Vignes, vins et vignerons entre Marne et Morins. 6ème partie
Un déclin amorcé depuis longtemps ?
Une enquête réalisée en 1807 sur la culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers, déjà mentionnée précédemment 1, nous offre un point de comparaison avec la situation dans les mêmes localités une vingtaine d'années plus tôt, c'est-à-dire au moment de la levée des plans d'Intendance.
Comme le fait remarquer Marcel Lachiver dans la présentation de cette enquête, quelques chiffres en paraissent contestables. C'est le cas pour La-Celle-sur-Morin: 49,05 hectares. On a vu plus haut que, dans sa monographie communale en 1888, l'instituteur de cette commune indique, d'après le cadastre, les superficies occupées par les vignes: 108 hectares en 1843, 108 ha en 1853, 100 ha en 1862 2. Il paraît alors incohérent qu'après 178 ha de vignes en 1789, date de l'arpentage du plan d'Intendance, la superficie soit descendue à 49 ha en 1807, pour remonter à 108 ha dans la décennie 1843-1853.
Pour Villeneuve-sur-Bellot il paraît également surprenant que la superficie augmente de 96 ha en 1783 à 134 ha en 1807, compte tenu de la tendance générale à la diminution du vignoble dans l'arrondissement, que met par ailleurs en évidence cette enquête de 1807.
A Boissy-le-Chatel, la superficie du vignoble serait curieusement passée de 98 hectares en 1787 à 36 hectares en 1807 pour remonter à 77 hectares en 1830.
Le tableau qui suit reprend les chiffres des 15 communes comptant le plus de vigne, sur les 43 où elle est cultivée dans l'arrondissement de Coulommiers en 1807.
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Pour douteux ou incohérents que soient certains chiffres, ils ne remettent pas en cause la tendance à la baisse qui ressort de cette enquête de 1807 pour les autres communes de l'arrondissement. Il est regrettable que la même enquête n'ait pas été publiée pour tous les arrondissements de Seine-et-Marne. On peut toutefois supposer qu'une tendance à la baisse y aurait aussi été constatée.
S'il se contente de donner une photographie de la viticulture de l'arrondissement à un instant précis, sans évoquer l'évolution des superficies, le rédacteur de cette enquête constate néanmoins que «depuis quelques années le prix du vin de nos vignobles a baissé». Il en attribue notamment la cause «à l'usage qui s'étend chaque jour, depuis la révolution, de tirer des vins, pour la consommation des cabarets et des particuliers un peu aisés, des vignobles de Sézanne, des environs de Provins, ou même de Sens. Il est de fait qu'on ne veut plus du vin de Brie dans les auberges et même dans les cabarets de l'ancienne Brie. On y boit, à meilleur marché, de meilleurs vins, qu'on tire de Villenoxe, des Vertus, de Château-Thierry, du Riceys, etc.» 3.
Le rédacteur de l'enquête a donc remarqué que la concurrence subie par les vins de Brie débute après la Révolution (c'est-à-dire quelques années après la levée des plans d'Intendance). Il n'y a rien d'étonnant à ce que cette mévente des vins de Brie ait poussé des vignerons de la région à arracher tout ou partie de leurs vignes depuis 1789.
On en avait peut-être déjà arraché antérieurement. Le Mémoire sur l'état de la Généralité de Paris, établi entre 1698 et 1700, et mentionné plus haut, fait état des vignes arrachées en raison du poids excessif des droits de gros, de jaugeage et de courtage 4. Il expose la situation de l'Election de Mantes, à l'Ouest de Paris, où on en avait arraché à cause de la concurrence des vins de Normandie, exempts de la plupart des taxes, notamment du droit de gros 5. Toutefois, rien n'indique qu'il en ait été de même dans les Elections de Meaux, de Coulommiers et de Rozoy.
La concurrence des vins du Midi.
On l'a vu, les vins de la région sont consommés sur place et dans les alentours immédiats, majoritairement par le monde rural, et sans même passer les portes de Paris. La population globale de Seine-et-Marne augmente tout au long du 19° siècle, en même temps que débute un exode des populations rurales vers les villes où se développent industrie, commerce et artisanat urbains. Cette migration s'accompagne d'une évolution des modes de consommation. Les populations urbaines boivent plus de vin et du vin de meilleure qualité que les ruraux. Les volumes de vin produits en Seine-et-Marne et leur qualité ne suffisent plus à satisfaire la demande des consommateurs. Pour la période 1870-1879, alors que la production annuelle du département est en moyenne de 224.515 hectolitres, la consommation annuelle est en moyenne de 449.267 hectolitres, soit le double 6.
C'est encore plus flagrant à la fin du siècle, quand une grande partie des vignes du département a été arrachée, suite aux ravages du phylloxera: en 1896, la production de vin du département descend à 97.806 hectolitres alors que la consommation augmente jusqu'à 597.900 hectolitres 7. Il faut donc faire massivement appel à l'importation de vins d'autres régions, en particulier ceux du Midi. Outre un ensoleillement naturel qui profite à la vigne et au raisin, plusieurs autres facteurs concourent à les favoriser.
En premier lieu, le vinage, procédé qui consiste à ajouter de l'alcool au vin pour lui permettre de mieux se conserver et d'être transporté sans se dégrader. Des droits élevés frappent l'alcool destiné au vinage jusqu'à un décret-loi du 17 mars 1852 qui limite la possibilité de recourir à ce moyen en franchise de droits à sept départements du Midi: Pyrénées Orientales, Aude, Tarn, Hérault, Gard, Bouches du Rhône et Var 8.
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Concomitamment, des lignes de chemin de fer sont ouvertes, permettant d'acheminer les vins du Languedoc vers Paris: «en 1860, la liaison est faite avec Paris, soit par l'Ouest, grâce aux lignes du Midi et du Paris-Orléans, soit par Nîmes et Tarascon, et ce qui va être la grande voie P.L.M.: Avignon à Lyon et Dijon » 9.
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Train chargé de foudres de vin. Gare de Magalas (Hérault)
A Paris, les besoins croissants de la population imposent de disposer de lieux de stockage de plus en plus importants. Une nouvelle Halle aux Vins de 14 hectares construite sur la rive gauche de la Seine entre 1811 et 1845 s'avère insuffisante, et en 1869, commence la construction de nouveaux entrepôts sur 42 hectares, à Bercy, de l'autre côté de la Seine 10.
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Les viticulteurs du Midi achèvent donc ce que ceux de Champagne et les calamités naturelles ont commencé. La résistance est d'autant plus vaine que les élus du département, au nom d'une certaine vision du progrès, participent à la mort de la viticulture locale. Tout d'abord, dans sa séance du 26 août 1864, le Conseil Général de Seine-et-Marne émet le vœu que le privilège accordé aux sept départements du Midi soit aboli et que le vinage soumis à de faibles droits sur l'alcool soit étendu à l'ensemble du pays. Les motivations du Conseil Général sont clairement exprimées: «Considérant qu'en rendant pour ainsi dire impraticable en France l'opération du vinage par la perception d'un droit trop élevé, on porterait un coup funeste à notre agriculture, en réduisant la culture de la betterave, qui est évidemment la source incontestable de nos plus grands progrès agricole;
Considérant que, loin d'adopter une mesure qui puisse nuire au développement de la culture de la betterave et de la distillerie agricole en France … » 11.
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Les conseillers généraux n'évoquent alors la viticulture de Seine-et-Marne ni de près ni de loin, ne serait-ce que pour qu'elle profite aussi de la réduction des droits sur l'alcool destiné au vinage. Les élus ne visent qu'à soutenir la culture de la betterave, en plein développement dans le département, ainsi que la distillation de ses produits, en vue de vendre l'alcool pour le vinage aux autres régions viticoles.
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Puis, lors de sa séance du 26 avril 1881, le Conseil Général de Seine-et-Marne discute un projet de ligne de chemin de fer «destiné en effet à traverser le département ou à peu près du sud au nord, de manière à lui permettre de recevoir directement les vins du Midi, les charbons du nord et de l'ouest …»12 .
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Pour les élus de Seine-et-Marne, la cause est entendue: plutôt que de s'acharner à maintenir en vie une viticulture locale fragile et inadaptée aux nouvelles exigences des consommateurs, il est devenu préférable de soutenir la culture de la betterave, d'en vendre l'alcool en franchise de taxes aux viticulteurs du Midi et de faciliter l'importation des vins de ceux-ci dans le département.
En 1888, Eugène Hanneton, instituteur à Pommeuse, résume très lucidement la situation: « Le sol est ici très divisé […] Il fut un temps où ce morcellement était un signe de richesse […] A cette époque aussi, par un heureux concours de circonstances climatiques, les récoltes en vin étaient abondantes et de bonne qualité, on en trouvait la vente à d'excellentes conditions. C'était le bon temps des vignerons.
Il n'en est plus de même aujourd'hui. Le fils du paysan a pu acquérir quelques arpents en plaine; il a cheval et voiture; il trouve dur de cultiver à bras dans les pentes, quand c'est si commode, relativement, de travailler la terre en plaine, avec la charrue et la herse.
Ou bien d'autres horizons se sont ouverts devant lui; il a déserté la campagne pour la ville, croyant qu'il serait plus heureux là qu'ici; c'était l'industrie ou la bureaucratie enlevant des bras à l'agriculture.
Puis, pour ceux qui étaient restés, les mauvaises récoltes sont venues, se succédant à de courts intervalles. Les chemins de fer ont amené aux consommateurs des environs, les vins du Midi, autrement généreux que les nôtres; les produits de nos coteaux ont diminué de valeur, et les terres aussi…» 13.
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Les exportateurs des vins du Midi et du Sud-Ouest ont publié des annonces jusque dans la presse Seine-et-Marnaise. Ici dans La Feuille de Provins (1889), La République de Seine-et-Marne (1896), L'Indicateur de Seine-et-Marne (1874), Le Démocrate de Seine-et-Marne (1905).
Si on compare la carte moderne de l'Institut Géographique National au 1/25.000° de Boutigny à son plan d'Intendance, il apparaît clairement que la plupart des climats qui étaient jadis plantés de vignes, sont aujourd'hui couverts de bois et de taillis. Ils n'ont pas été convertis à la production céréalière. Ils n'intéressaient pas plus les cultivateurs du 19° siècle qu'ils n'avaient intéressé les laboureurs du 18° siècle, et ils n'intéressent pas davantage les exploitants agricoles du 21° siècle.
Survivances.
On l'a vu, sur les coteaux de la Marne et des Morins, les premiers symptômes du déclin de la vigne ont été détectés dès 1807, avant même que des crises sanitaires successives ne débutent dans les années 1845-1850, la plus grave survenant, avec le phylloxera, dans la décennie 1880-1890. L'agonie est alors brutale et rapide, aggravée par la concurrence des vins du Midi. Toutefois, ici ou là, des signes de vie subsistent … on résiste …
A Esbly, en 1888 « le vin est ordinairement de médiocre qualité. La récolte de 1888 est très mauvaise. L'inconstance de la température a empêché le raisin de mûrir; le vin est de qualité détestable, il ne sera pas buvable […] Malgré ce piètre résultat, les vieux vignerons, c'est curieux, plantent encore de la vigne »14 .
A Coulommes, la municipalité publie le ban de vendange jusqu'en 1908 15, et le 10 août 1914, on offre encore à saint Laurent la traditionnelle grappe de raisin des prémices 16, preuves qu'il existe toujours, ces années là, une communauté vigneronne assez conséquente.
Le 22 janvier 1939, Roger Lecotté participe à la Saint-Vincent à Vaux, hameau de Coulommiers, en présence d'une assistance nombreuse. A cette occasion, il remarque « Je sais qu'on peut encore boire le "vin de Brye" au Grand Lud, à Montbrieux, à Monthérand (hameaux de Guérard) et à La Celle et constater que, pour n'être pas d'un très grand cru, il ne "vous en met pas moins la tête à l'envers" » 17.
Au milieu du 20° siècle, il ne subsiste que quelques îlots de vigne, éparpillés dans le département. En 1956, il reste 7 "vignerons" à Boutigny, cultivant 23 ares de vigne (60 hectares avant la Révolution) et 8 "vignerons" à Coulommes exploitant un peu moins d'un hectare (23 hectares avant le Révolution) 18. Ce sont, naturellement, des cultivateurs en activité ou en retraite, mais aussi des ouvriers agricoles, un maréchal ferrant, un maçon, un employé des chemins de fer et deux gardes champêtres, un en activité et un retraité (Octave BÉGAT). Il ne cultivent que des cépages obtenus par hybridation, dont, majoritairement le Bacot (ou Baco) rouge, et ils ne produisent que pour la consommation familiale.
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A peu de choses près, la situation est la même dans toute la vallée de la Marne et dans celles des deux Morins et de leurs affluents.
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Famille Soudin. Vendange à Coulommes en 1949.
Peu à peu, l'âge, la fatigue, le découragement viendront à bout de la plupart de ces résistants. Leurs enfants refusant de prendre la suite, leurs quelques ares de vigne seront convertis en verger, en terre à céréales, en friche ... Pour autant que l'on sache, un seul vigneron, à Coulommes (et peut-être dans toute la Seine-et-Marne), fera passer sa vigne à vin du 20° au 21° siècle: Marcel Rossignol. Sa parcelle se trouve au lieu-dit Luté, là où le plan d'Intendance levé en 1784 mentionne déjà "les vignes de Luttet", et où elles sont sans doute implantées depuis plusieurs siècles. Les plus vieux ceps, il les a plantés en 1948, avec Octave BÉGAT, le garde-champêtre.
Aidé de quelques fidèles amis, il réalise son avant-dernière vendange les 29 et 30 septembre 2010. Il arrache la moitié de ces ceps au cours de l'hiver, et sa toute dernière vendange se déroule les 9 et 10 septembre 2011 (voir les vidéos en fin de cet article).
Renaissance ?
Et puis, des médias se font l'écho d'un mouvement inverse.
Comme un premier frémissement, des associations s'emploient à faire revivre un peu vigne dans le département. Le Vignoble du coteau de Thorigny replante, en 1989, 119 pieds de "cépage champenois", qui sont entretenus par les enfants des écoles.
La Confrérie des coteaux briards, fondée par Jean CHERON en 1990, se fait connaître en replantant des pieds de vigne à Coulommiers et en organisant les vendanges médiatiques de sa parcelle du coteau de Monte-à-peine. Loin de vouloir rétablir les milliers d'hectares de vigne qu'avait compté le département, la confrérie cherche à ranimer le souvenir du passé viticole de la région. Elle replante symboliquement, avec le concours des municipalités, des ceps dans les communes des environs: Liverdy (200 pieds ) et Courpalay en 2000, Doue en 2006, Coupvray en 2008, Saint-Jean-lès-Deux-Jumeaux en 2009, Condé-Saint-Libiaire et Couilly-Pont-aux-Dames en 2011, etc.
L'Association des coteaux de la Brosse replante 2.000 pieds de pinot noir et de chardonnay en avril 2004 à Bussy-Saint-Georges.
A Chalifert, à Villeneuve-le-Comte, ailleurs encore, des particuliers se lancent également dans la replantation de vigne, à petite échelle, et parfois presque dans la clandestinité, tant la réglementation est devenue contraignante et tatillonne.
Aujourd'hui, c'est à Guérard que l'affaire prend une certaine ampleur. Ici, on n'en est plus à la plantation symbolique d'une ou deux poignées de ceps, ni à un certain folklore, si sympathique soit-il. Fondée en 2001, La feuille de vigne guérardaise, s'est fixé pour objectifs de « promouvoir, sauvegarder, défendre et faire revivre le patrimoine culturel de la vigne et des fruits traditionnels ». La replantation commence en 2006 avec 50 pieds; en 2012, on en compte 900, et 1.100 en 2013 en chardonnay et pinot noir, au hameau du Charnoy 19. Un avenir ambitieux se dessine maintenant entre la participation d'habitants de Guérard acceptant d'accueillir un peu de vigne dans leur jardin, et le parrainage de quelques pieds par des entreprises dans le cadre d'un "vignoble pédagogique".
Conclusion.
Pendant des siècles, entre la Marne et les Morins, la vigne a profondément marqué le monde agricole. La culture de la vigne et son entretien, l'élaboration du vin, sa commercialisation et jusqu'à sa consommation ont marqué le monde rural et, plus largement, la société dans toutes ses composantes: noblesse féodale, bourgeoisie urbaine, artisans et commerçants (tonneliers, aubergistes, cabaretiers …), agents du fisc royal et de la République, maîtres d'école et curés de campagne, évêques et communautés religieuses …
Ici, la nature et les hommes se sont acharnés sur le vigneron et son travail. Ce que ne détruisaient pas les uns (aléas météorologiques, soldatesque, faune sauvage …), se trouvait ponctionné, parasité par les autres (fermiers des Aides, bénéficiaires de la dîme, noblesse …). Exclu du débouché parisien, le vigneron briard eut à affronter ses concurrents bourguignons et champenois chez les cabaretiers des bourgs et des villes et jusque dans l'auberge de son village. Trop dépendant de routines séculaires et trop impécunieux pour s'adapter aux bouleversements d'un monde en évolution, il a finalement été victime du déploiement du réseau ferroviaire, des échanges agronomiques internationaux et de leur cortège de fléaux sanitaires.
Mais cette paysannerie particulière, celle des vignerons, pauvres ou aisés, rarement prospères, souvent précaires, toujours fragiles, a néanmoins composé, à côté de la classe des laboureurs et des fermiers, une communauté singulière, avec ses propres techniques et compétences, avec ses coutumes et ses usages, ses croyances et ses rites, tous profondément enracinés dans un terroir et un passé millénaire.
ANNEXES.
Bail à loyer Bonnard/Nouri
Fut présent Sr George Antoine Bonnard, laboureur et concierge de Mr Choart, demeurant à Magny Saint Loup, paroisse de Boutigny;
Lequel a, par les présentes, volontairement baillé et délaissé à titre de loyer, pour le temps et espace de neuf années entières et consécutives, qui ont commencé au jour et fête de Saint Martin d'hiver mil sept cent quatre vingt neuf, et promis faire jouir ledit temps durant au Sr Jacques Nouri, vigneron demeurant audit Magny St Loup, à ce présent et acceptant, preneur audit titre, ledit temps durant;
1er. C'est à savoir Premièrement deux perches et demie de terre cy-devant en vigne, faisant la cinquième partie d'un demi quartier à prendre vers Ségy, faisant pointe, située à Magny St Loup Sous le bois, tenant d'une part à Pierre Rozée, d'autre par pointe à François Landrisson, d'un bout par haut au chemin et d'autre par bas à Mr Choart, seigneur dudit Magny;
2°. Item cinq perches de vigne situées au même terroir et lieu, tenant d'une part à Mr Paillard, d'autre audit Rozée, d'un bout par bas audit Rozée et d'autre par haut audit Landrisson;
3°. Item deux perches de vigne située audit terroir lieu-dit la Robcy, tenant d'une part à Claude Reimbert, d'autre à Lonzième de Quincy, par haut à Jean Etienne Moreau et par bas au nommé Narbonne;
4°. Item au même terroir lieu-dit les Vignes d'en haut au-dessus des plâtrières, dix perches de vigne tenant d'une part à Troublé de Meaux, d'autre à la Vve Guichard, par haut aux héritiers Cornu, par bas et par hache à Charles Dubois;
5°. Item une perche de vigne située audit terroir lieu-dit la Poudrière ou Sous le bois, faisant hache, tenant d'une part à la Caisse et Rozée, d'autre au Sr Gillard, par haut audit Rozée et par bas aux héritiers Lefevre;
6°. Item deux perches de vigne au même terroir, lieu-dit la Marnière, tenant d'une part à - - - Lauriot, d'autre ainsi que par haut et par bas à Jean Le Fort;
7°. Item et enfin dix perches de terre labourable située au même terroir, lieu-dit les Petites Vignes, tenant d'une part à Mr Choart, d'autre à Michel Lebel, d'un côté à Joseph Le Roy et d'autre au Sr Vincent.
Lesdits héritages appartenant audit Sr bailleur au moyen de l'acquisition qu'il en a fait de Sr Philippe Copeau, laboureur à St Jean les Deux Jumeaux, par acte passé devant le Notaire Royal soussigné le seize mai mil sept cent quatre vingt neuf, contrôlé à Crécy le trente dudit mois et an par le Sr Debourain.
Pour desdits héritages jouir par ledit preneur en tous fruits et profits quelconques pendant les neuf années du présent bail aux charges, clauses et conditions qui suivent.
Premièrement d'échalasser lesdites pièces de vigne comme les vignes voisines, les entretenir et les rendre en fin desdites neuf années en bon et suffisant état;
2°. d'amender, labourer, cultiver et ensemencer lesdites deux pièces de terre et de les rendre aussi en bon état.
Ce présent bail à loyer ainsi fait moyennant le prix et somme de dix sept huit livres de loyer et redevance par chacune année que ledit preneur promet et s'oblige de rendre, bailler et payer audit Sr bailleur en sa demeure ou au porteur par chacun an audit jour St Martin d'hiver, d'en faire la première année le payement ledit jour St Martin de la présente année, et ensuite continuer d'année en année jusqu'en fin du présent bail, le coût duquel, ainsi que la grosse seront payés par le preneur.
Car ainsi promettant et obligeant bien renonçant, fait et passé à Magny St Loup, paroisse de Boutigny, où le notaire s'est transporté à la réquisition et en la demeure du Sr bailleur, présence de Sr Louis La Roche, jardinier demeurant audit Magny, et de Pierre Charles Delaporte, laboureur demeurant à Coulommes, témoins, l'an mil sept cent quatre dix, le dix juillet avant midi, et ont signé
G.A. Bonnard - Jacque Nouri - P.C. Delaporte - Louis Etienne Laroche - Gallayx
Pierre de Ronsard.
Epitre à mon ami Ambroise de la Porte.
Et cependant que le pesteux Automne
Tes citoyens l'un sur l'autre moissonne
Et que Charon a les bras tout lassés
D'avoir déjà tant des Mânes passés,
Ici, fuyant ta ville périlleuse,
Je suis venu près de Marne l'isleuse,
Non guère loin d'où le cours de ses eaux
D'un bras fourchu baigne les pieds de Meaux;
Meaux dont Bacchus soigneux a pris la garde
Et d'un bon oeil ses collines regarde,
Riches de vin qui n'est point surmonté
D'un vin d'Ay en friande bonté.
Non seulement Bacchus les favorise,
Mais sa compagne et le pasteur d'Amphryse
L'un y faisant les épis blondoyer,
L'autre à foison les herbes verdoyer.
Dès le matin que l'Aube safranée
A du beau jour la clarté ramenée
Et dès midi jusqu'aux rayons couchants,
Tout égaré, je m'enfuis par les champs,
A humer l'air, à voir les belles prées,
A contempler les collines pamprées,
A voir de loin la charge des pommiers
Presque rompus de leurs fruits automniers,
A repousser, sur l'herbe verdelette,
1. Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers.1807. Op. cit.
2. Emile H. Adnot. Monographie communale de La-Celle-sur-Morin. Op.cit.. Pages 9 & 10.
3. Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. Pages 342-343
4. A.-M. de Boislisle. Mémoires des intendants sur l'état des Généralités. Op. cit. page 275
5. A.-M. de Boislisle. Mémoires des intendants sur l'état des Généralités. Op. cit. page 288
6. Henri Sempé. Régime économique du vin. Faculté de droit de l'université de Bordeaux. Imp. Gounouilhou. Bordeaux. 1898. Page 61
7. Ibid.
8. Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements, et avis du Conseil d'Etat. Tome 52. Paris. 1852. Page 187
9. Raymonde Caralp-Landon. Le transport ferroviaire des vins du Languedoc vers Paris. Revue géographique de Lyon. 1951. Page 273
10. Halle aux vins de Paris. Article Wikipédia.
11. Conseil Général de Seine-et-Marne. Rapports et délibérations. Imprimerie administrative. Paris. 1864. Pages 73 et 74
12. Conseil Général de Seine-et-Marne. Rapports et délibérations. Drosne. Melun. Avril 1881. Page 131.
13. Eugène Albert Hanneton. Monographie communale de Pommeuse. Op. cit. pages 8 et 9
14. Louis Godefroy. Monographie communale d'Esbly. ADSM cote 30Z160. 1888. Page 6
15. Archives municipales de Coulommes. Registre des délibérations du conseil municipal. Mairie de Coulommes.
16. Roger Lecotté. op. cit. page 25.
17. Roger Lecotté. Saint Vincent 1939, en Brie. Revue de folklore français. Laroze. Paris. Janvier-mars 1939. Pages 13 à 17
18. Cadastres viticoles de Boutigny et Coulommes. ADSM. 1956. Cotes 3546W2 et 3546W7
19. http://www.le-vin-vagabond.com/l-actualite-lvv/viticulture-en-idf/
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