des finances Nicolas Fouquet. Il est plus logique que soit nommée supérieure d'un prieuré bénédictin une religieuse issue de l'abbaye cistercienne du Pont aux Dames (branche de l'ordre bénédictin) plutôt qu'une ancienne chanoinesse régulière d'une abbaye augustinienne. Ses deux sœurs, Elisabeth et Angélique sont elles-mêmes religieuses au Pont aux Dames. Quoi qu'il en soit, elle tente, en vain, de soustraire le prieuré de Montdenis à l'autorité de l'évêque de Meaux131.

Anne Fillet "de Sainte Marthe", novice

Françoise Coru "de Saint Placide", novice de chœur132.

 

1693.

Marie-Françoise de Richelieu, prieure.

Née le 27 décembre 1655133 , elle est la fille de Jean-Baptiste-Amador Vignerot, marquis de Richelieu, et de Jeanne-Baptiste de Beauvais. Elle est aussi la petite nièce du cardinal de Richelieu, ministre de Louis XIII134. Ancienne professe de l'abbaye de Chelles. A son propos, le 8 juin 1690, Bossuet écrit à Madame d'Albert de Luynes, religieuse à l'abbaye de Jouarre: «J'ai vu, en passant à Chelles, madame de Richelieu: elle a de l'esprit; mais j'ai peine à croire que l'on confie l'abbaye de Jouarre à une si jeune religieuse135. Elle n'ira pas à Jouarre, mais à Montdenis. Elle abdique sa charge de Montdenis en 1709 pour prendre possession du prieuré de Noëfort136

 

1709.

Louise de Moucy, prieure.

Ancienne professe de l'abbaye de Chelles. Elle décède le 30 novembre 1725137. Fille de Pierre de Moucy, conseiller du roi et trésorier de France en Champagne, et de Louise de Maitz138. Trois de ses sœurs sont religieuses au couvent de Sainte-Marie de Chalons et une au couvent de la Saussaye à Villejuif.

 

1714139.

Dame Louise de Moucy, prieure

Margueritte Gagnyes "de la Présentation", sous-prieure

Catherine Roncin "de Saint François"

Françoise Coru "de Saint Placide

Elisabeth de la Chaussé "de Sainte Farre"

Jeanne Phlipot "de Saint Benoist"

Marie Fanier "de Sainte Gertrude", dépositaire

? de Castelleneau

Cette religieuse était peut-être apparentée à Marie-Ulphe Bonardy, prieure de Montdenis (voir plus loin), qui était la petite-fille de Jean-François de Roux et de Marguerite de Barras de Castelaut140

Anne Marguerite Girardin "de Saint Pierre"

Véronique Monin "de Sainte Flavie"

Anne Boullard "des Séraphins"

Jacqueline de … "de Saint Jean"

Margueritte Houdet "de Sainte Catherine"

Margueritte Bourdon "de Sainte Bertilde"

Catherine Fregeau "de Saint Antoine"

Béatrix du Rix "de Sainte Matilde"

Catherine Pezé "de Sainte Véronique"

Marie-Anne de la Motte "de Saint Augustin"

Françoise Caron "de Saint Bernard

fille de Jean-Antoine Caron, notaire au Châtelet de Paris, qui fut le mandataire des religieuses de Montdenis pour l'achat de la ferme de Montbénard à Maisoncelles en 1718. Il fit un contrat de profession pour sa fille le 03 juin 1697141.

Françoise de Reilhac "de Sainte Félicité"

Françoise Vaillant "de Saint Joseph"

? Blondet "de Sainte Marie"

? La Motte "de Saint Louis"

 

1718.

Denise Agnès Thierry "de Sainte Cécile", professe142.

 

1730143.

Marie de Bonardy, Dame et abbesse

Marie-Ulphe Bonnardy (de Bonardi), ancienne professe de l'abbaye de Chelles, prend possession du prieuré de Montdenis le 6 mai 1726144. Fille de Balthazar de Bonardi, auditeur à la Chambre des Comptes et de Anne de Roux de Seissat145.

Jeanne Philippot "de Saint Benoist" sous prieure

Catherine Ronsin "de Saint François"

Elisabeth Nivelle "de Sainte Farre"

Marie Anne Boullard "des Séraphins"

Marguerite Fanier "de Sainte Gertrude" dépositaire

Marguerite Bourdon "de Sainte Bertilde" sous dépositaire

«toutes religieuses, professes et discrètes de ladite abbaye»

 

1731146:

Très haute et discrète personne Madame de Bonnardy, abbesse

Jeanne Philippon "de Saint Benoist", sous prieure 

Elisabeth Nivelle "de Sainte Fare"

Marie-Anne Boullard "des Séraphins"

Marguerite Fanier "de Sainte Gertrude", dépositaire

? de Lamotte "Saint Louis" seconde dépositaire.

 

1734147:

Révérende mère Marie Ulphe Bonnardy, prieure,

(transférée à l'abbaye royale de Notre-Dame de Meaux, avec 6 professes et 6 converses)

? de Castelnau "de Sainte Batilde", professe,

à cette date, se trouve au monastère de la Visitation de Meaux depuis plusieurs années. Le roi l'a gratifiée d'une pension.

voir en 1714, ? de Castelleneau

? Menin "de Sainte Flavie", professe,

au monastère des Ursulines de Meaux

? de Rix de Sainte Maure "de Sainte Melchide", professe,

à cette date, se trouve depuis longtemps au monastère du Parc aux Dames, diocèse de Senlis148 . Le roi l'a gratifiée d'une pension.

? de Reilhac "de Sainte Félicité", professe,

depuis plusieurs années à l'abbaye de la Barre, diocèse de Soissons149 

? Raoul "de Sainte Victoire"

? Faviere "de Sainte Gertrude"

? Blondel "de Sainte Marie"

? Bourache "de Sainte Scholastique"

? Denis "de Saint Dominique"

? Ponroy "de Sainte Marthe"

? de Mareuil "de Saint Fiacre"

sœur "de Sainte Angélique"

Françoise Caron "de Saint Bernard"

sœur "de Saint Augustin"

sœur "de Sainte Catherine"

 

L'abbé Le Dieu et Marie-Françoise de Richelieu.

François Le Dieu, secrétaire de Bossuet de 1684 à 1704, visite le prieuré de Crécy à plusieurs reprises après le décès de l'évêque, et paraît se lier d'amitié avec Marie-Françoise de Richelieu. Il mentionne quelques visites dans son Journal, la première fois en date du 17 juin 1704, visite au cours de laquelle il parle de ses Mémoires à la prieure150. Un mois plus tard, il retourne lire ses Mémoires à la prieure qui les juge «…dignes d'être imprimées»151 . Le 8 août suivant «… j'ai été voir Mme de Richelieu, à Crécy, qui m'a reçu à merveille, me flattant encore beaucoup sur mes Mémoires.»152. Fin septembre, au Pont aux Dames où il est venu coucher, il demande des nouvelles de Mme de Richelieu «… à Crécy, où j'ai appris qu'elle se portoit fort mal153  

 

Ses visites s'espacent, et le 21 août 1705, «… je suis venu à Crécy voir Mme de Richelieu, qui m'a fort bien régalé à dîner et m'a fait aussi mille amitiés, m'invitant à l'aller voir plus souvent que je ne fais. Je suis revenu coucher à Meaux.»154. Puis, «Ce mercredi matin, 2 septembre, je suis parti du Pont pour aller dire la messe à Mont-Denis de Crécy, chez Mme de Richelieu, qui m'a retenu à dîner et régalé à l'ordinaire avec une politesse charmante. Mme Duhamel, native d'Amiens, religieuse de Longchamp, qui demeure à Mont-Denis, et a su gagner toute l'affection de Mme de Richelieu, est aussi une jeune personne de beaucoup d'esprit, d'une grande délicatesse et d'une piété exemplaire, qu'elle a su conserver avec tous les agréments de son sexe et de son âge. Mme de Richelieu me l'a fait connoître, et elle veut que je sois de ses amis, cherchant à retenir cette religieuse auprès d'elle par toute sorte de moyens.»155. Le 1er novembre 1705 «J'ai reçu une belle et longue lettre de Mme de Richelieu de Mont-Denis, dans laquelle elle se loue fort du prélat qui l'a fort bien traitée, et lui a accordé toutes ses demandes, et surtout de garder auprès d'elle Mme du Hamel; je l'en ai félicitée par une réponse expresse depuis quatre jours, avec un mot en particulier pour la jeune dame, sur son bonheur d'être assurée pour sa vie auprès de Mme de Richelieu156

 

En août 1706 «Lundi 23 août et mardi 24, voyage à Crécy, aux Pont-aux-Dames et à Coutevroust chez M. Morin. Bonne réception partout»157

 

En 1708 «Ce lundi donc, 9 mai 1708, j'ai été du matin à Crécy, où j'ai passé la journée chez Mme de Richelieu, qui m'a bien régalé à dîner, et la soirée, je l'ai passée à la mission, où M. Crespel, supérieur, m'a donné à souper et retenu à coucher.»158. «Ce jeudi 31 mai, voyage à Crécy, où j'ai trouvé Mme de Richelieu en parfaite santé, qui m'a fait, à son ordinaire, bonne réception, avec Melle du Plessis sa nièce, et Mme du Hamel, la cordelière de Longchamp, sa confidente, qui se porte aussi très bien159 

 

Le cas de la sœur "de Sainte Scholastique".

Le 28 novembre 1705, l'abbé Le Dieu, secrétaire de Bossuet, écrit dans son journal: « De son côté, M. de Meaux (l'évêque Bossuet. NDR) semble ne vouloir plus rien ménager à Sainte-Marie (monastère de la Visitation de Sainte-Marie au faubourg de Chaage. NDR); il avoit proposé à la mère Le Picart de recevoir dans son couvent une religieuse de Crécy, dite Sainte-Scolastique, que Mme de Richelieu a voulu éloigner; mais la mère Le Picart pria M. l'évêque de ne pas lui envoyer cette fille. Le prélat a fait dire à Mme de Noëfort de la recevoir; elle s'en est aussi excusée, priant M. l'évêque de se souvenir qu'il ne pouvoit pas user de son autorité envers elle, parce qu'elle se prétend soumise immédiatement à l'abbesse du Paraclet au diocèse de Troyes. Le prélat a donc pris son parti d'envoyer la fille de Crécy d'autorité à Sainte-Marie de Meaux, avec une obédience portant sèchement qu'elle y sera reçue, sans ajouter la formule de douceur et de politesse, de l'agrément de la supérieure: à quoi M. de Meaux ne manquoit jamais. En vertu de cette obédience, la religieuse est entrée à Sainte-Marie.»160  

 

L'abbé Le Dieu ne précise pas la raison pour laquelle la prieure de Montdenis souhaite éloigner la sœur "de sainte Scholastique", ni celle pour laquelle de la supérieure de Sainte-Marie refuse de la recevoir. Concernant cette dernière, on peut peut-être y voir la volonté de ne pas faire supporter à son monastère la charge de l'entretien de la sœur "de sainte Scholastique". En effet, on découvrira quelques mois après le décès de la mère Le Picart (survenu, justement, le 28 novembre 1705), que «l'état de la maison de Sainte-Marie de Meaux est à deux doigts de sa ruine […] Toute la politique de la mère Le Picart a été de cacher cette misère»161. Le prétexte avancé par la prieure de Noëfort pour refuser la religieuse nous rappelle la tentative d'Anne de Castille de se soustraire à l'autorité de l'évêque évoquée plus haut, et on peut noter que, si Montdenis est resté soumis au prélat, ce n'est apparemment pas le cas de Noëfort. Quoi qu'il en soit, on s'attendrait à voir la religieuse qu'on éloigne de Montdenis transférée à Noëfort, maison-mère de ce prieuré, plutôt que dans un établissement relevant d'un autre ordre.

 

Le cas de la sœur "de Saint Bernard".

Ce cas n'intéresse Montdenis qu'indirectement. Si l'on en croit la correspondance de Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, une religieuse de Faremoutiers, sœur "de Saint-Bernard", paraît lui avoir donné quelques soucis, ainsi qu'à ses supérieures, au point qu'il envisage de la transférer à Montdenis. Catherine de Vaultier de Moyencourt, sœur "de saint Bernard" en religion, et fille de Charles de Vaultier de Moyencourt, maître d'hôtel du roi et lieutenant de sa capitainerie de Saint-Germain-en-Laye, et de Jeanne de Chaillou, a fait profession le 15 septembre 1669 à 18 ans. Sa famille avait acquis la seigneurie de Guérard au 17° siècle avant de la revendre162, et un petit-neveu, en 1731, se dit encore "seigneur de Moyencourt, baron de Guerard, Rully (sans doute Rouilly. NDR), Lumières et autres lieux"163. Charles-Auguste d'Allonville, marquis de Louville, dont il sera question plus loin, est son neveu164.

Faremoutiers Cassini

Faremoutiers, Crécy, Montdenis. Carte de Cassini, milieu du 18° siècle.

 

Bossuet mentionne pour la première fois la sœur "de saint Bernard" dans une lettre qu'il adresse le 22 décembre 1692 à madame de Beringhen, abbesse de Faremoutiers: «Vous pouvez, Madame, faire confesser la communauté par le père vicaire des Capucins de Coulommiers. A l'égard des confesseurs que demande ma sœur de Saint-Bernard, je les lui accorde avec peine; car une personne qui a été si long-temps sans s'approcher des sacremens, devroit être mise en d'autres mains que celles d'un vieillard si occupé, et d'un Cordelier qu'on ne connoït pas. Cependant, Madame, comme tout le monde est occupé en ce saint temps, et que je serois fâché de le lui voir passer sans faire son devoir, je lui accorde ce qu'elle souhaite, et je lui conseille le Cordelier, qui aura plus de loisir, plutôt que le curé qui n'en a point…»165 

 

Le 23 décembre 1693, l'évêque écrit à l'abbesse, madame de Beringhen: «Vous avez parlé dignement à madame Saint-Bernard: mesdames de Luynes ont fait ce qu'elles pouvaient pour l'apaiser, et plus même que je n'eusse voulu. Quand on m'a entretenu de cette affaire à Jouarre, j'ai répondu en trois mots que les choses en étoient venues à un point, que c'eût été autoriser la désobéissance que de la dissimuler dans une visite qui arrivoit dans ce temps-là même.»166 

 

Le 15 février 1694, toujours à l'abbesse de Faremoutiers, il écrit: «Je prie Dieu sans cesse qu'il vous comble de ses grâces: elles sont bien nécessaires pour détruire cet esprit de raillerie que madame Saint-Bernard excite dans votre maison: c'est le pire de tous les esprits, et il faudra plus que toutes choses chercher le moyen de le déraciner167 

 

Faremoutiers 001

 

Le 24 juillet 1694: «A peu près enc même temps que j'ai reçu votre lettre du 23 juin, j'en reçus une en forme de justification de Mme de Saint-Bernard. Elle déguise un peu le fait; mais il y en a assez dans ce qu'elle dit pour lui donner un grand tort. Je ne lui ai point encore fait de réponse, et je n'en ferai point que je n'aie parlé à M. de Louville. Il faut tâcher de vous en défaire, et j'espère dans peu que tout s'y disposera doucement»168 .

 

Le 30 juillet 1694, la sœur ayant choisi d'être tranférée à Montdenis: «J'ai, madame, entretenu M. de Louville, et il me paroit que tout se dispose à consentir à la retraite, pour un temps, de madame de Saint-Bernard. On la propose pour deux ans: il faut l'accepter pour cela; parcequ'après nous ne manquerons pas de raisons pour proroger l'obédience. Je lui dis qu'elle comptoit sur deux cents livres de pension de sa famille, et qu'il faudroit tâcher de porter le monastère à faire le reste. Il répliqua que c'étoit bien peu, de ne faire à Farmoutiers que cent livres pour une fille qui avoit apporté huit mille livres. Je ne poussai pas plus avant. Afin de vous tout dire en une fois, elle propose le monastère de Montdenis, où est mademoiselle Nisard, en s'expliquant bien fortement que ce n'est pas pour l'amour d'elle, mais par la facilité qu'elle a trouvée du côté de madame de Richelieu. Régulièrement, il faudroit un monastère de même observance : mais comme on seroit long-temps à en chercher, je ne m'éloignerois pas de celui-là: je le puis permettre à cause des infirmités de madame de Saint-Bernard, ne s'agissant de le faire que pour un temps. Notre véritable motif, qui est de nous défaire au plus tôt d'un esprit très dangereux, est très légitime. Je n'ai pourtant voulu m'engager à rien sans savoir votre sentiment: ainsi je ne m'explique de rien qu'en général dans la lettre que j'écris à madame de Saint-Bernard. Vous lui pourrez dire ce que vous voudrez sur ce que j'ai l'honneur de vous écrire…»169 

 

Lettre du 6 août 1694: «J'aurais souhaité comme vous, Madame, que Mme de Saint-Bernard eût choisi un autre monastère que celui de Mont-Denis: mais j'ai été au plus court, et votre décharge m'a plus occupé que tout le reste. Ainsi, comme le reste ferait traîner la négociation, je persiste de mon côté; mais je vous laisse votre liberté toute entière. Si vous consentez à Mont-Denis, vous n'aurez qu'à lui rendre ma lettre, et lui dire que depuis, j'ai donné mon consentement, à condition du vôtre, selon ma coutume. Je prendrai les meilleures mesures qu'il se pourra du côté de Mont-Denis. Quoi qu'il en soit, elle sera hors de chez vous, et sa famille prendra des mesures pour l'établir ailleurs, que je favoriserai de tout mon pouvoir. Je ne vois à présent rien de meilleur.»170. Ainsi, sans enthousiasme, Bossuet choisit d'exiler la religieuse à Montdenis.

 

Lettre du 12 août 1694: «Je ne doute point, Madame, que la famille de Mme de Saint-Bernard n'ait des vues pour lui procurer quelque bénéfice; mais ces choses durent longtemps avant que d'éclore: ainsi le remède est bien long. Pour moi, je souhaite qu'elle pense à une autre maison plus éloignée et plus régulière, mais, s'il ne s'en trouve point d'autre, je persiste à croire qu'il est mieux de l'avoir dehors que dedans. Il est plus aisé d'empêcher les lettres que les discours et les exemples; et on peut prendre des mesures pour rendre l'écriture plus rare et plus difficile. Après cela, Madame, vous ferez par prudence ce que vous trouverez de plus à propos.»171 

 

1698_-_Jacques-Benigne_Bossuet_-Florence-.jpg

Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux.

 

Lettre du 5 novembre 1694: « … Mme de Saint-Bernard m'écrit sur le refus de Mont-Denis, dont elle se plaint beaucoup. Je lui fais connaître nos raisons, et je l'exhorte à penser à une autre retraite172. Bossuet est revenu sur le choix de Montdenis. On en ignore malheureusement la raison. Peut-être est-ce parce que l'observance y est moins sévère qu'à Faremoutiers.

 

Non contente de manifester cet esprit de raillerie qui conduit sa supérieure et l'évêque à chercher à l'éloigner, la sœur, comme en décembre 1692, choisit un confesseur qui ne convient pas à l'évêque: «Je vous avoue, madame, que j'ai beaucoup de peine à remettre la conscience de madame de Saint-Bernard à ce vieillard; et c'est parce que je ne puis me déterminer à cela, que j'ai tant tardé à faire réponse. Où va-t-on chercher ce bon homme pour lui faire une confession générale? Je ne puis, madame, y consentir, et je vous prie qu'on me demande tout autre confesseur […] Je vous prie, madame, de faire tout votre possible pour faire choisir un  autre confesseur à madame de Saint-Bernard. Il n'y a qu'un seul cas qui puisse mettre ma conscience en repos sur cela; c'est, madame, si l'on ne pouvoit absolument en venir à bout: auquel cas il vaudroit mieux se confesser à ce bon homme, que de ne se confesser point du tout; et je vous envoie une permission dont je vous prie de n'user qu'en cas que vous ne puissiez faire autrement; car en vérité il nous faut une autre tête que celle-là »173.

 

Le 15 mars 1695: «Si madame de Saint-Bernard vouloit sérieusement se donner à Dieu, elle choisiroit un confesseur plus vigoureux qu'un vieillard de cent ans, qui n'a pas assez de fermeté pour conduire sa famille, et réprimer les brutaux emportements d'un neveu qu'il a fait curé. Le curé de Dammartin nous accommoderoit mieux; ou enfin quelqu'un qui sût un peu prendre d'autorité et lui faire connoître le mal de l'esprit railleur qui la possède»174

 

On n'en sait pas plus sur cette affaire, la correspondance de Bossuet n'y fait pas davantage allusion. 

 

 

Notes de renvoi.

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99. Mémoires des intendants sur les Généralités. Tome I Mémoire de la Généralité de Paris, publié par A.M. de Boislile. Paris, Imprimerie Nationale, 1881. Page 85.

 100. Ibid.

 101. Sentence de l'official de Meaux etc. 13 mars 1734. ADSM. H621

 102. Domaine du prieuré de Montdenis. Ordonnance royale du 4 août 1714 portant annulation du contrat de vente et restitution de la ferme de la Ronce. ADSM H622

 103. Ibid.

 104. Domaine du prieuré de Montdenis. Achat de la ferme de Montbénard. 22 décembre 1718. ADSM cote H 622

 105. Domaine du prieuré de Montdenis. Bail de la ferme de Montbénard. 19 octobre 1730. ADSM cote H 622

 106. Sentence de l'official de Meaux etc. 13 mars 1734. ADSM. H621

 107. Didier Lebègue. L'hôtel-Dieu de Lihou, la maladrerie de Coulommes. Il était une fois Boutigny n° 1. Mai 2010. Page 55.

 108. Sentence de l'official de Meaux etc. 13 mars 1734. ADSM. H621

 109. Ibid.

 110. Ibid.

 111. Ibid.

 112. Ibid.

 113. Ibid.

 114. Ibid.

 115. Domaine du prieuré de Montdenis. Transfert du bail de la ferme de Montdenis de défunt Michel Richard à son fils. 20 juillet 1735. ADSM cote Hh622

 116. Domaine du prieuré de Montdenis. Transaction du 4 octobre 1777 entre la prieure de Noëfort et Etienne François Rossignol, fermier. ADSM. Cote H622.

 117. Domaine du prieuré de Montdenis. Transaction du 4 octobre 1777 entre la prieure de Noëfort et Etienne François Rossignol, fermier. ADSM. Cote H622.

 118. Ibid.

 119. Ibid.

 120.Ibid.

 121. Th. Lhuillier. Crécy-en-Brie. Notice historique et état du domaine au XVIII° siècle. 1867. Page 31.

 122. T. du Plessis. op. cit. Tome II page 65.

 123. de Courcelles. Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, etc. Tome V. Paris. 1825. page 38.

 124 M. Champollion-Figeac. Documents historiques inédits etc. Tome I. Firmin Didot. Paris. 1841. page 9.

 125. Louis Moréri. Le grand dictionnaire historique etc. Tome X. Paris. 1759. page 45

 126. T. du Plessis. Tome II, pièces justificatives. page 355

 127. T. du Plessis. Tome II. Pièces justificatives. pages 399 et s.

 128. Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France. Tome IV. Arrêt rendu au Parlement de Paris le 8 août 1678. Paris. 1716. col. 1790 & s.

 129. T. du Plessis. Tome I. Op. cit. page 447

 130http://www.famillesparisiennes.org/public/ordinis/castille.html

 131. Recueil des actes … concernant le clergé de France. Tome IV. Paris. 1716. colonnes 1790 et s.

 132. T. du Plessis.  Tome II. Pièces justificatives  pages 399 et s.

 133. M. de Boislisle. Mémoire des intendants sur l'Etat des Généralités , etc. Tome I. Paris. Imprimerie Nationale. 1881. page 85, note 7.

 134. Louis Moréri. Le grand dictionnaire historique, etc. Tome X. Paris. 1759. page 611

 135. Bossuet. Œuvres. Lebel. Versailles. 1818. Tome XXXIX. Page 8.

 136. T. du Plessis.  Tome I. Op. cit. page 447

 137. T. du Plessis.  Tome I. Op. cit. page 447

 138. site http://www.famillesparisiennes.org/public/jlm/j17ccastagnere.html

 139. Domaine du prieuré de Montdenis. Acte notarié. 1714  ADSM. cote H 622

 140. Jean-Balthazar de Bonardi du Ménisl. Mémoires (1760-1820). Librairie Honoré Champion. Paris 2001. page 18 note 2.

 141. site http://www.lemarois.com/jlm/data/n11savalette.html

 142. Domaine du prieuré de Montdenis. Acquisition de la ferme de Montbénard. 22 décembre 1718. ADSM cote H 622.

 143. Domaine du prieuré de Montdenis. Déclaration de la ferme de Mont Bénard. 19 octobre 1730. ADSM. domaine du prieuré de Montdenis. cote H 622

 144. T. du Plessis. Tome I. Op. cit. page 447

 145. Jean-Balthazar de Bonardi du Ménisl. Mémoires (1760-1820). Librairie Honoré Champion. Paris 2001. page 18 note 2.

 146. Domaine du prieuré de Montdenis. Déclaration au terrier de Guérard. ADSM. cote H622. 1731.

 147. Sentence de l'official de Meaux etc. 13 mars 1734. ADSM. cote H 621.

 148. à Auger-Saint-Vincent

 149. à Château-Thierry

 150. François Le Dieu. Mémoires et journal sur la vie et les ouvrages de Bossuet. Didier. Paris. 1857. Volume III. Pages 122 & 123.

 151. Ibid. page 128

 152. Ibid. page 143

 153. Ibid. page 174

 154. Ibid. page 278

 155. ibid. page 291.

 156. Ibid. page 314

 157. Ibid. page 433

 158. Fr. Le Dieu. Mémoires et journal etc. Volume IV. Page 102

 159. Ibid. page 176

 160. François Le Dieu. Mémoires et journal etc. Vol. III. Pages 336-337 

 161. Ibid. page 346

 162. Maurice Pignard-Péguet. Histoire générale illustrée de Seine-et-Marne. Gout. Orléans. 1911. Page 258

 163. contrat de mariage Vaultier/Bechameil. Maître Bois, notaire. 5 décembre 1731

 164. Ch. Urbain & E. Levesque. Correspondance de Bossuet. V. Hachette. Paris. 1912. Page 280

 165. Ibid.

 166. Œuvres complètes de Bossuet. Lefevre. Paris. 1836. page 610

 167. Ibid. page 611

 168. Ch. Urbain & E. Levesque. VI Op. cit. page 362

 169. Ibid.

 170. Ibid. page 380

 171. Ibid. pages 390-391

 172. Ibid. page 468

 173. Ibid. pages 34-35

 174. Ch. Urbain & E. Levesque. VII Op. cit. pages 40-41

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