2 articles avec toponymie

Le Haut Fossé.

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Le Haut Fossé.

Le Haut Fossé est un toponyme qui figure sur le plan d’Intendance de la paroisse de Coulommes levé en 1784. Ce lieu-dit se trouve au Nord-Est de la paroisse, en bordure du chemin de Meaux à Coulommiers, presque en face du Vieux Chemin de Jouarre, sur la paroisse de Vaucourtois.  

Le Haut Fossé a

Plan d'Intendance de Coulommes (1784). Archives départementales de Seine-et-Marne.

Le fait qu’il figure parmi la vingtaine de toponymes mentionnés sur le plan d'Intendance laisse penser qu’à l’époque de la levée de ce plan, ce lieu-dit avait localement une certaine importance, ou du moins, que son nom était d'usage courant. Mais contrairement à d’autres toponymes figurant sur le plan d’Intendance, celui-ci a disparu et n’apparaît sur aucun autre plan détaillé. Sur le plan des propriétés Boula de Quincy (1754), ce lieu-dit, sans nom, est encadré par "Les Epartemailles" au Nord et les "Terres de la Justice" au Sud. Sur le cadastre dit "napoléonien" (1824-1850) il est appelé "les Justices de Coulommes". Sur les plans de la grande ferme de Coulommes levés respectivement en 1845-46 et en 1895 (archives privées Courboin), il ne porte pas de nom mais il est "encadré" par "Les Eparmailles" au Nord et "La Justice" au Sud. 

Sous une apparente banalité, le sens de ce toponyme interpelle. En eux-mêmes, ses deux termes "haut" et "fossé" sont tout à fait banals, mais leur association peut surprendre. En effet, dans sa définition usuelle de "Fosse creusée en long pour délimiter des parcelles de terrain, pour faciliter l'écoulement des eaux ou pour servir de défense", le fossé est une concavité, une structure en creux par rapport au terrain qu'il jouxte. Pour évoquer ses dimensions, on lui associerait donc naturellement des adjectifs tels que "creux" ou "profond". 

Par contre, en matière de topographie, le qualificatif "haut" s'applique plutôt à un relief, à une forme convexe qui dépasse du terrain environnant.  

Les deux termes paraissent donc antinomiques.

A moins que …

Dans son ouvrage "Usages et règlements locaux en vigueur dans le département du Finistère"1, Jean-Marie Limon écrit:

«Par l'expression fossés, on entend chez nous les clôtures en terre, ou dont les parements seuls sont en pierre. […] Le mot douve indique vulgairement le creux pratiqué au pied du fossé: dans le Léon, on donne aussi à ce creux le nom de fosse. C'est, en un mot, l'endroit d'où l'on extrait les terres pour l'édification du fossé, ou pour le réparer. […] On le voit déjà, notre usage attribue au mot fossé un sens diamétralement opposé au sens légal; car nous donnons le nom de douve à cette partie de la clôture que le Code Civil nomme fossé; et nous appelons fossé ce que le législateur nomme la levée ou rejet de la terre.» 

Ce juriste nous donne là du mot fossé une définition différente de celle que nous connaissons en Brie, et qui, pourtant, peut s'appliquer à notre lieu-dit. Plus loin, il ajoute: «Dans l'arrondissement de Brest, tout fossé doit avoir 1 mètre 66 centimètres de hauteur […] à Châteaulin, la hauteur va jusqu'à 2 mètres.» Voilà, à proprement parler, ce qu'on peut appeler un «haut fossé ». 

talus

Un haut fossé. Photo Communauté de communes de Mauron en Brocéliande (tous droits réservés)

Est-ce cette particularité finistérienne qui se retrouve dans notre toponyme seine-et-marnais? Et dans ce cas, pourquoi et comment un usage propre à ce lointain département breton a-t-il pu s'appliquer à un lieu-dit briard? Evidemment, je l'ignore. Toutefois, j'observe que Coulommes compte un autre toponyme que l'on n'explique pas davantage: La Bretagne.  

Ce mot "fossé" s'applique avec le même sens de "levée de terre" en Normandie, comme on peut le vérifier sur le blog un carnet sur mon chemin (cliquer sur ce lien)

1. Jean-Marie Limon. Usages et règlements en vigueur dans le département du Finistère. Lion imprimeur, Quimper, 1852. Pages 104 et s.

Publié dans Toponymie

Partager cet article

Repost 0

Les Eparmailles

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

On trouvait ce lieu-dit au Nord de la commune de Coulommes, en bordure du ru du Mesnil, au Sud de la D 228.

Il semble qu'il ait été figuré pour la première fois sur la carte de l'évêché de Meaux établie en 1698 par Hubert Jaillot et publiée en 1701. Il est alors localisé au Nord du ru du Mesnil sous la dénomination Les Espermailles


000 Jaillot
Les Espermailles sur la carte de l'évêché de Meaux par Hubert Jaillot.

 

Puis il figure sur un plan des propriétés de la famille Boula de Quincy, établi en 1754. On y lit Les Epartemailles.


001 Epartemailles plan Quincy

Plan-terrier de la famille Boula de Quincy.

 

On le retrouve sur le Plan d'Intendance établi en 1784: font. des Eparmailles.


002 Eparmailles plan d'intendance

La "font. des Eparmailles" sur le plan d'Intendance de Coulommes.

Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

Il apparaît ensuite sur les plans des terres de la grande ferme de Coulommes, en 1845-46 (Les Eparmailles et fontaine des Eparmailles) et en 1895 (Les Eparmailles).


003 Eparmailles grande ferme 1845-46

Plan des terres de la grande ferme de Coulommes (1845-1846). Archives Courboin.

004 Eparmailles grande ferme 1895

Plan des terres de la grande ferme de Coulommes (1895). Archives Courboin.

 

Aujourd'hui, il n'apparaît plus, ni sur le cadastre de Coulommes, ni sur la carte de l'I.G.N. au 1/25.000°. 

 

Dans son "Histoire de l'Eglise de Meaux" (1731), Toussaints du Plessis écrit, à propos des escarmouches entre les partisans de la Ligue et les troupes royales: «Le 30 suivant (octobre 1591), Verdelot Lieutenant de la Compagnie de Rentigny (ligueur), aiant pris avec lui une quinzaine de Cavaliers  pour prêter main forte à quelques Voituriers qui conduisoient des vins à Meaux, fut attaqué vers les Epermailles par la garnisson de Crecy (royaliste), qui le poursuivit imprudemment jusques sous l'Eglise de S. Germain de Cornillon.» 

 

Paul Bailly, dans sa "Toponymie en Seine et Marne" fournit deux étymologies possibles: 

- 1; terrains  où  l'on  ne peut épargner une maille (la plus petite subdivision monétaire de la livre);

-  2 - prairie entourée (du germain spars = pieu). 

Cette deuxième hypothèse paraît difficilement recevable. En revanche, il est possible que l'on ait effectivement désigné ainsi une terre ingrate, donnant peu de récoltes et rapportant moins d'une maille. Au Moyen Age, la maille, en cuivre,  était la plus petite unité monétaire, ne valant qu'un demi-denier. Pour évoquer une grande pauvreté, on disait n'avoir ni sou ni maille. La première figuration de ce lieu-dit sur une carte (Les Espermailles  en 1698) peut se comprendre comme les "espère maille", c'est-à-dire "les terres dont on espère une maille". La mention de Du Plessis en 1731 (Les Epermailles) paraît en être la variante sans le premier s.

L'évolution ultérieure du toponyme (Epartemailles, Eparmailles) suggère un autre sens. Plutôt que d'y voir, comme Paul Bailly, le verbe épargner, je vois plutôt le verbe partir, dans le sens qu'il avait en ancien français, c'est à dire partager (et qui a donné répartir en français moderne).  La maille ne pouvait en principe être divisée, partagée. Pour évoquer un litige de peu d'importance, on utilise encore aujourd'hui l'expression avoir maille à partir,  c'est-à-dire devoir partager une maille avec quelqu'un, maille qu'en principe on ne peut partager ... Pourtant, en vieux français, on appelait parti une demie maille !

 

Mais, me semble-t-il, une autre étymologie est possible: en vieux français, la maille c'était aussi la marne, cette roche composée d'argile et de calcaire qui sert à amender les terres, et le verbe espardre signifiait répandre. Je dois avouer que «espardre maille» évolué en «épardre maille» puis en «éparte maille» me plaît bien... Et allez savoir si ceux qui travaillaient cette terre n'ont pas délibérément joué, avec humour, sur un double sens...

 

En Seine-et-Marne, on trouve d'autres toponymes apparentés:

- Maincy: les Epermailles (cadastre.gouv.fr feuille 000 ZB 01)

- Mareuil les Meaux: les Epartemailles (cadastre.gouv.fr feuille 000 B 01)

- Meaux : les Eparmailles (Paul Bailly "Toponymie en Seine-et-Marne" page 17)

- Vaucourtois: les Eparremails (cadastre.gouv.fr feuille 000 Z 01). Ce lieu-dit est situé vis-à-vis des Eparmailles de Coulommes par rapport à la départementale 228 et on peut se demander s'il ne s'agirait pas du même toponyme, transféré là comme par erreur par les services du cadastre. 

005 Eparremails cadastre Vaucourtois

 

006 Epartemailless cadastre Mareuil les Meaux

Publié dans Toponymie

Partager cet article

Repost 0