5 articles avec monuments - edifices

le presbytère de Coulommes 4ème partie

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La loi du 9 décembre 1905 portant séparation des Eglises et de l'Etat se substitue au concordat de 1801. Le presbytère de Coulommes, propriété de la commune depuis 1820, n'est pas concerné par la mesure de confiscation des biens mobiliers et immobiliers de l'Eglise induite par cette loi. Le curé desservant, bien que ne résidant plus à Coulommes, a conservé jusqu'alors la jouissance gratuite du presbytère. Sans doute l'utilise-t-il quand il vient officier à Coulommes. Cette jouissance gratuite cesse le 13 décembre 1905, et du fait que le desservant ne réside plus sur place, la dévolution de cet édifice à l'association cultuelle qui remplace l'ancienne fabrique ne s'impose pas. Début 1907, la municipalité envisage de louer l'édifice moyennant 25 francs annuels, mais le préfet de Seine-et-Marne s'y oppose au motif que sa valeur locative est de 130 francs.

 

Finalement, en novembre 1907, la municipalité se résout à mettre l'édifice en vente et informe la population de l'ouverture d'une enquête publique.


mise en vente 1907

Affiche annonçant la mise en vente du presbytère (1907).

Archives départementales de Seine-at-Marne.

 

C'est Alfred BÉGAT (surnommé "Casse-carreaux"), aubergiste et distillateur qui achète l'ancien presbytère. C'est certainement le genre d'activités «pouvant troubler le déroulement des offices» que la municipalité  de 1820 souhaitait ne pas voir s'établir à cet endroit. Mais plus de 80 ans sont passés, ainsi que des idées républicaines et passablement anticléricales... Alfred BÉGAT installe même son alambic dans l'ancienne maison du curé. Et il fait construire, dans le jardin, la maison qui se trouve actuellement à l'angle de la Grande Rue et de la Place de l'Eglise. C'est là qu'Alfred BÉGAT exerce son activité jusque dans les années 1940. Leur fille unique étant décédée jeune, Alfred BÉGAT et son épouse ne laissent aucun héritier, et l'ensemble revient à l'Etat qui le met à la disposition de la commune.


pignon b

Sur cette carte postale, on voit le pignon du presbytère et la porte d'accès à son jardin.

 

Grâce à deux cartes postales, nous disposons d'images partielles de l'ancien presbytère. Sur l'une, qui représente l'église vue depuis la rue de Glatigny, on distingue seulement son pignon. Sur l'autre, qui représente l'église vue depuis l'entrée de la rue de Courcelles, on voit la grange qui abritait un cellier et une écurie, ainsi que la toiture de la partie "habitation". A la pointe formée par l'angle de la Place de l'église et une cour commune, on voit aussi un cabanon, certainement construit après 1820, et qui appartient encore de nos jours à la commune. En 1907, il a été démembré du reste de la propriété et, remanié, il a été transformé en poste de police. A ce titre, il a surtout servi de cellule de dégrisement. Aujourd'hui, toujours propriété de la commune, il est désaffecté.


avant après b

En haut, sur cette carte postale des années 1900, on voit au premier plan un petit cabanon formant pointe. Sur le cliché du bas (2001), on voit qu'il a été agrandi (et converti en "poste de police"). Au 2ème plan, la "grange abritant cellier et écurie" a disparu, ainsi que le presbytère lui-même dont on aperçoit la toiture au 3ème plan sur la carte postale de 1900 (par-dessus cette toiture, on devine la pointe du colombier de la grande ferme).

 

La maison BÉGAT, demeurée inoccupée, l'ancien presbytère et la grange commencèrent à se dégrader. Dans les années 1980, la grange avait disparu, et il ne subsistait de l'ancien presbytère que le bas du mur-pignon du côté de l'église, ainsi que quelques poutres du plancher de l'étage. Ultime vestige, un mur qui clôturait le jardin et les bâtiments et comportait une porte d'entrée sur le jardin. Cette porte a été murée, mais on en voit toujours l'emplacement. 


ancienne porte b

Vestige de l'ancien presbytère, la trace de la porte d'accès au jardin, aujourd'hui murée.

 

La municipalité, aux fins d'équiper la commune d'une salle des fêtes, propose à M. MAILLARD de Bouleurs d'échanger l'ensemble "café BÉGAT + terrain + ruine du presbytère" contre un bâtiment sur la rue de Glatigny, qu'elle aménage en foyer polyvalent. Le nouveau propriétaire de l'ancien presbytère, devant le danger que constitue la ruine, finit de la mettre à bas.


vue aérienne b

Sur cette vue aérienne (années 1970), le flèche de droite pointe le mur-pignon côté rue et les poutres qui soutenaient le plancher de l'étage. La flèche de gauche pointe un mur de l'ancienne grange encore debout.

 

En 1999, l'ancien café, lui, retrouve sa fonction le temps du tournage du téléfilm de Nadine TRINTIGNANT "Victoire ou la douleur des femmes", pour lequel il sert de décor.

 

Begat-Victoire.JPG

Pour les besoins du tournage de la série TV "Victoire ou la douleur des femmes, les décorateurs ont redonné vie à l'ancien café BÉGAT.

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le presbytère de Coulommes 3ème partie

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Une affiche manuscrite, conservée aux Archives Départementales, nous apprend qu'en décembre 1820, une enquête de commodo et incommodo invite les habitants de Coulommes à venir exprimer leur avis sur l'achat de l'ancien presbytère par la commune. Maître BERTHAULT, notaire royal à Couilly, "qui fera annoncer son arrivée au son de la caisse", recevra les déclarations des habitants en la maison de monsieur Jean Baptiste GUAY demeurant Grande Rue, laquelle maison a été jugée plus commode que la mairie pour cette circonstance. On a jugé aussi plus convenable de faire réaliser cette enquête - et certainement la vente proprement dite - par un notaire d'une autre commune. C'est, qu'en effet, il y a un notaire à Coulommes, Pierre Gilbert GALLAYX, qui est aussi premier magistrat de la commune. On a donc certainement cherché à éviter les soupçons de forfaiture, voire de concussion...

 

affiche 1820

Affiche annonçant l'enquête de commodo et incommodo (1820).

Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

En 1820, l'ancien presbytère est la propriété de la Comtesse de SAINT CHAMANS qui se propose de le vendre à la commune de Coulommes pour y loger le prêtre desservant. Quand et comment est-il passé du patrimoine de Nicolas TRONCHON à celui de la comtesse? Cette comtesse de SAINT CHAMANS n'est pas une inconnue pour le village. En effet, il s'agit de Françoise Marguerite BOULA de Montgodefroy, fille d'Antoine François BOULA de Montgodefroy et petite fille de François BOULA de Quincy qui, avant la Révolution et l'abolition des privilèges, furent seigneurs des terres de Coulommes et en conservèrent ensuite la propriété de la plus grande partie. Veuve, Françoise Marguerite a épousé en secondes noces Antoine Marie Hippolyte de SAINT CHAMANS le 12 juillet 1791. 

 

En 1820, elle cède donc cette maison, qui, à cette époque, ne sert plus de presbytère, moyennant une somme de 4.400 francs, payable par la municipalité en 4 termes annuels de 1.100 francs sans intérêts. Le dernier terme sera réglé entre les mains des héritiers de la comtesse, celle-ci étant décédée entre temps. Au nombre de ces héritiers se trouve sa petite fille, Ange Louise Paule de QUENGO, comtesse de CRENOLLE, que nous aurons l'occasion de rencontrer de nouveau dans l'histoire de Coulommes. 

 

Au cours de l'enquête, on fait valoir que le futur presbytère est une maison proche de l'église, séparée de toutes autres maisons, et n'ayant aucune communication avec les voisins, et, qu'en l'achetant, la commune évite qu'elle soit acquise par des personnes dont les activités pourraient troubler le déroulement des offices. On se demande quelles activités, selon la municipalité, seraient susceptibles de troubler les offices... une auberge, un cabaret?

 

plan de situation 1820

Plan de masse du presbytère et des parcelles attenantes (1820).

Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

Sept habitants viendront manifester leur approbation: Jean DELIGNY et Jean François LEROY, cultivateurs, Pierre Gilbert HOUDART, charron, Jean Baptiste GUAY, lieutenant en retraite, Georges MARNIESSE, maréchal ferrant, Jean François GIBERT, maçon et Claude PESTAIL, boucher. On retrouvera plus tard quelques uns de ces noms dans le conseil de fabrique de la paroisse et sur une cloche installée dans le nouveau clocher bâti en 1865.

 

Les Archives Départementales conservent aussi un plan de cette époque, qui nous permet de mieux imaginer la disposition du presbytère. Tout d'abord, il faut remarquer qu'il ne se compose plus que d'une maison d'habitation et d'une annexe servant de bûcher et de cellier, avec un jardin et une cour séparant les deux bâtiments. Le "bûcher-cellier" correspond certainement à la "grange de deux petites travées ... dans laquelle il y a une écurie et un cellier" mentionnée dans l'acte de vente de 1796. Mais plus de "petit colombier avec toit à porc en dessous", ni de "hangar couvert en paille, attenant au colombier". Le plan nous montre que les pignons de l'habitation se trouvent à l'ouest et à l'est, les façades (les costières mentionnées par le curé THURET en 1729) au nord et au sud. Toutes les pièces ont au moins une fenêtre sur la façade exposée au sud, pour bénéficier de la lumière du soleil, et toutes ont une cheminée. Au rez de chaussée, il y a une entrée côté jardin, et une autre côté cour. Le terrain contigu au presbytère appartient à Jean Louis RÉGNIER, garde champêtre de Coulommes de 1814 à 1836.

 

plan 1820

Plan du rez de chaussée et de l'étage du presbytère (1820).

Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

Comme à l'époque Du curé Alexis THURET, on peut se demander où habitait le prêtre desservant entre 1803, date du retour d'un curé dans la paroisse, et 1820, date à laquelle on redonne à l'ancien presbytère sa fonction initiale. On ne sait pas non plus si la comtesse de SAINT CHAMANS logeait quelqu'un dans l'ancienne maison curiale.

 

Après Claude BIENFAIT, la paroisse sera desservie par Pierre JOUMARD puis par Jean-Pierre Simon TERTEREAU. En 1868, ce dernier, en charge de la paroisse de Coulommes depuis 1836 environ, devient titulaire de celle de Vaucourtois. La famille OUDOT, après avoir obtenu l'érection en paroisse de la simple succursale qu'était Vaucourtois, y a fait bâtir un presbytère moderne et y attire le curé TERTEREAU; Celui-ci ne dessert plus alors l'église de Coulommes que secondairement. En 1899, c'est le curé CHARPIGNON, de Bouleurs, qui dessert Coulommes. Le presbytère de Coulommes n'est donc plus habité par un prêtre à partir de 1868. 

 

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le presbytère de Coulommes 2ème partie

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La Terreur et les persécutions religieuses déciment le clergé. Certains prêtres réfractaires à la Constitution civile du clergé refusent de prêter le serment de fidélité que l'Assemblée exige d'eux. Ils sont démis. C'est le cas de Jacques Marie CAPY. D'autres, bien qu'ils aient accepté de prêter ce serment, restent suspects aux yeux des républicains les plus extrémistes, et finissent par abandonner leur sacerdoce. C'est le cas de Nicolas Elie DORIVAL, successeur de Jacques Marie CAPY à Coulommes. En 1793, l'église de Coulommes n'a plus de prêtre desservant et le presbytère n'est probablement plus occupé.

 

constitution civile du clergé

Des citoyens "aident" leur curé à prêter serment à la constitution civile du clergé.

 

En novembre 1789, l'Assemblée Nationale a décrété la mise à la disposition de la Nation des biens de l'Eglise, et ceux-ci sont progressivement mis en vente. La vente du presbytère de Coulommes a lieu le 5 vendémiaire de l'an V de la République (c'est à dire le 26 septembre 1796 "ancien style"). A cette date, la maison curiale, comme on l'appelle aussi, dépend de la fabrique de l'église (il s'agit des biens appartenant à une église paroissiale, administrés par un conseil de fabrique composé de paroissiens généralement élus et présidé par un marguillier). Après le décès du curé THURET en 1756, le presbytère a donc été dévolu à la fabrique. Des terres, appartenant elles aussi à la fabrique, seront vendues au même acheteur un mois plus tard. 

 

L'acte de vente, conservé au Archives Départementales, est plus détaillé que l'acte de naissance du presbytère:

«Le cinq vendémiaire l'an cinq de la République française une et indivisible.

Vente du presbytère et dépendances provenant de la ci-devant fabrique de Coulomme.

Au citoyen Nicolas Tronchon cultivateur demeurant à Fosse Martin, commune de Bez canton d'Acy département d'Oise.

Ci-devant presbytère de la commune de Coulommes, canton de Crécy, ancien District de Meaux, avec toutes se dépendances, consistant en

Premièrement au principal corps de logis composé d'un vestibule dans lequel se trouve escalier, à droite une salle à cheminée, à gauche une autre salle aussi à cheminée, attenant une cuisine, un four qui est par dehors; au premier étage trois pièces dont deux à feu et un cabinet; au-dessus deux greniers couverts en tuile.

2è attenant une grange de deux petites travées couverte en tuile dans laquelle il y a une écurie et un cellier.

3è en retour un petit colombier aussi couvert en tuile avec toit à porc dessous.

4è attenant au colombier un hangar couvert en paille.

5è une cour dans laquelle est un cabinet d'aisance couvert en tuile.

6è un jardin potager garni d'arbres en espalier.

Ces bâtiments, cour et jardin contenant vingt huit perches ou environ, mesure d'ordonnance, attenant au levant à la rue de Courcelles, au midi à la Grande rue, au couchant à la ruelle qui conduit à la grange des dîmes, et au nord à la place.

7è en outre une grange de quatre travées servant ci-devant de grange es dîmes appartenant au ci-devant Chapitre de Meaux comme décimateur par indivis avec le curé, et une place attenant d'environ cinq perches mesure d'ordonnance, tenant au levant à la ruelle, au midi à la Grande rue au couchant et au nord au C. Roze.

prix: 2.880 livres.»

 

Ce document énumère plus complètement les différentes pièces et éléments composant le logement du prêtre desservant: vestibule, escalier, salles, cuisine, cabinet, grenier; et même certains équipements: salles ou pièces à feu, c'est à dire avec cheminée, et four. Il détaille des dépendances que le premier document ne mentionnait pas: grange contenant écurie et cellier, petit colombier avec toit à porc, hangar, cour avec cabinet d'aisance, jardin potager. Rien ne dit si les autres édifices ont été bâtis du temps d'Alexis THURET ou ultérieurement. Quoi qu'il en soit, comme on le voit, le curé dispose de tout ce qui, à l'époque, permet une vie confortable. Si on considère que la cure comporte également 16 arpents de terres labourables, clos, prés et vignes (6,6 hectares) et procure en 1790 un revenu annuel de 1.200 livres (66 ans plus tôt, le gros œuvre du presbytère avait coûté 500 livres au curé), on peut dire que la paroisse de Coulommes, pour modeste qu'elle soit, n'est certes pas désagréable pour son desservant, sur le plan temporel tout au moins...


 plan Quincy b

Sur ce plan-terrier de la famille Boula de Quincy (1754), on distingue le presbytère face à l'entrée de l'église Saint-Laurent.

 

Notons que l'acte de vente inclut même la "grange es dimes", qui pourtant, appartient en partie au Chapitre de Saint Etienne de Meaux. Par ailleurs, il précise la situation topographique du presbytère dans le village: entre la rue de Courcelles, la Grande Rue, la ruelle de la Dimeresse et la place. En fait, pour transposer cette localisation dans les noms de voies actuelles, tout en se référant aux points cardinaux mentionnés, il faut lire "Place de l'Eglise" au lieu de rue de Courcelles, et rue de Courcelles au lieu de "la place". Il nous indique aussi la superficie couverte par ces bâtiments, cour et jardin: 28 perches ou environ, mesure d'ordonnance (aussi appelée mesure de Roy) ce qui représente donc un peu plus de 1.400 m². 

 

Enfin et surtout, cet acte de vente mentionne l'identité de l'acheteur, le "citoyen Nicolas Tronchon, cultivateur demeurant à Fosse Martin, commune de Rez canton d'Acy département d'Oise" (aujourd'hui Réez-Fosse-Martin). Pour qui connaît un peu l'histoire régionale, le nom de ce personnage doit évoquer quelque chose. A Meaux, une rue porte son nom, et son souvenir paraît être encore vivace, tant dans l'Oise où il vivait, que dans le Nord de la Seine et Marne.

 

Nicolas Charles TRONCHON, avocat au parlement en 1786, conseiller du roi à l'élection de Meaux et accessoirement receveur de la seigneurie de Bouillancy, posséde une ferme à Fosse-Martin.  En 1788, la récolte de blé a été très mauvaise, et des manœuvres spéculatives compromettent l'approvisionnement des marchés.  La disette menaçant, des troubles surviennent parmi la population. Nicolas TRONCHON, qui dispose alors d'importantes réserves, procure à un prix modéré tout le blé qui manque aux habitants de Meaux. Son geste lui vaut la gratitude de la municipalité qui fait frapper une médaille d'or en son honneur. Il est élu député de l'Oise à l'Assemblée Législative en 1791, et sera réélu pendant les Cent-Jours et sous la Restauration. Réformateur, plutôt que révolutionnaire, on connaît de lui des textes où il affiche des conceptions libérales.


 Nicolas TRONCHON

Nicolas Tronchon.

 

Bien que les deux transactions soient intervenues à un mois d'intervalle, on peut supposer que l'ancien presbytère et les terres de la fabrique composaient en quelque sorte un seul et même "lot". D'ailleurs, le prix de l'édifice représentait moins de 10% du total, et il est assez probable que Nicolas TRONCHON était surtout intéressé par la terre. Ces acquisitions constituaient sans doute des investissements fonciers pour ce "laboureur" fortuné. D'ailleurs, la suite tend à nous le confirmer.

 

En 1801, Bonaparte, Premier Consul, conclut avec le Pape Pie VII un Concordat qui reconnaît le catholicisme comme «la religion de la majorité des français». Le gouvernement nomme les évêques et les salarie, tout comme les curés. Cependant, ce n'est qu'en 1803 qu'un prêtre desservant est de nouveau affecté à Coulommes: c'est Claude BIENFAIT, ancien curé de Nanteuil lès Meaux, revenu d'exil à la fin des persécutions religieuses, qui est nommé à la paroisse.

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le presbytère de Coulommes 1ère partie

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Un des registres des baptêmes, mariages et sépultures de l'ancienne paroisse de Coulommes contient une curiosité. Sur la dernière page de l'année 1729 figure "l'acte de naissance" du presbytère de Coulommes. 

 

acte naissance 1729

Acte de naissance du presbytère de Coulommes.

Archives communales de Coulommes. Mairie de Coulommes.

Acte de naissance est le terme approprié, non seulement parce que ce texte figure bel et bien parmi les actes de baptêmes, mariages et décès de la paroisse, mais aussi parce que, comme vous pouvez le constater, par sa formulation, il s'agit véritablement d'une déclaration de naissance:

«Le Jeudi dix Septre. (sept) Mars mil sept cent vingt neuf (raturé) a été commencé Les deux travées du pbtre (presbytère) en neuf du côté de la Rue devant Leglise consistant en une cuisine chambre bafse (basse) et depance, les deux pignons et deux costieres, les deux chambres et grenier defsus (dessus), et acheves L'année Suivante, Le Tout des deniers et debourses de Messire alexis Thuret # ptre cy devant curé de Crepoil Lespace de Vingt cinq ans, et La Seconde année qu'il eft (est) curé en cette paroifse (paroisse); Pierre Gallippe Maçon et Jean Dumont charpentier, chacun en cette meme paroifse (paroisse) de Coulomme auxquels le d. P (le dit Père ou Prêtre?) curé a payé le mois deuc (deux) cent livres au d. (au dit) Gallippe pour les ouvrages de son métier et trois cent livres au d. (au dit) dumont pr~ (pour) la charpente qu'il a fourni pr~ le d. pbre (pour le dit presbytère) prians (priant) led. P (le dit Père ou Prêtre) Thuret Mrs Les curés ses Succefseurs (successeurs) de vouloir bien se fsouvenir deluy dans Leurs prières.

 

# ptre (prêtre) du diocèse de Soifsons (Soissons), natif de la paroifse (paroisse) de sommelan (Sommelans) proche Neüilly St front»

 

Cette mention figure dans l'exemplaire du registre paroissial conservé par la paroisse (aujourd'hui dans les archives de la commune de Coulommes). Elle n'a pas été recopiée dans l'exemplaire déposé au greffe du bailliage de Meaux (aujourd'hui aux Archives Départementales de Seine-et-Marne).

 

C'est donc Alexis THURET, curé de Coulommes en 1729, qui fait bâtir ce presbytère. Qui est-il? On sait très peu de choses à son sujet. Les Archives Départementales de l'Aisne conservent le registre paroissial de Sommelans où figure son acte de baptême:

«le 28me jour du mois d'Avril en lannée 1673, est venu au monde et le lendemain 29ème du mesme mois fust bapisé Alexis, fils légitime d'Alexis Thuret et de Marie Denise, ses père et mère, le parain fust Nicolas Canty qui a signé, la maène fust Marie Jobart quy a dit ne sçavoir signer de ce interpellé par moy soussigné.

N Jobart.»


acte de naissance Alexis Thuret b

 

Sommelans, aujourd'hui commune du département de l'Aisne, est alors une paroisse du diocèse de Soissons. Le père d'Alexis THURET, lui-même prénommé Alexis, est originaire de Dammard, paroisse voisine. On ignore sa profession. Le petit Alexis a une sœur aînée, Marguerite, née le 25 mars 1670 à Sommelans. On peut remarquer que la marraine porte le même nom que le curé de Sommelans, JOBART. Est-ce sa sœur ou sa mère? Un lien familial ou affectif existe-t-il entre la famille THURET et celle du curé JOBART, qui pourrait expliquer la vocation sacerdotale du jeune Alexis? Rien ne permet de l'affirmer. Alexis THURET père décède le 23 février 1675. Ses enfants ont respectivement 2 et 5 ans. 


Sommelans Cassini b

 

Le jeune Alexis THURET accède à la prêtrise dans le diocèse de Soissons (il le précise dans le texte ci-dessus). Sans doute y exerce-t-il quelques années comme vicaire ou curé, mais il n'a pas été possible de savoir où. Le diocèse de Meaux qui manque de vocations doit recruter des prêtres dans les diocèses voisins. C'est ainsi qu'en avril 1704, Alexis THURET devient, à 31 ans, curé de la paroisse de Crépoil (aujourd'hui hameau de la commune de Cocherel, proche de Lizy-sur-Ourcq). Il sera ensuite curé de Coulommes à partir de mai 1728. Il y exercera son ministère jusqu'au 1er avril 1756, date de son décès, et sera inhumé dans le cimetière contigu à l'église Saint Laurent. 

 

Crépoil Cassini b

 

L'acte de naissance du presbytère nous fournit une description schématique de l'édifice. Il se trouve "du côté de la rue devant l'église", et comporte deux travées, avec, évidemment, deux pignons et deux costières (c'est à dire des murs de façade). Au rez de chaussée, il comprend une cuisine, une chambre basse et depance (la depance ou despense était le lieu où on rangeait les provisions;  aujourd'hui on dirait un cellier), à l'étage, deux chambres, et un grenier au-dessus. L'acte de vente du presbytère pendant la Révolution nous en fournira une description plus précise.

 

La construction a commencé précisément le jeudi 17 mars 1729. Ici, le curé a marqué une hésitation et a raturé, rendant le chiffre barré et sa correction presque illisibles. Si on se fie au mois, au jour et à son quantième, la "bonne" année est bien 1729: c'est en 1729, que le 17 mars était un jeudi et non pas en 1728. De plus, 1729 est bien la 2ème année qu'Alexis THURET était curé de cette paroisse. La construction s'est achevée l'année suivante.

 

Alexis THURET nous fournit même le nom des artisans: le maçon Pierre GALIPPE (ce nom apparaît jusqu'au XXème siècle dans les registres de Coulommes) et le charpentier Jean DUMONT (on retrouve ce nom dans les communes environnantes, notamment à Boutigny), tous deux de la paroisse de Coulommes. Il nous précise le coût de la construction, du moins celui du gros œuvre: 200 livres pour le maçon, et 300 pour le charpentier, le tout payé des deniers personnels du maître d'œuvre.

 

Bien qu'il ne soit pas signé, il est certain que ce texte est écrit de la main même d'Alexis THURET: l'écriture n'est pas celle de Louis DIEU, le clerc paroissial, que l'on retrouve régulièrement dans le registre, mais elle est identique à celle de la mention «C. de Coulommes» que le curé appose généralement sous sa signature. 

 

Si ce texte nous apporte quelques informations (assez peu, tout compte fait), il suscite aussi un certain nombre d'interrogations. 

A qui appartient le terrain sur lequel est bâti le presbytère, au curé THURET, à la cure, à la fabrique, à un tiers? 

Existe-t-il d'autres dépendances (grange, écurie, pigeonnier...)? 

Quels sont la consistance et le coût du second œuvre (peinture, menuiserie, plâtres, huisseries,...)? 

Comment est meublée et équipée la maison curiale?

Existait-il un autre presbytère avant celui-ci? Si oui, pourquoi en construire un nouveau? Si non, où logeait le prêtre desservant?

 

Alexis THURET invite ses successeurs à se souvenir de lui dans leurs prières. Cela sous-entend qu'il compte leur léguer ce nouveau presbytère. De quelle manière, et à qui précisément: à la cure, à la fabrique, au diocèse, aux curés eux-mêmes, à ses héritiers, à charge pour eux d'y loger ses successeurs...? Ce texte ne nous éclaire pas sur ce point.


 Crépoil Cassini c

 

Avec quel argent Alexis THURET a-t-il financé la construction du presbytère de Coulommes? Avait-il une fortune personnelle ou des économies réalisées pendant son séjour à Crépoil? Cette paroisse ne procurait pas un gros revenu à ses desservants: les grosses et menues dîmes étaient partagées entre le couvent de Reuil, près de La-Ferté-sous-Jouarre, et l'abbaye de Chaâge à Meaux, le curé de la paroisse ne recevant que la portion congrue, fixée à 300 livres sous Louis XIV et jusqu'en 1786. La cure de Crépoil ne possédait que 6 arpents 60 perches de terres (contre 16 arpents à Coulommes). Les 500 livres, prix du gros-œuvre du presbytère, représentaient donc près de deux années de revenu de la cure de Crépoil... A l'époque de la construction du presbytère, François BOULA de Quincy, seigneur de Coulommes et propriétaire de la grande ferme, avait donné celle-ci à bail à Nicolas HÉBERT. Un compte de fermage établi en 1740, nous apprend que de 1729 à 1733, le fermier avait versé 200 livres par an au curé THURET, au nom et pour le compte de Mr BOULA. Quel était le motif d'une telle libéralité? Le compte de fermage ne le précise pas. Quoi qu'il en soit, en venant à Coulommes, Alexis THURET vit sans aucun doute son sort matériel et financier s'améliorer sensiblement, et on peut imaginer que l'augmentation de ses revenus l'aida grandement à régler le prix du presbytère.

 

Alexis THURET et ses successeurs (Jean Simon MARLIN de 1756 à 1783, et Jacques Marie CAPY de 1783 à 1791) occupent donc le presbytère sans qu'aucun événement notable ne vienne marquer son histoire jusqu'à la Révolution .

 

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La maladrerie de Coulommes

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Vers 1228, il y avait une maladrerie à Coulommes (ou léproserie, les deux termes sont équivalents). A cette époque, et depuis les XIème et XIIème siècles, de nombreuses  léproseries  sont  fondées dans le royaume de France et dans le comté de Champagne et de Brie. On peut en compter 28 dans l'ancien diocèse de Meaux, pourtant le moins vaste de la province ecclésiastique de Sens. Il faut distinguer les léproseries des hôtels-Dieu qui étaient destinés à assister de façon temporaire voyageurs et pèlerins malades ou dans le besoin. Longtemps, on a pensé que la fondation des léproseries avait suivi le retour d'Orient des croisés qui en avaient ramené la lèpre. Aujourd'hui, on sait que ce fléau sévissait dans nos contrées bien avant les croisades, et que la fondation de ces nombreuses maladreries relevait en fait d'un élan de charité.

Archidiaconé de France Archidiaconé de Brie
Meaux (Saint Lazare) Crécy en Brie
Villenoy (Venise) Couilly Pont aux Dames

Annet

Coulommes
Iverny La Celle sur Morin (Courtery)
Mitry Rozay
Saint-Mesmes (La Sablonière) Chailly en Brie

Trilbardou

La Ferté sous Jouarre
Dammartin en Goele Jouarre (ru de Verou)
Saint-Soupplets Sammeron
Nanteuil le Haudouin Boutigny (Le Bordel)
Chevreville Rebais

Oissery-Saint Pathus

 
Assy en Multien  
Le Plessis Placy (Beauval)  
Coulombs en Valois  
Lizy sur Ourcq  
May en Multien  

Maladreries dans l'ancien diocèse de Meaux.

 

Contrairement aux hôtels-Dieu (d'origine religieuse) qui étaient des lieux de passage (il en a existé un à Lihou, aujourd'hui hameau de Vaucourtois), les maladreries étaient des lieux de vie, où les malades séjournaient généralement jusqu'à leur décès. Comme leur nom l'indique, elles avaient été créées à l'origine pour héberger des personnes atteintes de la lèpre, affection très peu contagieuse mais particulièrement invalidante qui rendait les malades incapables de se procurer leur subsistance. La lèpre ayant peu à peu régressé et pratiquement disparu, ces établissements accueillirent aussi des personnes atteintes d'autres maladies chroniques. C'est ce qui explique que le terme maladrerie se soit progressivement substitué à celui de léproserie.

 

On sait très peu de choses sur l'établissement de Coulommes, et on ne peut que supposer qu'il fonctionnait comme d'autres, mieux connus, tel celui de Meaux par exemple. On remarque notamment qu'il se trouvait sur une voie de communication importante, le Chemin Paré. Si les soins aux malades y étaient assurés par des religieux, les maladreries ont, le plus souvent, été fondées et administrées par des laïcs, appelés maîtres ou gouverneurs. Pour subvenir aux besoins des malades et du personnel, elles disposaient des revenus de biens fonciers, provenant des donations des familles des "résidents". Dans les premiers temps, les lépreux, considérés comme dangereux, y étaient mis "hors du siècle" et considérés comme civilement morts après accomplissement de cérémonies funèbres. Ils étaient totalement soumis au maître qui pouvait leur infliger sanctions et punitions. Progressivement, leur régime s'adoucit, et ils purent même circuler librement parmi leurs contemporains, agitant crécelles et cliquettes (pour demander l'aumône et non pas pour éloigner les passants comme le veut la légende).


cliquette

Des malades agitent leurs cliquettes pour demander l'aumône.

 

Pour la maladrerie de Coulommes, on ne connaît pas de nom attesté d'administrateur ou de donateur. On peut seulement relever que, dans les années 1450-1500, des rapports existent entre Coulommes, l'hôtel-Dieu de Meaux, et la famille de Lernes (ou de Larnes) de Vaucourtois:

- 1453: l'hôtel-Dieu de Meaux détient un tiers de la Grande Dîme de Coulommes et en rend foi et hommage à Pierrot de Lernes, seigneur de Vaucourtois;

- 1477: les de Lernes, déjà seigneurs de Vaucourtois, deviennent seigneurs de Coulommes. Ponce de Lernes est nommé gouverneur de la léproserie Saint Lazare de Meaux par Louis XI;

- 1486: un conflit survient sur le partage des dîmes de Coulommes entre Jehan de Melun, nouveau maître de la maladrerie de Meaux et le curé de Vaucourtois. L'hôtel-Dieu de Meaux cède alors sa part de la Grande Dîme de Coulommes.

 

Ces indices ne constituent pas une preuve, mais il ne serait pas surprenant que certains membres la famille de Lernes aient eu des liens directs avec la maladrerie de Coulommes, ne serait ce qu'en leur qualité de seigneurs du lieu.

 

La maladrerie est citée vers la même époque dans le cartulaire de l'abbaye du Pont aux Dames, et figure, pour la dernière fois semble-t-il, sur la carte de l'évêché de Meaux éditée par Jalliot en 1701 (le symbole utilisé pour la représenter indique qu'elle est en ruine).

 

Au cours des siècles, et en particulier au cours du 17° siècle, nombre de petits hôtels-Dieu et maladreries, surtout ruraux, seront réunis à des hôtels-Dieu et à des hôpitaux plus importants et urbains comme celui de Meaux. De nombreuses maladreries avaient été progressivement détournées de leur vocation initiale d'accueil des malades. Des gouverneurs et des personnels indélicats en accaparaient les ressources, transformées en bénéfices ecclésiastiques dont la nomination prêtait parfois à contestation entre différents collateurs. En mars 1695 et janvier 1696, par arrêts du Grand Conseil, Louis XIV unit à de grands hôtels-Dieu d'autres établissements de moindre importance: Coupvray, Douy-la-Ramée et Sœur-Gibout (Boutigny) sont unis à Meaux; Vendrest et May sont unis à Lizy; Villeneuve-le-Comte et Couilly sont unis à Crécy, etc. En fait, ces regroupements consistent surtout à transférer aux établissements plus importants les possessions et rentes des petits hôtels-Dieu et maladreries, entérinant ainsi la disparition de ceux-ci. C'est sans doute à l'occasion de ces réunions que la maladrerie de Coulommes disparaît en tant que telle.


Maladrerie Coulommes Jaillot

La "maladerie" de Coulommes sur la carte de l'évêché de Meaux par Hubert Jaillot (fin 17° siècle).

 

Curieusement, elle n'a pas laissé de trace dans les noms de lieux, contrairement à d'autres: la Maladrerie à Lizy sur Ourcq ou la Ferté sous Jouarre, Saint Lazzare ou Saint Lazard à Chailly en Brie ou Meaux, Saint Ladre, etc... Où se trouvait-elle? On a affirmé que le colombier proche de l'église en est un vestige. C'est probablement inexact: on est assuré que cette tour et la ferme dont elle dépend sont établies sur le site du château encore attesté en 1590, ayant lui-même succédé à la maison-forte du XIIème siècle. Par ailleurs, à l'époque probable de la fondation de cette léproserie (XIème ou XIIème siècle), ce type d'établissement était systématiquement installé en dehors des bourgs. Sur la carte du diocèse de Meaux, publiée en 1701 par Hubert Jaillot, la maladrerie est figurée au Sud-Est de Coulommes, sur le Chemin Paré. Elle était donc vraisemblablement implantée à la sortie du village en direction de Sancy.

 

Il y a quelques années, j'ai vu des traces ressemblant à celles que laissent les fondations d'un bâtiment (débris de plâtre ou de chaux de scellement et pierres, remontés par la charrue et formant des alignements à angle droit), dans une parcelle située en dehors de Coulommes, le long du Chemin Paré, en direction de Sancy. Elles étaient apparues après un hersage du champ et un léger lessivage par la pluie. Des drains, présents dans ce secteur, peuvent laisser des traces de ce genre, mais les débris remontés sont alors d'une autre nature et d'un autre aspect.  La parcelle en question se trouve à  droite du Chemin Paré, au lieu-dit Le Charnoy, entre la tourelle d'angle de la propriété Courboin et une petite mare creusée un peu plus loin.

Publié dans Monuments - édifices

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