le presbytère de Coulommes 1ère partie

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Un des registres des baptêmes, mariages et sépultures de l'ancienne paroisse de Coulommes contient une curiosité. Sur la dernière page de l'année 1729 figure "l'acte de naissance" du presbytère de Coulommes. 

 

acte naissance 1729

Acte de naissance du presbytère de Coulommes.

Archives communales de Coulommes. Mairie de Coulommes.

Acte de naissance est le terme approprié, non seulement parce que ce texte figure bel et bien parmi les actes de baptêmes, mariages et décès de la paroisse, mais aussi parce que, comme vous pouvez le constater, par sa formulation, il s'agit véritablement d'une déclaration de naissance:

«Le Jeudi dix Septre. (sept) Mars mil sept cent vingt neuf (raturé) a été commencé Les deux travées du pbtre (presbytère) en neuf du côté de la Rue devant Leglise consistant en une cuisine chambre bafse (basse) et depance, les deux pignons et deux costieres, les deux chambres et grenier defsus (dessus), et acheves L'année Suivante, Le Tout des deniers et debourses de Messire alexis Thuret # ptre cy devant curé de Crepoil Lespace de Vingt cinq ans, et La Seconde année qu'il eft (est) curé en cette paroifse (paroisse); Pierre Gallippe Maçon et Jean Dumont charpentier, chacun en cette meme paroifse (paroisse) de Coulomme auxquels le d. P (le dit Père ou Prêtre?) curé a payé le mois deuc (deux) cent livres au d. (au dit) Gallippe pour les ouvrages de son métier et trois cent livres au d. (au dit) dumont pr~ (pour) la charpente qu'il a fourni pr~ le d. pbre (pour le dit presbytère) prians (priant) led. P (le dit Père ou Prêtre) Thuret Mrs Les curés ses Succefseurs (successeurs) de vouloir bien se fsouvenir deluy dans Leurs prières.

 

# ptre (prêtre) du diocèse de Soifsons (Soissons), natif de la paroifse (paroisse) de sommelan (Sommelans) proche Neüilly St front»

 

Cette mention figure dans l'exemplaire du registre paroissial conservé par la paroisse (aujourd'hui dans les archives de la commune de Coulommes). Elle n'a pas été recopiée dans l'exemplaire déposé au greffe du bailliage de Meaux (aujourd'hui aux Archives Départementales de Seine-et-Marne).

 

C'est donc Alexis THURET, curé de Coulommes en 1729, qui fait bâtir ce presbytère. Qui est-il? On sait très peu de choses à son sujet. Les Archives Départementales de l'Aisne conservent le registre paroissial de Sommelans où figure son acte de baptême:

«le 28me jour du mois d'Avril en lannée 1673, est venu au monde et le lendemain 29ème du mesme mois fust bapisé Alexis, fils légitime d'Alexis Thuret et de Marie Denise, ses père et mère, le parain fust Nicolas Canty qui a signé, la maène fust Marie Jobart quy a dit ne sçavoir signer de ce interpellé par moy soussigné.

N Jobart.»


acte de naissance Alexis Thuret b

 

Sommelans, aujourd'hui commune du département de l'Aisne, est alors une paroisse du diocèse de Soissons. Le père d'Alexis THURET, lui-même prénommé Alexis, est originaire de Dammard, paroisse voisine. On ignore sa profession. Le petit Alexis a une sœur aînée, Marguerite, née le 25 mars 1670 à Sommelans. On peut remarquer que la marraine porte le même nom que le curé de Sommelans, JOBART. Est-ce sa sœur ou sa mère? Un lien familial ou affectif existe-t-il entre la famille THURET et celle du curé JOBART, qui pourrait expliquer la vocation sacerdotale du jeune Alexis? Rien ne permet de l'affirmer. Alexis THURET père décède le 23 février 1675. Ses enfants ont respectivement 2 et 5 ans. 


Sommelans Cassini b

 

Le jeune Alexis THURET accède à la prêtrise dans le diocèse de Soissons (il le précise dans le texte ci-dessus). Sans doute y exerce-t-il quelques années comme vicaire ou curé, mais il n'a pas été possible de savoir où. Le diocèse de Meaux qui manque de vocations doit recruter des prêtres dans les diocèses voisins. C'est ainsi qu'en avril 1704, Alexis THURET devient, à 31 ans, curé de la paroisse de Crépoil (aujourd'hui hameau de la commune de Cocherel, proche de Lizy-sur-Ourcq). Il sera ensuite curé de Coulommes à partir de mai 1728. Il y exercera son ministère jusqu'au 1er avril 1756, date de son décès, et sera inhumé dans le cimetière contigu à l'église Saint Laurent. 

 

Crépoil Cassini b

 

L'acte de naissance du presbytère nous fournit une description schématique de l'édifice. Il se trouve "du côté de la rue devant l'église", et comporte deux travées, avec, évidemment, deux pignons et deux costières (c'est à dire des murs de façade). Au rez de chaussée, il comprend une cuisine, une chambre basse et depance (la depance ou despense était le lieu où on rangeait les provisions;  aujourd'hui on dirait un cellier), à l'étage, deux chambres, et un grenier au-dessus. L'acte de vente du presbytère pendant la Révolution nous en fournira une description plus précise.

 

La construction a commencé précisément le jeudi 17 mars 1729. Ici, le curé a marqué une hésitation et a raturé, rendant le chiffre barré et sa correction presque illisibles. Si on se fie au mois, au jour et à son quantième, la "bonne" année est bien 1729: c'est en 1729, que le 17 mars était un jeudi et non pas en 1728. De plus, 1729 est bien la 2ème année qu'Alexis THURET était curé de cette paroisse. La construction s'est achevée l'année suivante.

 

Alexis THURET nous fournit même le nom des artisans: le maçon Pierre GALIPPE (ce nom apparaît jusqu'au XXème siècle dans les registres de Coulommes) et le charpentier Jean DUMONT (on retrouve ce nom dans les communes environnantes, notamment à Boutigny), tous deux de la paroisse de Coulommes. Il nous précise le coût de la construction, du moins celui du gros œuvre: 200 livres pour le maçon, et 300 pour le charpentier, le tout payé des deniers personnels du maître d'œuvre.

 

Bien qu'il ne soit pas signé, il est certain que ce texte est écrit de la main même d'Alexis THURET: l'écriture n'est pas celle de Louis DIEU, le clerc paroissial, que l'on retrouve régulièrement dans le registre, mais elle est identique à celle de la mention «C. de Coulommes» que le curé appose généralement sous sa signature. 

 

Si ce texte nous apporte quelques informations (assez peu, tout compte fait), il suscite aussi un certain nombre d'interrogations. 

A qui appartient le terrain sur lequel est bâti le presbytère, au curé THURET, à la cure, à la fabrique, à un tiers? 

Existe-t-il d'autres dépendances (grange, écurie, pigeonnier...)? 

Quels sont la consistance et le coût du second œuvre (peinture, menuiserie, plâtres, huisseries,...)? 

Comment est meublée et équipée la maison curiale?

Existait-il un autre presbytère avant celui-ci? Si oui, pourquoi en construire un nouveau? Si non, où logeait le prêtre desservant?

 

Alexis THURET invite ses successeurs à se souvenir de lui dans leurs prières. Cela sous-entend qu'il compte leur léguer ce nouveau presbytère. De quelle manière, et à qui précisément: à la cure, à la fabrique, au diocèse, aux curés eux-mêmes, à ses héritiers, à charge pour eux d'y loger ses successeurs...? Ce texte ne nous éclaire pas sur ce point.


 Crépoil Cassini c

 

Avec quel argent Alexis THURET a-t-il financé la construction du presbytère de Coulommes? Avait-il une fortune personnelle ou des économies réalisées pendant son séjour à Crépoil? Cette paroisse ne procurait pas un gros revenu à ses desservants: les grosses et menues dîmes étaient partagées entre le couvent de Reuil, près de La-Ferté-sous-Jouarre, et l'abbaye de Chaâge à Meaux, le curé de la paroisse ne recevant que la portion congrue, fixée à 300 livres sous Louis XIV et jusqu'en 1786. La cure de Crépoil ne possédait que 6 arpents 60 perches de terres (contre 16 arpents à Coulommes). Les 500 livres, prix du gros-œuvre du presbytère, représentaient donc près de deux années de revenu de la cure de Crépoil... A l'époque de la construction du presbytère, François BOULA de Quincy, seigneur de Coulommes et propriétaire de la grande ferme, avait donné celle-ci à bail à Nicolas HÉBERT. Un compte de fermage établi en 1740, nous apprend que de 1729 à 1733, le fermier avait versé 200 livres par an au curé THURET, au nom et pour le compte de Mr BOULA. Quel était le motif d'une telle libéralité? Le compte de fermage ne le précise pas. Quoi qu'il en soit, en venant à Coulommes, Alexis THURET vit sans aucun doute son sort matériel et financier s'améliorer sensiblement, et on peut imaginer que l'augmentation de ses revenus l'aida grandement à régler le prix du presbytère.

 

Alexis THURET et ses successeurs (Jean Simon MARLIN de 1756 à 1783, et Jacques Marie CAPY de 1783 à 1791) occupent donc le presbytère sans qu'aucun événement notable ne vienne marquer son histoire jusqu'à la Révolution .

 

Publié dans Monuments - édifices

Partager cet article

Repost 0

Un j'teu de sorts à Prévilliers

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Dans notre région, des croyances païennes ont précédé la christianisation. Bien que l'église se soit ensuite solidement établie dans la Brie (nombreux couvents, monastères et prieurés...) des pratiques "pas très catholiques" se sont maintenues. Malgré la proximité de Saint Fiacre, siège du prieuré du patron de la Brie, le secteur Coulommes-Vaucourtois-Boutigny paraît bien avoir été le lieu d'une concentration particulière de sorciers et autres jeteurs de sorts jusqu'au début du 20° siècle. Le hameau de Prévilliers était même surnommé, il n'y a pas encore si longtemps «Prévilliers-les-sorciers».


Des histoires à faire frissonner se racontaient à la veillée (on disait la veille), pendant les nuits sombres et froides de l'automne et de l'hiver. On se réunissait chez l'un ou l'autre voisin, dans la chaleur de l'étable ou devant la cheminée, à la lueur vacillante d'une chandelle ou d'une lampe à huile. Les femmes écossaient des haricots, filaient ou raccommodaient pendant que les hommes épluchaient des noix, tressaient l'osier ou réparaient quelque outil. Et il se trouvait toujours un gamin pour demander à un ancien de raconter, pour la dixième fois, une histoire comme celle-ci: 


«C'est arrivé à mes grands-parents, qui demeuraient à Magny-Saint-Loup.  Un  jour  de juillet qu'ils avaient du temps, ils décident d'aller récolter groseilles et cassis sur un terrain qu'ils possédaient entre Boutigny et Prévilliers. Ils attellent leur vieux bourricot à la carriole, chargent les paniers plats pour les fruits, une bouteille de cidre et un crapaud d'eau bien fraîche, tous deux recouverts d'un linge humide, et en route...


Arrivés au terrain, ils détellent l'âne, le mettent à l'attache au bord du chemin à se régaler d'une touffe de chardons, et s'installent à grappiller, l'échine courbée au-dessus des groseilliers. Le soleil tape, il fait chaud, il fait soif, et bientôt, le cidre coupé d'eau fraîche est entamé, et rapidement terminé.


Vient à passer par là un certain Zéphérin, un gars de Prévilliers pas trop bien réputé, qu'on voyait plus souvent entrer à l'auberge que sortir de l'église. Travaillant un jour pour un cultivateur, deux jours pour un autre, braconnant à l'occasion, il a plus souvent la bouteille en main que la fourche ou le râteau. Pour ne pas démentir sa réputation, il vient demander au grand-père s'il n'aurait pas un petit canon à lui offrir. Sans malice, le grand-père lui montre la bouteille et le crapaud vides et lui conseille de retourner se désaltérer chez lui à Prévilliers, plutôt que de poursuivre vers Boutigny et l'auberge, beaucoup plus éloignés sous ce soleil. Le gars, visiblement mécontent, grommelle quelque chose où il est question de maison et de temps, s'approche du bourricot et se penche vers son oreille tout en lui caressant l'encolure. Et il s'éloigne.


L'incident est vite oublié, l'après-midi s'avance, et la récolte est enfin terminée. On charge la carriole, on attelle de nouveau et on prend le chemin du retour pour la soupe, l'âne, qui connaît le trajet depuis des années, menant l'équipage à son gré. Arrivé au Petit-Saint-Loup (autrement nommé «le carrefour de la Cantine»), au lieu de continuer, comme de juste, vers Magny, le bourricot tourne à gauche vers Coulommes. Le grand-père a beau tirer sur les rênes, jurer, crier des "holààà" et même donner du fouet, rien n'y fait, l'âne poursuit au petit trot sur la route de Coulommes, puis il prend l'allée du château de Bélou et gagne Prévilliers. Il file ensuite jusqu'au Bordet, descend vers Boutigny, et repart enfin vers le Petit-Saint-Loup au soulagement du couple. Les grands-parents en sont encore à se demander quelle mouche a bien pu piquer leur baudet, quand celui-ci, au lieu de filer tout droit vers Magny, prend de nouveau la route de Coulommes et entame le même circuit de folie.


Perdus, désorientés, les grand-parents tentent encore de ramener leur âne dans le droit chemin, mais en vain. Pour comble de malheur, le grand-père n'avait pas jugé urgent de réparer le frein de la carriole pourtant hors service depuis plusieurs jours. Et évidemment, à leur âge, pas question pour les grands parents d'essayer de descendre de l'engin en marche. Bientôt, impuissants, découragés, ils abandonnent le combat, espérant que la bête, fatiguée, affamée et assoiffée, finira par prendre toute seule le chemin de la maison pour recevoir sa ration d'avoine. En chemin, ils croisent ou dépassent tout le petit monde qui circule habituellement sur ces routes, cultivateurs revenant des champs, ménagères vaquant à leur ouvrage, enfants en train de hannetonner, charretiers, etc. Dans Prévilliers, ils rencontrent même ce Zéphérin venu leur quémander à boire dans l'après-midi. Assis sur le pas de sa porte, un verre à la main, il les salue exagérément en soulevant sa casquette, un sourire ironique aux lèvres. 


A passer et repasser dans Prévilliers, le Bordet et Boutigny, ils finissent par tomber sur des gens qu'ils ont déjà croisés une ou deux fois. Certains s'étonnent, les hèlent, les questionnent. Honteux, ils n'osent avouer leur problème et s'efforcent de se donner bonne contenance. Et le manège se poursuit comme ça, en rond, au petit trot apparemment infatigable de leur vieil âne. Bientôt le soir arrive, la nuit finit par tomber, et le trio tourne toujours et encore… 


Le lendemain, au moment où le soleil se lève au-dessus du château de Vaucourtois, l'équipage tourne toujours. Les grands parents prient pour que ce manège infernal prenne fin et que quelqu'un vienne à leur secours. En passant dans Prévilliers, ils voient le Zéphérin sortir de chez lui. Cette fois, il ne les salue pas, mais il éclate de rire.


Et brutalement, leur âne abandonne ce petit trot qui semblait ne pas devoir finir, il se met au pas puis s'arrête. Il semble attendre un ordre de son maître. Le grand-père reprend les rênes, les secoue et lui dit «va-don !». Et docilement, l'animal redémarre au pas. Arrivés au puits royal, le grand-père lui fait faire demi-tour en direction de Belou. Zéphérin n'est plus à sa porte. Bientôt la carriole passe Belou, arrive au Petit-Saint-Loup et l'âne se dirige sans hésiter vers Magny et la maison.


Mes grands-parents se sont souvenus longtemps de ce Zéphérin qui, en plus d'être un boit-sans-soif et un bon à rien, devait être aussi un j'teu de sort...»

[histoire adaptée d'un récit de M. Marcel Lepage de Coulommes]

 001

Partager cet article

Repost 0

La bricole briarde, définition et origines.

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Dans "Le patois briard" (1928-1929), Auguste DIOT nous dit:

«BRICOLE. Ce nom n'a pas, en patois, la même signification qu'en français. En Brie, ce mot désigne une petite exploitation culturale à deux ou trois chevaux, dont l'exploitant s'appelle un bricolier (prononcer "brico-ier") qui, en outre de sa culture, ne l'occupant pas entièrement, entreprend d'autres travaux, soit des labours pour des particuliers n'ayant pas de chevaux, soit des charrois divers.»

 

Dans l'esprit local, la bricole est donc une petite exploitation agricole, qu'implicitement on oppose aux grandes exploitations. Aujourd'hui, on emploie généralement le mot bricole pour désigner les seuls bâtiments de ces anciennes exploitations, alors que, jadis, le terme englobait aussi les terres qui leur étaient attachées. 

 

L'étymologie du mot est confuse. On peut la rapprocher de la pièce de harnais aussi appelée bricole. Un cheval de bricole ou bricolier est un cheval attelé au côté d'un cheval de limon pour l'aider à tracter une voiture. Mais, jadis, on appelait aussi bricolier celui qui ne répugnait à aucune besogne, qui était bon à tout faire.

 

Camille Mulley, originaire de Marolles sur Seine, aux portes de Montereau, donne aussi une définition des bricoliers: «… il n'y a pas dans nos villages de métier plus dur que celui de bricoliers. Or, mes parents étaient des bricoliers, c'est-à-dire de ces gens qui font valoir huit ou dix arpents de terre, qu'ils cultivent eux-mêmes, sauf la façon et les charrois, dont se charge un fermier voisin ou un autre bricolier, possesseur d'un cheval. Dans les bonnes années, les dix arpents de terre peuvent fournir le pain de la maisonnée, le foin et la paille pour la vache, une provision suffisante de pommes de terre et de haricots pour l'hiver, et, par surcroît, quatre ou cinq sacs de blé et d'avoine, qu'on va vendre au marché. Alors, c'est parfait, et on n'a pas trop à regretter ses sueurs et ses fatigues. Mais dans les mauvaises années, quand les emblaves ont gelé, quand la rivière déborde, quand la grêle fauche tout, la veille de la moisson, c'est la gêne, la misère, l'obligation de retirer de la caisse d'épargne les quelques sous qu'on y a mis, et parfois aussi la douloureuse alternative de vendre la vache ou d'emprunter sur son petit bien, sur sa maison.» 

 

On le voit, les bricoliers que nous dépeint Camille Mulley paraissent sensiblement moins aisés que ceux qu'évoque Auguste Diot: ils ne possèdent pas même un cheval quand ceux de Diot en ont deux ou trois. C'est sans doute parce que Camille Mulley mentionne des souvenirs remontant à l'année 1868, alors qu'Auguste Diot compose son Patois briard soixante ans plus tard, et que, dans ce laps de temps, globalement, la situation des bricoliers a pu évoluer. C'est peut-être aussi parce que les termes mêmes de bricole et de bricolier ont désigné des réalités diverses à la fois dans le temps et dans l'espace. Chacune de ces bricoles pouvait se distinguer par l'importance des surfaces cultivées, la dimension des bâtiments, les activités pratiquées par le bricolier, etc.

 

L'origine des bricoles n'est sans doute pas unique, et le scénario de leur fondation a varié d'un terroir à l'autre, d'une famille à l'autre, d'une époque à l'autre… Cependant toutes sont certainement le fruit de l'évolution sociale et professionnelle d'une partie de la paysannerie locale après la fin de l'ancien régime. 

 

Avant la Révolution, au sommet de l'échelle sociale de cette paysannerie se trouvaient les fermiers, membres de la classe des laboureurs. Entrepreneurs de travaux agricoles, ils possédaient l'équipement nécessaire au travail de la terre: charrues, charrettes et outils divers, mais aussi chevaux pour la traction et bétail pour la production de l'indispensable fumier. On devenait fermier quand on louait à ferme à un propriétaire (noble, établissement religieux, bourgeois) une exploitation complète, c'est-à-dire comprenant non seulement des terres mais aussi des bâtiments d'habitation et des bâtiments d'exploitation tels qu'étable, bergerie, grange et écurie. Un bail de fermage liait alors propriétaire et locataire. Ainsi, en 1726, François Boula, trésorier général des écuries, livrées et haras du roi, gouverneur de la ville de Meaux, seigneur de Quincy, Coulommes et autres lieux, donne à bail la ferme seigneuriale de Coulommes à Nicolas Hébert et Marie-Anne Rozé, sa femme. En 1733, Elisabeth de Lorraine, princesse d'Epinoy, dame de Villemareuil, Vaucourtois et autres lieux, donne à bail la ferme seigneuriale de Vaucourtois à Pierre Fourault et Anne Rossignol sa femme. Les fermiers étaient l'élite de la paysannerie. Leur patrimoine et leur compétence professionnels ainsi que leur surface financière rassuraient les propriétaires des fermes.


 la grande ferme de Coulommes b

Plan de la ferme seigneuriale de Coulommes, extrait d'un arpentage de 1778.

Archives Courboin.

 

Moins riches, moins considérés, les simples laboureurs travaillaient leurs propres parcelles ainsi que des terres qu'ils louaient à des propriétaires. Les contrats étaient alors de simples marchés de terres. A Coulommes, se déclarèrent laboureurs Simon Hébert (1686), Claude Soudin et Faron Le Duc (1688), Jacques Sautreau et Philippe Martin (1706), etc. A Boutigny, Jean-Michel Le Roy, Jean-Pierre Dagron, Jacques Gontier et Jean Lefevre (1782). A Sancy-lès-Meaux, Pierre Le Roy (1768), Louis Lormier (1770), Claude François Paillard (1774) et Pierre Cohü (1776). Ils travaillaient aussi à façon, labouraient ou charriaient à la demande fumier ou récoltes pour le compte de tiers. Le 20 février 1785, Jacques-Marie CAPY, curé de Coulommes, loue pour 9 ans à François Prévost, laboureur à Coulommes, les terres de la cure moyennant 360 livres par an, la jouissance de 5 arpents de luzerne et le charrois de son bois de chauffage. Les laboureurs possédaient des bâtiments où ils logeaient et où ils abritaient matériels, récoltes et animaux. 


 bail CAPY PREVOST b

En-tête du bail des terres de la cure de Coulommes entre le curé CAPY et François PRÉVOST, laboureur (20 février 1785). Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

Dans notre région, on trouvait aussi une multitude de vignerons. Ceux-là, indépendants, étaient généralement propriétaires de quelques parcelles de vigne mais aussi de terre, souvent minuscules, et en louaient d'autres. Pratiquant la polyculture, ils se qualifiaient pourtant vignerons parce que c'était la vigne qui demandait le plus de travail et de soins et qui leur procurait l'essentiel de leur revenu. Ils arrivaient à en vivre avec peu de capital technique: la vigne se travaillait surtout à la main, nécessitait peu d'équipement et surtout, produisait une récolte plus ou moins abondante tous les ans, tandis que les terres labourables, soumises à l'assolement triennal devaient être laissées en jachère une année sur trois. Quand leur vigne et les autres terres ne les occupaient pas toute l'année, les vignerons exerçaient fréquemment une ou plusieurs autres activités: charretier ou manouvrier chez un laboureur, parfois sabotier, vannier, marchand de vin, etc. Moindre volume des récoltes (deux ou trois muids de blé et d'avoine, quelques pièces de vin), pas ou peu d'animaux, peu d'outils, peu de moyens (une grande cuve pour vinifier), le plus souvent, deux ou trois travées de bâtiment leur suffisaient.

 

L'inventaire réalisé après le décès de Jean Michel Bécard, vigneron à Coulommes, le 9 juillet 1790, nous donne une idée de la composition de son exploitation :

- le chauffoir: c'est la pièce à vivre. Outre la cheminée, on y trouve un four (sans doute un four à pain), un lavier (un évier), un vaisselier,  une huche, un coffre, un lit, etc., ainsi que des outils de vigneron;

- une chambre au-dessus du chauffoir;

- un premier cellier dans lequel se trouve en particulier une cuve pour faire le vin (et pouvant contenir 12 pièces de vin, soit près de 3.200 litres);

- un autre petit cellier dans lequel se trouvent des tonneaux;

- une étable (dans laquelle se trouve un "mauvais lit de plume");

- un grenier au-dessus de l'étable, contenant du foin.


 Magny Saint Loup b

Aux 18° et 19° siècles, c'est à Magny-Saint-Loup qu'habitait la plupart des vignerons de Boutigny. Sur le plan d'Intendance (1785), on distingue leurs maisons entre le château et la ferme de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

Il y avait enfin la main d'œuvre employée par les fermiers et les laboureurs et le plus souvent logée dans des maisons d'une seule travée. C'était les charretiers, les bergers, élite des ouvriers agricoles, et les manouvriers ou les journaliers (Jean-Louis Chambaut, Nicolas Isambert, Jean-Pierre Charpentier manouvriers à Boutigny en 1782, Etienne Martin, Jacques Vevot, François Henriet, Claude Labonne manouvriers à Sancy-lès-Meaux en 1764-1767, Charles Renard, Claude Lefevre, Antoine Drevault et Claude Gallois manouvriers à Coulommes en 1761-1762.)

 

Parfois payés en nature, un grenier au-dessus de la pièce d'habitation leur suffisait pour stocker blé et pois. Cette maison d'ouvrier constitue l'unité de base de ce qui deviendra une bricole quand, devenu propriétaire des murs et de quelques parcelles de terre, l'occupant pourra faire bâtir une seconde travée accolée à la première pour abriter une vache et une réserve de fourrage, et parfois une troisième pour loger un cheval. 

 

Les recensements de la population du canton de Crécy au 19° siècle nous fournissent des exemples de telles promotions professionnelles et sociales . C'est le cas à Coulommes d'Adolphe Désiré Picard, qui se déclare charretier au recensement de 1846, et accède au statut de cultivateur à celui de 1851. C'est le cas de Pierre Gilbert Bécard et de Louis Auguste Lefort, tous deux taupiers en 1846 et cultivateurs en 1851. Pascal Lefevre, manouvrier en 1841, se déclare vigneron en 1846. Louis Levasseur et Etienne Victor Lhuillier, manouvriers en 1846, sont vignerons en 1851. François Gilbert Bégat, manouvrier en 1846, se déclare cultivateur et vigneron en 1851. 


Le 19° siècle a été celui des bouleversements dans l'agriculture briarde, et plus généralement dans le monde rural. Bouleversements techniques tout d'abord, avec les débuts de la mécanisation, l'emploi des engrais artificiels et l'abandon progressif de l'assolement triennal. Bouleversements sociaux, également, dus notamment à la disparition brutale de la vigne en l'espace de 50 ans (1845: apparition de l'oïdium; 1873: arrivée du phylloxéra; 1880: arrivée du mildiou; et, à partir de 1871, grâce à la construction du chemin de fer, arrivée sur le marché parisien des vins du Midi, moins chers et de meilleure qualité). 


Lihou b    

A Lihou (hameau de Vaucourtois), cette ancienne maison d'ouvrier ne comporte qu'une travée. Dotée d'une travée supplémentaire de part et d'autre de ce corps central, elle aurait pu devenir une bricole.

 

Leurs vignes mortes ou arrachées, les vignerons briards ont été contraints de se reconvertir (céréales, pommiers, pruniers, groseilliers, cassissiers, etc.), mais leurs lopins minuscules ne leur permettant plus de survivre, beaucoup ont abandonné leur terre, la vendant ou la louant à des cultivateurs ou aux plus résistants d'entre les anciens vignerons, pour aller en ville offrir leurs bras à l'industrie naissante. En 1836, à Boutigny, on comptait 60 cultivateurs et 68 vignerons. En 1872, on comptait 83 cultivateurs, mais plus aucun vigneronCeux qui ont pu se maintenir dans l'agriculture, cultivateurs, anciens vignerons, anciens manouvriers, ont ainsi peu à peu constitué ces petites exploitations appelées bricoles

 

Publié dans Architecture

Partager cet article

Repost 0

Les Eparmailles

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

On trouvait ce lieu-dit au Nord de la commune de Coulommes, en bordure du ru du Mesnil, au Sud de la D 228.

Il semble qu'il ait été figuré pour la première fois sur la carte de l'évêché de Meaux établie en 1698 par Hubert Jaillot et publiée en 1701. Il est alors localisé au Nord du ru du Mesnil sous la dénomination Les Espermailles


000 Jaillot
Les Espermailles sur la carte de l'évêché de Meaux par Hubert Jaillot.

 

Puis il figure sur un plan des propriétés de la famille Boula de Quincy, établi en 1754. On y lit Les Epartemailles.


001 Epartemailles plan Quincy

Plan-terrier de la famille Boula de Quincy.

 

On le retrouve sur le Plan d'Intendance établi en 1784: font. des Eparmailles.


002 Eparmailles plan d'intendance

La "font. des Eparmailles" sur le plan d'Intendance de Coulommes.

Archives départementales de Seine-et-Marne.

 

Il apparaît ensuite sur les plans des terres de la grande ferme de Coulommes, en 1845-46 (Les Eparmailles et fontaine des Eparmailles) et en 1895 (Les Eparmailles).


003 Eparmailles grande ferme 1845-46

Plan des terres de la grande ferme de Coulommes (1845-1846). Archives Courboin.

004 Eparmailles grande ferme 1895

Plan des terres de la grande ferme de Coulommes (1895). Archives Courboin.

 

Aujourd'hui, il n'apparaît plus, ni sur le cadastre de Coulommes, ni sur la carte de l'I.G.N. au 1/25.000°. 

 

Dans son "Histoire de l'Eglise de Meaux" (1731), Toussaints du Plessis écrit, à propos des escarmouches entre les partisans de la Ligue et les troupes royales: «Le 30 suivant (octobre 1591), Verdelot Lieutenant de la Compagnie de Rentigny (ligueur), aiant pris avec lui une quinzaine de Cavaliers  pour prêter main forte à quelques Voituriers qui conduisoient des vins à Meaux, fut attaqué vers les Epermailles par la garnisson de Crecy (royaliste), qui le poursuivit imprudemment jusques sous l'Eglise de S. Germain de Cornillon.» 

 

Paul Bailly, dans sa "Toponymie en Seine et Marne" fournit deux étymologies possibles: 

- 1; terrains  où  l'on  ne peut épargner une maille (la plus petite subdivision monétaire de la livre);

-  2 - prairie entourée (du germain spars = pieu). 

Cette deuxième hypothèse paraît difficilement recevable. En revanche, il est possible que l'on ait effectivement désigné ainsi une terre ingrate, donnant peu de récoltes et rapportant moins d'une maille. Au Moyen Age, la maille, en cuivre,  était la plus petite unité monétaire, ne valant qu'un demi-denier. Pour évoquer une grande pauvreté, on disait n'avoir ni sou ni maille. La première figuration de ce lieu-dit sur une carte (Les Espermailles  en 1698) peut se comprendre comme les "espère maille", c'est-à-dire "les terres dont on espère une maille". La mention de Du Plessis en 1731 (Les Epermailles) paraît en être la variante sans le premier s.

L'évolution ultérieure du toponyme (Epartemailles, Eparmailles) suggère un autre sens. Plutôt que d'y voir, comme Paul Bailly, le verbe épargner, je vois plutôt le verbe partir, dans le sens qu'il avait en ancien français, c'est à dire partager (et qui a donné répartir en français moderne).  La maille ne pouvait en principe être divisée, partagée. Pour évoquer un litige de peu d'importance, on utilise encore aujourd'hui l'expression avoir maille à partir,  c'est-à-dire devoir partager une maille avec quelqu'un, maille qu'en principe on ne peut partager ... Pourtant, en vieux français, on appelait parti une demie maille !

 

Mais, me semble-t-il, une autre étymologie est possible: en vieux français, la maille c'était aussi la marne, cette roche composée d'argile et de calcaire qui sert à amender les terres, et le verbe espardre signifiait répandre. Je dois avouer que «espardre maille» évolué en «épardre maille» puis en «éparte maille» me plaît bien... Et allez savoir si ceux qui travaillaient cette terre n'ont pas délibérément joué, avec humour, sur un double sens...

 

En Seine-et-Marne, on trouve d'autres toponymes apparentés:

- Maincy: les Epermailles (cadastre.gouv.fr feuille 000 ZB 01)

- Mareuil les Meaux: les Epartemailles (cadastre.gouv.fr feuille 000 B 01)

- Meaux : les Eparmailles (Paul Bailly "Toponymie en Seine-et-Marne" page 17)

- Vaucourtois: les Eparremails (cadastre.gouv.fr feuille 000 Z 01). Ce lieu-dit est situé vis-à-vis des Eparmailles de Coulommes par rapport à la départementale 228 et on peut se demander s'il ne s'agirait pas du même toponyme, transféré là comme par erreur par les services du cadastre. 

005 Eparremails cadastre Vaucourtois

 

006 Epartemailless cadastre Mareuil les Meaux

Publié dans Toponymie

Partager cet article

Repost 0

La maladrerie de Coulommes

Publié le par coulommes-et-autres-lieux-voisins.over-blog.com

Vers 1228, il y avait une maladrerie à Coulommes (ou léproserie, les deux termes sont équivalents). A cette époque, et depuis les XIème et XIIème siècles, de nombreuses  léproseries  sont  fondées dans le royaume de France et dans le comté de Champagne et de Brie. On peut en compter 28 dans l'ancien diocèse de Meaux, pourtant le moins vaste de la province ecclésiastique de Sens. Il faut distinguer les léproseries des hôtels-Dieu qui étaient destinés à assister de façon temporaire voyageurs et pèlerins malades ou dans le besoin. Longtemps, on a pensé que la fondation des léproseries avait suivi le retour d'Orient des croisés qui en avaient ramené la lèpre. Aujourd'hui, on sait que ce fléau sévissait dans nos contrées bien avant les croisades, et que la fondation de ces nombreuses maladreries relevait en fait d'un élan de charité.

Archidiaconé de France Archidiaconé de Brie
Meaux (Saint Lazare) Crécy en Brie
Villenoy (Venise) Couilly Pont aux Dames

Annet

Coulommes
Iverny La Celle sur Morin (Courtery)
Mitry Rozay
Saint-Mesmes (La Sablonière) Chailly en Brie

Trilbardou

La Ferté sous Jouarre
Dammartin en Goele Jouarre (ru de Verou)
Saint-Soupplets Sammeron
Nanteuil le Haudouin Boutigny (Le Bordel)
Chevreville Rebais

Oissery-Saint Pathus

 
Assy en Multien  
Le Plessis Placy (Beauval)  
Coulombs en Valois  
Lizy sur Ourcq  
May en Multien  

Maladreries dans l'ancien diocèse de Meaux.

 

Contrairement aux hôtels-Dieu (d'origine religieuse) qui étaient des lieux de passage (il en a existé un à Lihou, aujourd'hui hameau de Vaucourtois), les maladreries étaient des lieux de vie, où les malades séjournaient généralement jusqu'à leur décès. Comme leur nom l'indique, elles avaient été créées à l'origine pour héberger des personnes atteintes de la lèpre, affection très peu contagieuse mais particulièrement invalidante qui rendait les malades incapables de se procurer leur subsistance. La lèpre ayant peu à peu régressé et pratiquement disparu, ces établissements accueillirent aussi des personnes atteintes d'autres maladies chroniques. C'est ce qui explique que le terme maladrerie se soit progressivement substitué à celui de léproserie.

 

On sait très peu de choses sur l'établissement de Coulommes, et on ne peut que supposer qu'il fonctionnait comme d'autres, mieux connus, tel celui de Meaux par exemple. On remarque notamment qu'il se trouvait sur une voie de communication importante, le Chemin Paré. Si les soins aux malades y étaient assurés par des religieux, les maladreries ont, le plus souvent, été fondées et administrées par des laïcs, appelés maîtres ou gouverneurs. Pour subvenir aux besoins des malades et du personnel, elles disposaient des revenus de biens fonciers, provenant des donations des familles des "résidents". Dans les premiers temps, les lépreux, considérés comme dangereux, y étaient mis "hors du siècle" et considérés comme civilement morts après accomplissement de cérémonies funèbres. Ils étaient totalement soumis au maître qui pouvait leur infliger sanctions et punitions. Progressivement, leur régime s'adoucit, et ils purent même circuler librement parmi leurs contemporains, agitant crécelles et cliquettes (pour demander l'aumône et non pas pour éloigner les passants comme le veut la légende).


cliquette

Des malades agitent leurs cliquettes pour demander l'aumône.

 

Pour la maladrerie de Coulommes, on ne connaît pas de nom attesté d'administrateur ou de donateur. On peut seulement relever que, dans les années 1450-1500, des rapports existent entre Coulommes, l'hôtel-Dieu de Meaux, et la famille de Lernes (ou de Larnes) de Vaucourtois:

- 1453: l'hôtel-Dieu de Meaux détient un tiers de la Grande Dîme de Coulommes et en rend foi et hommage à Pierrot de Lernes, seigneur de Vaucourtois;

- 1477: les de Lernes, déjà seigneurs de Vaucourtois, deviennent seigneurs de Coulommes. Ponce de Lernes est nommé gouverneur de la léproserie Saint Lazare de Meaux par Louis XI;

- 1486: un conflit survient sur le partage des dîmes de Coulommes entre Jehan de Melun, nouveau maître de la maladrerie de Meaux et le curé de Vaucourtois. L'hôtel-Dieu de Meaux cède alors sa part de la Grande Dîme de Coulommes.

 

Ces indices ne constituent pas une preuve, mais il ne serait pas surprenant que certains membres la famille de Lernes aient eu des liens directs avec la maladrerie de Coulommes, ne serait ce qu'en leur qualité de seigneurs du lieu.

 

La maladrerie est citée vers la même époque dans le cartulaire de l'abbaye du Pont aux Dames, et figure, pour la dernière fois semble-t-il, sur la carte de l'évêché de Meaux éditée par Jalliot en 1701 (le symbole utilisé pour la représenter indique qu'elle est en ruine).

 

Au cours des siècles, et en particulier au cours du 17° siècle, nombre de petits hôtels-Dieu et maladreries, surtout ruraux, seront réunis à des hôtels-Dieu et à des hôpitaux plus importants et urbains comme celui de Meaux. De nombreuses maladreries avaient été progressivement détournées de leur vocation initiale d'accueil des malades. Des gouverneurs et des personnels indélicats en accaparaient les ressources, transformées en bénéfices ecclésiastiques dont la nomination prêtait parfois à contestation entre différents collateurs. En mars 1695 et janvier 1696, par arrêts du Grand Conseil, Louis XIV unit à de grands hôtels-Dieu d'autres établissements de moindre importance: Coupvray, Douy-la-Ramée et Sœur-Gibout (Boutigny) sont unis à Meaux; Vendrest et May sont unis à Lizy; Villeneuve-le-Comte et Couilly sont unis à Crécy, etc. En fait, ces regroupements consistent surtout à transférer aux établissements plus importants les possessions et rentes des petits hôtels-Dieu et maladreries, entérinant ainsi la disparition de ceux-ci. C'est sans doute à l'occasion de ces réunions que la maladrerie de Coulommes disparaît en tant que telle.


Maladrerie Coulommes Jaillot

La "maladerie" de Coulommes sur la carte de l'évêché de Meaux par Hubert Jaillot (fin 17° siècle).

 

Curieusement, elle n'a pas laissé de trace dans les noms de lieux, contrairement à d'autres: la Maladrerie à Lizy sur Ourcq ou la Ferté sous Jouarre, Saint Lazzare ou Saint Lazard à Chailly en Brie ou Meaux, Saint Ladre, etc... Où se trouvait-elle? On a affirmé que le colombier proche de l'église en est un vestige. C'est probablement inexact: on est assuré que cette tour et la ferme dont elle dépend sont établies sur le site du château encore attesté en 1590, ayant lui-même succédé à la maison-forte du XIIème siècle. Par ailleurs, à l'époque probable de la fondation de cette léproserie (XIème ou XIIème siècle), ce type d'établissement était systématiquement installé en dehors des bourgs. Sur la carte du diocèse de Meaux, publiée en 1701 par Hubert Jaillot, la maladrerie est figurée au Sud-Est de Coulommes, sur le Chemin Paré. Elle était donc vraisemblablement implantée à la sortie du village en direction de Sancy.

 

Il y a quelques années, j'ai vu des traces ressemblant à celles que laissent les fondations d'un bâtiment (débris de plâtre ou de chaux de scellement et pierres, remontés par la charrue et formant des alignements à angle droit), dans une parcelle située en dehors de Coulommes, le long du Chemin Paré, en direction de Sancy. Elles étaient apparues après un hersage du champ et un léger lessivage par la pluie. Des drains, présents dans ce secteur, peuvent laisser des traces de ce genre, mais les débris remontés sont alors d'une autre nature et d'un autre aspect.  La parcelle en question se trouve à  droite du Chemin Paré, au lieu-dit Le Charnoy, entre la tourelle d'angle de la propriété Courboin et une petite mare creusée un peu plus loin.

Publié dans Monuments - édifices

Partager cet article

Repost 0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 > >>